LA BOURGEOISIE, RICHELIEU, L'ADMINISTRATION
voulait troubler le royaume*. C'est sur son ordre que les châteaux forts s'écroulent, et qu'une nouvelle organisation administrative, celle des intendances, enveloppe l'ancienne France de laféodalilé d'un réseau qui la soumet à l'action directe du gouvernement.
Or, l'administration, de même que sous Henri IV et Sully, dont Richelieu venait de généraliser l'œuvre dans Taction même du pouvoir, c'était toujours le progrès, le développement de la bourgeoisie, comme on avait vu, dans Tordre judiciaire, celte môme bourgeoisie, magistrature de la royauté, parlant en son nom, exerçant son autorité, non-seulement juger et condamner les féodaux insoumis, mais effacer ou dominer presque toutes les justices féodales.
Ce fut sous touis XIV surtout que s'offrit le grand développement du régime administratif organisé par Richelieu, et en même temps une nouvelle expansion de la bourgeoisie, corrélative à ce développement même.
Le ministère de Colbert, dont nous ne faisons ici qu'indiquer l'importance, fut l'expression de cet état de choses.
On sait que le grand Colbert était fils d'un marchand de draps, et qu'il avait été lui-même commis à Paris et à Lyon dans une maison de commerce*.
* « Croire que, pour être fils ou frère du roi ou prince du sang, on puisse impunément troubler le royaume, c'est se tromper. Il est plus raisonnable d'assurer le royaume et la royauté que d'avoir ^ard à leurs qualités... Les fils, frères ou autres parents des rois sont sujets aux lois comme les autres, et principalement quand il est question de crime de lèse-majesté. » (Mémoires du cardinal de Richelieu, coUection Michaud, 2*^ séhe, t. VIII, p. 407.)
* Colbert appartenait à une famille de marcliands de draps de Reims. (Histoire de Colbert, par M. Pierre Clément, p, 76, 77 et 79.)
Sans vouloir apprécier, en ce moment toutes les conséquences de l'administration de Colbert, on peut dire quel était le symptôme d'une situation, le progrès de la puissance administrative de la bourgeoisie, en même temps que delà richesse industrielle et commerciale.
Sous Louis XIV, en effet, presque tons les ministres appartinrent à la bourgeoisie*. On peut consulter à cet égard la liste des secrétaires d'État, avant et depuis la mort de Mazarin. « On y relèvera, à première vue, dit M. Augustin Thierry*, avant et depuis la mort de Mazarin, les noms suivants : Bouthillier, Guénégaud, Fouquet, Michel le Tellier, le Tellier de Louvois, le Tellier de BarbezieuK, Jean-Baptiste Colbert, Colbert de Ségnelay, Colbert de Croissy, Colbert de Torci, Arnaud de Pomponne, Phélipaux de la Yrillière, Phélipaux de Châteauneuf, le Peletier Desmarets, Chamillard, tous bourgeois.
On vit Louis XIV, à la cour même, plaçant cette bourgeoisie, qui arrivait aux plus hautes fonctions, sur le môme pied que la noblesse, quelquefois même au-dessus, puisque certaines de ces fonctions remportaient sur la naissance*.
* V'dïM de Choisy, cilé par M. Pierre Clément, dit, dans ses Mé-moires pour servir à Vhistoire de Louis XIV, que « le grand-père de Colbert était un marchand de laine à Reims, demeurant à renseigne du Long-Vètu. »
• Augustin Thierry, Essai sur Phistoire de la formation du tiers (*tat, p. 2^24.
' « Les maréchaux, quHs fussent nobles ou non, passaient avant les ducs; les ministres nés dans la bourgeoisie n'avaient au-dessus d'eux (|ue les princes du sang, et leurs femmes étaient admises à la table du roi. » (M. Augustin Thierry, Essai sur l'histoire de la for^ viation du tiers état, p. 222.)
Saint-Simon, dans ses Mémoires, donne les détails suivants qui ont