LA LANGUE FRANÇAISE
U est vrai, Froissarl, le troisième de nos anciens chroniqueurs, quoique écrivain éminemment féodal, n'est pas noble; mais le quatrième de nos prosateurs, après Yillehardouin, après Joinviile, est Philippe de Commines, véritable historien, le premier que nous ayons en France. Nous arrivons ainsi au quinzième siècle. Dans le seizième, nous nous trouvons en présence de Montaigne, de Michel seigneur de Montayne, comme on l'appelait ; nous arrivons à Malherbe, le premier grand poète, comme Montaigne est le premier grand prosateur français, à saint François de Sales, à Balzac, à Descartes, enfin, dont le génie vient s'offrir à l'entrée du dix-septième siècle \ Or, à part Rabelais, Calvin, Marot, tous les écrivains dont nous avons suivi la succession jusqu'à des hommes de génie comme Malherbe, Montaigne et surtout Descartes, c( qui donne à la langue française sa perfection % » appartiennent à la noblesse. Descartes, par lequel s'ouvre, pour ainsi dire, le dix-septième siècle, complète la série non interrompue d'écrivains nobles, qui de siècle en siècle, remonte aux croisades, et à laquelle la langue française a dû sa formation.
Nous ne voulons rien exagérer dans le fait que nous nous bornons à indiquer ; nous pourrions citer bien d'autres écrivains nobles, à dater de Yillehardouin et de Joinviile, composant en français, tandis que les savants universitaires et les clercs continuaient à écrire en latin : il nous a semblé qu'il suffisait, dans cette simple esquisse de notre histoire, d'indiquer la suite de ces écrivains,
* Descaries appartenait à Tune des plus anciennes familles de Touraine ; son nom s'écrivit d'abord des Quartes,
* M. Nisard, Histoire de la littérature française.
pour montrer l'influence qu'une classe de la nation a exercée sur notre langue. Certes, le siècle de Louis XIV a prouvé que le génie littéraire n'était pas un priNÎlége qui n'appartint qu*à une noble origine ; nous savons que la royauté, que Philippe-Auguste, que saint Louis, que François I*', que Henri IV et enfui Louis XIV ont donné une très-grande impulsion aux lettres; que le clergé a produit les orateiu^ et les écrivains les plus éminenls, le premier de nos prosateurs. Bossue t ; que la bourgeoisie s est illustrée par les noms de Corneille, de Racine, de la Fontaine, de Molière et de Boileau ; il n'est pas moins juste de rétablir les précédents, quand il s'agit des services qu'uiie partie de nos classes supérieures a rendus a ridiome national et à la littérature du pays, services d autant plus grands, qu'ils remontent à la formation même de cet idiome, et qu'on peut en suivre la tradition glorieuse et non interrompue jusqu^à Montesquieu, de Maistre, Chateaubriand, Lamartine et Montalembért.
 part le génie des hommes, qui est indépendant jusqu'à un certain point, de la classe à laquelle ils appartiennent, il y a, dans la grandeur et la poésie des traditions, dans les mœurs, dans le milieu où l'esprit s'est formé, dans ce que l'on appellera, si Ton veut, les circonstances du talent, une certaine explication de la gloire litléraiiHS qui fut celle de la noblesse française.
Nous pourrions, si nous écrivions son histoire, entrer dans de plus grands détails, qui la feraient connaître d'une manière plus intime.
Mais, dans le cadre dont nous ne pouvons sortir ici, nous devons nous borner à indiquer le caractère de notre antique noblesse et la place qu'elle a occupée dans ivllo société.