‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 56 sur 156 · GOUVERNEMENT DE LOUIS \IV · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE LOUIS \IV

deurs qui Tempêcheraient de gouverner, mais dans cette dictature royale qu'il vient d'établir il a la France avec lui^

En effet, comment gouverna-t-il? En développant, nous Tavons vu, Tinfluence du gouvernement civil et de la bourgeoisie, sans que la réaction où il était entré contre Taction politique de la grande magistrature bourgeoise, devenue factieuse par l'excès de l'esprit de corps, Ten- Iralnàt plus loin. Au contraire, il sembla vouloir compenser par l'épanouissement, pour parler comme M. Augustin Thierry, d'un système administratif bourgeois, où se développèrent les grands intérêts de la paix, à la voix de Colbert, le petit-fils du marchand de draps, la soumission qu'il avait imposée à la grande magistrature I ourgeoise. Cependant, à part le titre de cour souve- < -line qui lui futinterdit, cette magistrature, en tant que \ rps judiciaire, resta ce qu'elle était et ne perdit rien de lia forte constitution ; ni la vénalité, ni l'hérédité, par conâéquenty des offices, ni la juridiction du parlement de Paris, dont l'étendue était énorme, ne furent modifiées. Arrivant après la Fronde, après deux grands ministres aussi, Louis XIV relève l'autorité personnelle du roi, exerce un pouvoir, résultat des circonstanciés et de son génie même; mais ce pouvoir, qui avait surtout pour but

* « Ce régime, dit M. Auj;ustin Thierry, ennemi de la liberté aussi bien que du privilège, et dont la seconde moitié du dix-septième siéde nous montre Tèpanouissement splendide, la nation ne Tarait point subi, elle-même Tavait voulu résolument et avec persévérance ; quelques reproches qu'on pût lui faire au nom des droits naturels ou du droit historique, il n'était point fondé sur la force ni sur la fraude, mais accepté par la conscience de tous. » (M. Augustin Thierry, Essai sur la formation du tiers état, p. 189.) ^. .. l 12

de rendre à la royauté sa force et sa dignité, faisait-i une œuvrede- nivellement social?

Nous avons vu qu'il y avait une noblesse sous Louis XIV ; la bourgeoisie, dans son mouvement ascensionnel, venait-elle la détruire, Teflfacer?

Si Louis XrV avait tendu à un tel résultat, il aurait suivi un tout autre système.

En Angleterre, c'est par la chambre des communes que Ton passe pour entrer à la chambre des lords; en France, sous Louis XFV, c'était par les hautes fonctions que l'on arrivait à la noblesse : cette noblesse restait, nous l'avons dit, un grand but, un glorieux idéal, un titre dlionneur, quoiqu'elle fût très-accessible.

Dans les Élats despotiques et nivelés, comme en Turquie, par exemple, on sait qu'il en est tout autrement : il n'y a point de noblesse, point de classes supérieures, mais seulement une démocratie d'esclaves et un maître : à un jour donné, une décadence inévitable.

Sous Louis XIV, au contraire, il y a une vie remarquable dans la société, un recrutement de la noblesse dans lia bourgeoisie, par l'administration et l'armée elle-même, et de la bourgeoisie dans les classes inférieures, par le développement de l'industrie et du commerce : là est le double résultat du gouvernement de ce prince,-

Des faits éclatants sont les indices de cette situation et de cet état de société.

Nous avons parlé de Colbert et des ministres bourgeois de cette époque, des honneurs dont les hauts fonctionnaires bourgeois jouissaieutà la cour deLouis XFV; on verra que ces honneurs n'étaient point personnels, qu'ils n'avaient pas seulement pour but d'élever la bourgeoisie individuellement et comme classe, mais qu'ils lui ouvi^aient

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