‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 49 sur 156 · FONDATIONS · texte numérisé non relu

FONDATIONS

pieuses d'abbayes, d'hôpilaux, et consacraient, dans les petites localités, des fonds de terre, in perpetunm^ à perpétuité, aux frais que pourraient entraîner chaque année un certain nombre de malades ^

Ainsi, quant aux chartes des communes, à leur émancipation, l'enthousiasme religieux fait marcher les barons féodaux dans les voies de la royauté, au moment même où elle travaillait à former les communes et la bourgeoisie, sous Louis le Gros, fils de Philippe I**, dont le règne vit la première croisade, et sous Louis VU, qui prit part à la seconde.

Les fondations dont les croisades furent l'occasion, avaient ainsi une très-grande importance sociale.

A l'époque de Philippe Auguste et de saint Louis, il

vail sur Tabbaye de JuHly^ de parcourir beaucoup de ces chartes, dont la forme nous a frappé. L'histoire du diocèse de Meaux auquel JuiUy appartient, comme on le sait, offrirait, à cet égard, des documents pleins d'intérêt. Dans ceu!i que nous avons consultés, on Yoit que révêque promulgue et enregistre les actes de donation : tout se passe entre le clergé et la noblesse qui part pour les croisades.

< Il y a de ces fondations des croisades, qui, à notre connaissance, existent encore en Picardie ; nous en avons rencontré plusieurs dans la partie de cette ancienne province qu'on appelle le Santerre, prés de Montdidier, et il est probable qu'on en trouverait de semblables dans le reste de la France ; mais une œuvre assez curieuse de centralisation que Ton pourrait croire contemporaine, s'accomplit sous le règne de Louis XIY; à l'égard de ces fondations locales, on attribua àFhospice de Montdidier les revenus des biens qui leur appartenaient, et chaque localité eut le droit d'envoyer un certain nombre de malades à l'hospice devenu central ; cependant la distance, quelquefois très-grande pour des malades, les formaUtés requises pour l'admission qui ont suivi le développement de la bureaucratie, rendent les droits des localités et des malades à peu près nuls, et l'hospice de Montdidier jouit des revenus à peu près sans avoir les charges.

n'existait certes rien d'analogue au système administratif de nos jours, et l'on n'aurait rien compris alors au mot de service des hôpitaux et de ministère de l'intérieur. Or, il fallait bien cependant que les malades fussent soignés et secourus; ils l'étaient précisément par ces fondations qui ont pris tant de développement aux croisades ; fondations charitables qui, au nom du Christ, formaient un lien divin entre les puissants et les faibles, entre les riches et les pauvres, et qui ont pourvu, dans la France entière, pendant le moyen âge, au service des hôpitaux *. Ainsi le christianisme, qui faisait, par l'influence qu'il exerçait sur les seigneurs, ce que la civilisation païenne n'avait jamais fait, continuait à former la société qui sortait du milieu même de la barbarie, il la formait par la charité.

L'initiative et la part de notre antique noblesse ont été larges et grandes dans le beau mouvement qui a constitué une œuvre toute chrétienne, toute sociale, à cette époque, en dehors de l'organisation administrative dont on n'avait pas même l'idée.

Or, à toutes les fondations d'hôpitaux, de léproseries^ comme d'abbayes, nécessairement, était attachée la construction d'une église ou d'une chapelle, où presque loujours des religieux remplissaient les fonctions curialeset ecclésiastiques; de même que pour les hôpitaux, il n'y avait point alors de budget du culte, mais dans un grand nombre de localités, les fondations pieuses des seigneurs y avaient pourvu; nous avons vu comment, à

* Ceci est attesté par un grand nombre de vieilles chartes, et Thisloire de bien des hôtels-Dieu, domtis Dei, mot qui appartient essentiellement au moyen âge, en offrirait la preuve, si le fait n'était pas notoire.

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