‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 6 sur 156 · QIELLES SONT LES ORIGINES DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

QIELLES SONT LES ORIGINES DE LA RÉVOLUTION

de haines, à mesure qu'elles ont passé devant cette Révolution et les gouvernements qui en sont sortis ?

Ces pouvoirs de circonstance, qui tous devaient la terminer, et auxquels on Ta vue survivre, n'ont pu contribuer à éclaircir les idées sur cette question toujours pendante de la Révolution de 89, qu'ils aient emprunté plus ou moins à ses principes ou à ses résultats.

Les partisans de ces pouvoirs, ceux qui ont trouvé des satisfactions d^ambition, d'intérêts ou d^idées, dans les divers régimes qui ont suivi 89, ont jugé cette Révolution d'après l'influence qu'elle a exercée sur leur temps, sur les gouvernements qu'ils ont aimés ou servis ; ce sont les opinions de ces hommes qui ont inspiré ces discussions de la tribune, où, sous tant déformes, la question même de la Révolution a été agitée, et cette polémique, si longue, si ardente de la presse, qui n'a pu réussir à fixer, sur cette grande et capitale question, les idées du plus grand nombre.

Il y a enfin les histoires diverses de la Révolution, écrites presque toutes, à de rares exceptions, dans des intérêts de partis, guerre après la guerre, où chacun s'est efforcé de faire triompher son opinion et sa cause.

Au milieu de tous ces plaidoyers de partis, comme de ioutes ces ruines de gouvernement, de la division et de la contradiction des opinions, des doutes, des découragements, il doit y avoir cependant une vérité. N'est-il pas même permis de penser que la cause principale de la scission profonde des idées et des sentiments, que nous venons de signaler, est dans l'ignorance et l'oubli d'une vérité supérieure aux motifs qui séparent et agitent les partis? Si l'on ne sait bien ce que ceux-ci acceptent, ce que ceux-là repoussent de la Révolution de 89, si l'on

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sait trop ce que d'autres en attendent, n'est-il pas donc possible de s'élever au-dessus de toutes ces préoccupations particulières en remontant à l'origine véritable de la Révolution? C'est ce que nous venons tenter aujourd'hui.

Quelle a été cette origine, particulière ou générale? La Révolution de 89 a-t-elle eu une cause politique, c'est-à-dire simple et ordinaire, ou bien une cause étrangère, en elle-même, à la politique, qui n'aurait cessé d'agir depuis soixante et onze ans, une cause extraordinaire ?

Si l'Europe a reçu une telle commotion des événements de cette époque, si de 1789 à 1830, de 1830 à 1848, et de 1848 au temps présent, le même esprit, les mêmes résultats se présentent, si l'Italie, si Rome enfin, nous montrent aujourd'hui ces résultais d'une même influence, faut-il les attribuer à quelques faits de notre histoire intérieure, à la politique de tel roi ou de tel ministre de notre ancienne monarchie? Ou bien un idéal, supérieur, dans sa force et dans sa puissance, à toute politique, contenu précisément dans les théories qui ont été agitées avant et depuis 89, en est-il la grande cause, la cause décisive, originelle?

Dès qu'on jette les yeux sur l'histoire de cette Révolution, il y a un fait, qui le premier frappe tout le monde: la transformation subite et instantanée, pour ainsi dire, des états généraux convoqués par le roi Louis XVI en Assemblée nationale et constituante.

L'ancienne société se réunit, par l'intermédiaire de ses représentants naturels, pour être aussitôt dissoute : peut-on, de ce grand fait, l'explosion, pour ainsi dire, d'une France nouvelle, brisant tout à coup le cadre

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d'une antique et puissante monarchie pour tout refaire et tout créer, ne pas remonter à une cause, non pas ordinaire, mais extraordinaire, agissant sur la politique, mais, dans sa nature et sa puissance, supérieure à la politique, jetant dans le monde, ou continuant plutôt l'idée de scission et de changement apportée par le protestantisme : nous avons nommé la philosophie du dixhuitième siècle.

Pour peu qu'on ne soit pas étranger à l'histoire des idées et des révolutions depuis le seizième siècle, il est difficile que Ton repousse un tel rapprochement, et qu'à la vue surtout d'une société qui semble arrachée tout d'un coup à ses vieilles bases au nom de certains principes nouveaux, dont il est facile de découvrir l'origine, on ne reconnaisse pas d'abord, dans le fait même qui est leur triomphe, la nature de ces principes.

Ce n'était pas la première fois, en effet, qu'une grande révolution éclatait dans l'Europe moderne: la tradition de ces événements qui transforment l'état des nations, ébranlent Tordre européen, appartient au protestantisme et à l'histoire d'Angleterre.

Il est bon de rappeler cette histoire si voisine de la nôtre, aussi voisine que l'Angleterre l'est elle-même de nos rivages, et de se souvenir que la fin de Charles I", CQifnme la chute des Stuarts catholiques, était, sous Louis XIV, des événements contemporains.

Or, à peine Louis XIV est-il mort, à peine Bossuct a-t-il cessé de combattre les doctrines protestantes qui attaquaient également le dogme catholique, l'autorité de l'Église et celle des princes, qui jetaient en France comme une espèce de réverbération de la révolution d'Angleterre, sous le sceptre même du grand roi, que ce

fait nouveau, la pliilosopliie du dix-huitième siècle, commence à se manifester.

Les idées, dont elle est le développement, il faut le remarquer, précèdent la régence ; elles continuent à se produire sous des formes diverses jusqu'aux états généraux et à TÂssemblée constituante ; il y a là une suite logique non interrompue, une sorte de démonstration en action d'une si grande portée, qu'il est impossible à tout esprit impartial de ne pas le reconnaître. On sent, dès qu'on entre dans cet ordre d'idées, qu'il y a là une étude préalable à faire, une question capitale à dégager, qui se trouve mêlée aux faits, qui les domine, et qui, unité d'une grande histoire, groupe nécessairement auour d'elle toutes les causes secondaires.

il existe un rapport très-intime entre les idées et les mœurs, avons-nous besoin de le dire? Or, c'est un fait incontestable que, pendant le dix-septième siècle, à la cour môme de Louis XIV, bien des grands seigneurs, parmi lesquels on citait les Gramont et les Saint-Evrcmond, préludèrent à la Régence par les mœurs et les idées.

Les faits seuls peuvent faire apprécier les résultats de cette immoralité et de cette incrédulité de cour. Certes, il n'y a point de fatalité, même dans le mal, et, dans un pays chrétien, le remède à ce premier entraînement n'était pas loin.

Si l'on veut se former une idée juste cependant de cet état des mœurs et des idées, dont Bossuet était effrayé, il n'est besoin que de prêter l'oreille aux paroles prononcées par lui devant toute la cour.

Dans l'oraison funèbre de la princesse Palatine, il comparait/'in^^m/^^rowc^ des sens à V intempérance de V esprit.

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