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LA LANGUE FRANÇAISE

la société : là où une littérature commence, il y a une société qui se montre. Jusqu'aux croisades, la langue écrile était la langue latine, mais, vers la troisième croisade, la langue romane, à peu près formée sous Hugues Capet, a fait des progrès réels, elle est devenue le lien d'une nation : ses progrès se manifestent par des livres écrits dans cet idiome, qu'on avait appelé jusque-là la langue vulgaire : c'était la langue française qui faisait son avènement. Les croisades et la chevalerie, l'héroïsme chrétien, avaient produit leur œuvre de civilisation dans la féodalité et la langue française en sortait.

Quand tout le monde écrit encore en latin, quel est donc le premier auteur qui parle français? C'est un chevalier, c'est Geoffroy de Villehardouin, né vers le milieu du douzième siècle K

Le premier écrivain français qui mérite ce nom, marchait comme chevalier et croisé sous la bannière de Thibault de Champagne qui devait commander la troisième croisade. 11 fut l'ambassadeur de celte croisade auprès de la république de Venise, à laquelle il alla demander des vaisseaux.

Négociateur, guerrier, Geoffroy de Villehardouin raconte avec un mouvement, une clarté de style remarquable, dans un français vieux aujourd'hui de six cents ans, les événements où il fut témoin et acteur.

Un nom plus illustre se présente ensuite, et seul encore dans la prose française, celui du sire de Joinville.

* « Ses Mémoires, fait observer M. Nisard dans son Histoire de la

littérature française, sont un fruit du pur esprit français, de celui

qui se formait lentement et sans bruit en dehors du mouvement

d'idées des Guillaume de Champeaux et des Abailard, et de Tambi-

lion encyclopédique des Guillaume de Beau vais. •

iG2 GUAPITRE XII/

Près d'un siècle s'esl alors écoulé. Nous sommes à l'époque de saint Louis. Le nouvel écrivain est un grand seigneur qui arme dix chevaliers pour la croisade. Comme Yillehardouin il publie des Mémoires où il a laissé l'empreinte de l'esprit chevaleresque dont il était animé, et le témoignage des progrès que faisait notre langue.

Mais à Tépoque même de saint Louis, avant que le sire de Joinville ne fît paraître ses Mémoires, deux cents poètes nobles j parmi lesquels il y avait des princes, deux cents trouvères, comme on les appelait, c'est-à-dire les poètes du Nord, qui venaient après les troubadours, les poètes du Midi, essayent l'instrument de cette même langue, et commencent à l'accorder.

Cette classe, qu'on a représentée comme toujours bardée de for, à laquelle on a refusé de savoir écrire et même signer son nom % est la première qui ait écrit, qui ait abordé ces deux genres, l'histoire et la poésie. Elle les a abordés en formant la langue : elle a produit instantanément, pour ainsi dire, des historiens et des poètes, le cAté le plus po^tif de lesprit et toute la ^hère de ridéol.

Avons-nous besoin d'ajouter ici que les progrès dans kl langue parlée, commune à toutes les dasses, étaient un véritable progrès dans la nationalité dlennême, et qu'on Va dit évidenmient à la chevalerie, comme on disait alors, quand on voulait désigner la classe qui fiit plus tard la noblesse?

• 1/IkiIm(ik)o irappasor le pommeau de lepêe sur leqttelles armes ^tmn^f jirutvVs» aux ados que Fon signait, fui rapportée par les chevalitH^ tK> I XVirtil i^ des cn>isades. Ce M leur sceau. Qu»it à la croix quVu li\ni>o au bas de certains de ces actes, le célèbre Gerson a signe ainsi dt\j pièces imix^rtanles. et Ton n'a jamais supposé qu'il no $i\t tvis iVriro ou si^ier son nont

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