‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 54 sur 156 · LA NOBLESSE MILITAIRE · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE MILITAIRE

partie de la noblesse qui remontait déjà assez haut dans l'histoire, à Tépoque de Louis XIV, puisque les parlementaires achetaient ses propriétés, longtemps avant ce règne, en raison, peut-être, de cet appauvrissement même, qui rfavait qu'une croix de Saint-Louis et l'honneur pour récompense, dans un pays aussi guerrier que le nôtre, la noblesse militaire conservait un rang élevé dans l'État : quoiqu'elle n'eût pas de pouvoir politique, elle avait une importance sociale qui tenait à deux causes : d'abord^ si la guerre n'est pas la politique, elle y joue, au moins, un grand rôle, et l'épée de la noblesse n'avait-elle pas servi à tracer nos frontières comme à réunir les différentes parties du royaume? Dans les longues guerres qui avait fait triompher le nom français, assuré l'ascendant du pays, n'avait-elle pas eu beaucoup de sang à verser^ beaucoup de gloire et d'illustration à recueillir? N'avaitelle pas eu à sa tête, sous Louis XIV, Condé, Turenne et Vaubau?

L'autre cause d'importance sociale pour la noblesse militaire, était la résidence dans les campagnes.

Sans doute le système administratif qui datait de Richelieu et que Louis XIV avait développé avec Colbert, la puissance toujours croissante des intendants, avaient beaucoup amoindri l'influence de cette noblesse ; on l'a dit avec raison * : mais dans chaque province la noblesse continuait cependant à former un corps : on disait alors et l'on pouvait dire, « la noblesse de Bretagne, la noblesse dejNormandie, de Languedoc, dePicardie, » et ces noblesses auxquelles répondaient les trente-deux grandes divisions

* Voir V Ancien régime et la Révolution ^ par M. de Tocqueville, pages 55, 54 et suivantes.

f^ auk?ïïu lu.

t^rrriloriafc-s du pays, formaient la noblesse de France. O'aill^irft, un autre cadre existait pour la noblesse, celui des officiera de l'armée. Louis \IV, qui par la cour où il attirait les anciennes familles, par Tadminislration, inHtrument si actif du gouvernement central, par sa grandeur pentfjnnelle, avait réduit plus que ses prédéces- M:ur% l'importance de la noblesse, disait cependant et mivflit qu'il pouvait dire au moment des plus grands rêver» de SOS armes : « Qu'en cas d'un nouveau malheur, il couvofiiierait toute la noblesse de son royaume, quil la <M)ii(lniniit b renneini malgré son âge de soixante qualor/n nus, (!t qu'il périrait à sa téte^ »

Nous croyons que ces paroles de Louis XIV, qui savait liirn ce qu'il avait retiré de force et de cohésion à ce corps nnliqno, cr qu'avait produit à l'égard de la noblesse la iPhlrnliMulion do lu cour et de Versailles, résument parhUlonuMil co qu'éluilla noblesse de cette époque, d*abord, UMO (^luwo dtMilo militaire, dont le roi, qui l'avait le plus mimmiIm^ i^ MMi nutorilé, le plus rapproché dans sa cour Mu^iMO do \w Unit^fooisio, ne doutait pas cependant, dès v|u U l\uuli*i^i( nunuir avec lui pour la France, et qu'il ôltûl ^i\r do Noir »rrî>or tout entière au premier appel, r\Miuuo il lo \\m\i nu uiaixNcJial d'Harcourt *.

» \v»(ltMH\ vWW** ^xii^i^is \i\\ L U,dwp. XII, p. 100. * \ \^\ \\\ \\\A\\\\\<\\ U'Ibinniri que fureal adressées les célèbres i^hOywvlo lv^m>» \|\, vitW^'iK^r Vikliuà-e.

Les jiarolcs de Louis XIV. — Faits principaux de son règne. — Noblesse militaire. Appréciation de cette époque. — Le gouvernement royal avail-il tout absorbé en France? — Noblesse. — Débat autour du règne (le Louis XI Y. — Est-il vraiment le dernier de la monarchie? — Pourquoi Fancien régime a-til pu ressembler à une décadence? — La Fronde. — Caractère particulier du règne de Louis XIY. — Réaction contre la Fronde. — Influence des souvenirs de la Fronde sur l'esprit du roi. ^ Les grands ministres et la royauté. — Le règne de Louis XIV et U- Consulat. — Son système administratif bourgeois. — Ce système ne venait pas détruire la noblesse. — La famille de Colbert. — Parole de Louis XIY. — Classes supérieures facilement ouvertes. — Administration. — La monarcbie au dix-septième siècle.

Ces paroles de Louis XIV donnent bien à réfléchir ; lu première pensée qu'elles font naître, c'est d'étudier sérieusement l'époque où elles furent prononcées.

Le courant même de l'histoire de France nous a mené au règne de Louis XIV; parlement, bourgeois, administration bourgeoise, cour mêlée de bourgeoisie d'où sortaient tant de ministres bourgeois, mais noblesse militaire attachée au sol, puisqu'elle était si prête à le défendre et à le défendre en corps, telle est la première conclusion des faits que nous venons d'exposer*. Nous aurons à y revenir; mais, pour les mieux comprendre, il faut bien voir le cadre où ils sont placés, et apprécier d'une manière complète le règne même de Louis XIV.

* Voir les deux derniers chapitres

seulement ainsi qu'on peut juger celle époque, reconnaître sa véritable portée cl la place qu'elle doit occuper dans l'histoire.

Malgré l'organisation administrative du royaume, qui était sortie de la main puissante de Richelieu, la Fronde avait précédé ce grand règne et tenu l'enfance de Louis XIV quatre ans exilée de Paris *.

Henri IV et Richelieu réagirent contre les troubles et l'anarchie de la Ligue; Louis XIV parut, après la Fronde, mettre un dernier terme aux troubles civils, en même temps qu'il raffermit l'autorité royale, par le double développement de l'administration et des intérêts généraux.

Ce caractère tout spécial, ce but précis et déteiminé du règne de Louis XIV, méritent d'être étudiés plus qu'ils ne l'ont été peut-être, sans qu'il faille contester, assurément, dans une juste mesure les résultats généraux de ce règne, de cette longue et glorieuse réaction contre l'anarchie et les hontes de la Fronde. Mais si l'on ne peut nier qu'il ait laissé des résultats durables, indépendants des circonstances où il s'est produit, il faut aussi faire la part de la mission particulière qu'il avait à remplir.

C'est à ce dernier point de vue, c'est comme réaction qui mettait fin à un certain état de choses limité et circonscril, si Ton peut dire, que Ton a comparé le règne de Louis \ï\\ venant après la Fronde, au Consulat, venant aprùv^ la Révolution de 89, toute différence gardée des opoques*. Il $*esl agi, dans toutes les deux, de rétablir

* On s;ùt que U^uisXlV avail quatorze ans quand il y rentra.

• (.ours xVHistoirc moder»f, par M, Guizot, quatorzième leçon, la^es IC» el 16» M. («uicot caractérise ainsi le règne de Louis XIY : « IU|^H^et-vous 1 olat où la Frsnce était tombée après le gouTcme-

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