LA NOBLESSE MILITAIRE. 1C
De même que la chevalerie*, avec sa fidélité, vertu souvent oubliée du monde féodal, en sortait cependant, la noblesse militaire, malgré quelques éruptions du vieil esprit féodal, sortit évidemment de la chevalerie.
Une fois disciplinée, enrégimentée par la royauté, elle a eu part à ses grandes luttes, au-dedans comme audehors. Elle a combattu avec elle contre l'Angleterre et la maison d'Autriche. Les nobles fidèles ont servi à vaincre les nobles factieux, Sully et Grillon à battre Mayenne. De du Guesclin aux gentilshommes, qui, sous Louis XIV, se faisaient si intrépidement tuer pour la France, on pourrait suivre l'histoire de la noblesse française, de celle qu'on appelait la noblesse dépée.
Mais il importe, surtout ici, de montrer ce qu'elle fut à dater du règne de Louis XIV, après celle Fronde où noblesse, parlement, peuple, remués par le voisinage de la révolution d'Angleterre, firent surtout la guerre à un favori étranger,- et se trouvèrent presque jetés dans une ligue nouvelle sans y avoir songé.
La noblesse appartient dès lors tout entière à l'Etat, sert le roi et la France, et croit, en les servant, remplir le plus glorieux des devoirs.
Nous parlons ici surtout de celte noblesse de province, qui était vouée à la carrière des armes, pour laquelle existait une véritable conscriplion héréditaire, à moins qu'elle n'entrât dans les rangs du clergé. '
La noblesse dont nous parlons, se trouvait, par la suite des siècles, par son origine même, à la tête de l'armée^ comme la bourgeoisie était à la tête de la magistrature et remplissait les parlements, l'administration, au point de donner à la royauté presque tous ses ministres.
La noblesse militaire ne s'enrichissait pas au métier
»f CftiHIUXIL
des âmes : b natsoii de Sakil-Cyr, Ibiidée par Louis Xl¥ ri firidirrr de JbÎBtenoD pour rèdocaitkMi des jeunes nlles pauvres de cMû noUe^e^ en est b preure historique. Le prmlése de ranpbr les grades de l'aimée, qumqull fût loin d'être sus exception, quoiqu'il n'existât point dans le râiîe et l'artiUerîe, n oflGrait donc pas de tKs^frands aiantasrs : on disait de bien des familles iHiUes qn'diff ittmfmt rnméa à fÊoimét^ où, pour soutenir leur raxs. e^Ses avaient dépensé leur patrimoine. Plus d^une £uniUe de roltiialeurs paysans est d'origine DoUe en Fruioe et laboorp b terre, que ses ancêtres ont défendue avec leur épêe ^
(Hi le Toit, b noblesse était b tradition militaire de la France maintenue par elle sous des fonnes bien diflérentes ; de cette espèce de. souveraineté des annes qu'on appebit la féodalité, elle était passée à b chevalerie qui avait encore son indépendance dans son dévouement*; depuis Louis XIV surtout, soumise à des règlements administratifs, qui ne laissaient point de place à la faveur, elle était réellement au service^ comme on disait alors ; mais, malgré le niveau de ces r^Iemcnts, sous lequel il fallait quelle passât, malgré l'appauvrissement d'une
* Un officier de marine qui appartenait à la noblesse du Périgord, nous racontait qu'il était surpris dans son enrance, de voir sa mère toujours saluer un paysan leur voisin, en inppelant c Monsieur le chevalier. » c C*est notre cousin, i lui répondit sa mère, et elle ajouta que ce paysan était bit-n gentilhomme, issu d'une ancienne famille, qui, sous Louis XFN' , s'était minée à la guerre.
* Nous n'avons pas besoin de rappeler qu'il fallait se faire recevoir chevalier, que la chevalerie était une sorte d'initiation et d'ordi'e dans la noblesse elle-même, et qu'on n'était pas chevalier parce qu'on était noble et même roi, puisque les rois se faisaient eux-mêmes armer chevaliers.