‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 46 sur 156 · LA NOBLESSE, LA BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE, LA BOURGEOISIE

Élait-ce là cependant attaquer la noblesse ou créer, entre elle et les hommes éminents de la bourgeoisie, une émulation utile et féconde? et d'abord comme nous le verrons, n-arrivaient-ils pas ainsi à l'illustration nobiliaire? Faut-il, en présence de lout ce développement de la bourgeoisie sous Louis XIV, admettre avec plus d'un historien, que ce règne, terme suprême, suivant eux, et complément de la politique des rois de France, soit venu rayer, pour ainsi dire, la noblesse de notre société, comme si elle n'eût plus été qu'une décoration du trône, une classe de luxe, et accomplir ainsi une œuvre de nivellement? Faut-il en conclure que le but de toute l'histoire dé France ayant été la grandeur de la bourgeoisie, ce but une fois atteint, la bourgeoisie n'avait plus ellemême qu à changer les conditions de la monarchie et à

bien leur imporUnce : « De là, les secrétaires d'État et les ministres successivement, à quitter le manteau, puis le rabat après, Fhabit noir ensuite, Tuni, le simple, le modeste, enfin à s'habiller coiiime les gens de qualité ; de là à en prendre les manières, puis les avantages, et, par échelons, admis à manger avec le roi et leurs femmes, d'abord sous des prétextes personnels, conmie madame Golbert avant madame de Louvois ; enfin des années après elles, toutes à titre des places de leur mari, qui ne se firent plus que par promotions, suivant l'ancienneté, ce qu'on appelle Yordre du tableau.» (Mémoires de Saint' Simon, t. XIII, p. 57). Enfin le même Saint-Simon, qui écrivait sous la régence, voulant caractériser les résultats du règne de Louis XIV, qu'il appelle un règne de vile bourgeoisie, s'écrie, avec un sentiment vrai chez lui, malgré et à cause,de son amertume : « De là l'élévation de la plume (Fadminislration) et de la robe (le parlement), et Tanéantissement delà noblesse parles degrés qu'on pourra voir ailleurs, jusqu'au prodige qu'on voit et qu'on sent aujourd'hui; ce que ces gens de plume et de robe ont bien su soutenir en aggravant chaque jour leur joug, en sorte que les choses sont arrivées au point que le plus grand seigneur ne peut être bon à personne. » (Mémoires de Saint-Simon, t. Xn, p. 265.)

régner au nom de certains principes nouveaux qu'elle ignorait sous Louis XIV? Ou bien ne convient-il pas d'étudier, sans système préconçu, une question de cette nature et de se demander ce qu'était alors la noblesse, et enfin, après avoir passé en revue tous les éléments constitutifs de la société, sous un règne qu'il importe tant de bien juger, d'apprécier avec plus de sûreté toute Tépoqucdont il fut suivi jusqu'en 1789.

Ordre que nous avons suivi dans cette revue des éléments constitutifs de la monarchie française. — Origine clirétienne de cette monarchie, pouvoir civil. — La noblesse. — La foi, la loi, l'honneur. — Conséquences des Croisades. — Puissance de la féodalité. — Elle était généralement répandue et locale. — Gomment elle se modifia. — Les ordres de chevalerie. — A quelle époque remonte le nom de chevalier. — La féodalité consacre son épée à 0ieu. — La chevalerie, expression la plus haute de la noblesse, honneur de la noblesse et de la royauté elle-même. — François I" et Bayard. — Du Guesclin et Jeanne d'Arc. — Éinancipalion des communes, fondations. — Règnes de Philippe I", Louis le Gros et Louis VIL — Le christianisme et les seigneurs. — Service des hôpitaux. — Culte. — Les évêques et les seigneurs. — Les rois. — Origine de la langue française. — La noblesse sous Louis XIV.

Dans l'étude de la monarchie française nous avons suivi un ordre naturel : nous avons d'abord montré son origine chrétienne, dont l'empreinte ne s'est jamais effacée; nous nous sommes attaché ensuite à indiquer la formation du pouvoir civil par la royauté, fait connexe à l'émancipation des communes et à la formation de la bourgeoisie elle-même, à son élévation, à son influence. En présence du règne de Louis XIV, nous avons dû nous poser cette grave question qui a été résolue presque affirmativement par plus d'un historien : la bourgeoisie étaitelle déjà tout, ou à peu près tout sous ce règne, et le mot si absolu deSieyès était-il vrai d'avance? L'histoire de

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France une fois simplifiée par une telle conclusion, leu fermée entre la royauté et la bourgeoisie, n'a-l-elle plua iVautres perspectives?

Sans parler ici du clergé, dont l'histoire, comme celle de rÉglise, embrasse la société entière, parce qu'elle touche ù la civilisation elle-même, à la religion qui est IWme d'un peuple ; sans examiner aussi en quoi le développement de la bourgeoisie tendait à changer, comme ou l*a pensé, les conditions mêmes de ce pouvoir royal qui avait tant contribué à la former, pour qu'elle fût tout ou à peu près tout, dès le dix-septième siècle, quelle était donc à cette époque la situation de la noblesse? Nous devons le dire ici, car elle aussi a été un des éléments constitutifs de la société française, et son histoire importe à celle de la monarchie, à celle de la royauté, comme à celle de la bourgeoisie elle-même.

Nous avons vu la féodalité céder à l'action de l'unité royale, et les derniers châteaux forts tomber sous la main de Richelieu, après avoir servi, vers la fin de la seconde race, à repousser les barbares.

La féodalité n'avait pu faire prévaloir, au dedans, son système de fédération guerrière, et un seigneur était sorti de ses rangs pour fonder une dynastie qui devait tant contribuer à soumettre la féodalité elle-nfiême et à la transformer.

Certes, à dater de Louis le Gros, la royauté eut a guerroyer contre cette féodalité, pour réduire un vieil esprit d'indépendance apporté des forêts de la Germanie; mais, on Ta vu, ce grand événement, religieux et européen, des croisades vint aussi modifier profondément la féodalité; en l'enrôlant sous la bannière du Christ, il la plaça, dans l'intérêt d'une même et grande cause, derrière la

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