‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 60 sur 156 · LA ROYAUTÉ, LA CIVILISATION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LA ROYAUTÉ, LA CIVILISATION CHRÉTIENNE

organisation militaire, judiciaire, administrative : l'unité royale, mais en présence de grands corps et de grandes existences.

Voilà ce que la royauté avait fait sortir du régime purement guerrier ou militaire de la féodalité, sous le patronage d'une puissance supérieure, celle d'une civilisation chrétienne. Voilà le système de société et de gouvernement que Louis XIV n'avait pas exagéré, au point de tout absorber dans le pouvoir royal, mais qu'il avait continué et développé dans les conditions particulières où son gouvernement et la monarchie se trouvaient placés, après la Ligue et la Fronde K

* Nous savons bien (Jue, dans V Ancien régime et la Révolution, M. de Tocqueville rappelle une partie de rorganisation féodale qui existait au moyen âgé, et qui au dix-septième siècle avait depuis lon^emps disparu sous le long effort de funité monarchique, de la royauté qui avait à exister et à faire vivre la monarchie : « Dans le moyen âge, dit M. dé Tocqueville, et tant que la féodalité conserva son empire, tous ceux qui tenaient des terres du seigneur (ceux que la langue féodale nommait proprement des vassaux), et beaucoup d'entre eux n'étaient pas nobles, étaient constamment associés à celui-ci pour le gouvernement de la seigneurie.. La cour du seigneur était le grand rouage du gouvernement féodal... Le savant feudiste, Edms de Fréminville, qui, trente ans avant la Révolution française, s'avisa d'écrire un gros livre sur les droits féodaux et sur la rénovation des terriers, nous apprend qu'il a vu dans les titres de nombre de seigneuries, que les vassaux étaient obligés de se rendre tous les quinze jours à la cour du seigneur, où, étant assemblés, ils jugeaient conjointement avec le seigneur ou son juge ordinaire, les assises et différends qui étaient survenus entre les habitants... J'ai cité ceci, ajoute M. de Tocqueville, non comme une preuve, il y en a mille autres, mais comme un exemple de la manière dont, à l'origine et pendant longtemps, la classe des campagnes se rapprochait des gentilshommes et se mêlait chaque jour avec eux dans la conduite des mêmes affaires. Ce que la cour du seigneur faisait pour les petits propriétaires ruraux, les états provinciaux et plus tard les états gé-

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iiéraux, le firent pour les bourgeois de» villes. ■ (L'Ancien réginu ei la ïiévolution, par M. de TocqueviUe, pages loi et 152.) Celte organisation intérieure de la féodalité dont les premiers états généraux furent Fimage, si elle s'était transformée en un gouTemement représentatif régulier comme en Angleterre, aurait eu sa raison d'existence ; mais, c'est précisément parce que la féodalité proprement dite a été en France si indépendante, si indisciplinée, et qu'elle a tendu à former des principautés séparées au lieu d'un royaume, qu'une politique persévérante a fini par lui enlever toute existence princiére, tout gouvernement particulier et même toute administration spéciale, en lui offrant, comme noblesse, une haute position dans l'Étal ; mais une noblesse ne peut-elle exister que sous le régime représentatif anglais, comme aristocratie politique, ainsi que IN'ntend M. de TocqueviUe, ayant une part directe au pouvoir? Telle (*st, au fond, la question qu'il pose et qu'il résout par l'affirmative dans son livre, écrit tout entier au point de vue de cette forme de ^ouvernoment, point de vue auquel cependant il est impossible de subordonner, pour ainsi dire, toute l'histoire de France; car cela reviendrait à regretter que la France n'ait pas été l'Angleterre. Sans doute le gouvernement représentatif, tel que ce pays Ta obtenu par htt l'éoilalité transformée en aristocratie politique, a plus duré et s'est montré Autrement fort que les tentatives de gouvernement représentatif qui ont eu lieu en France depuis 89; mais l'ancienne monarchie française, qui s'est développée, nous Tavons vu, suivant sa nature, (|iii a formé et élevé les classes inférieures d'après les tendances qui lui l'étaient propres, n'est pas responsable assurément des échecs que It^îi idées d(» si) ont pu subir dans l'établissement du gouvernement roprésonlalif qu'elles ont entrepris de fonder.

La noblesse était-elle éti^angère à la polilique proprement dite? — Lrs familles nobles vouées à la magistrature et à Tatimiiiistration. — La. grande fonction de la noblesse. — Diplomatie. — Marine. — Guerr< s du règne de Louis XTV. — Une dernière victoire.

Dans l'étude à laquelle nous nous livrons, nous ne devons négliger aucun des faits qui peuvent expliquer l'état social et politique de la France au dix-septième siècle. Faut-il croire que la noblesse fut alors complètement étrangère aux grandes affaires, et que la bourgeoisie, qui a donné tant de ministres à Louis XFV, en eut seule la direction? Il n'en était pas ainsi; non-seulement cette bourgeoisie s'élevait à la noblesse par les grandes fonctions et lui apportait une considération nouvelle, mais il y avait, dans l'administration comme dans la magistn ture, de très-nobles familles vouées à ces deux carrières *. Ce n'était pas en vain que, depuis Louis XII, la

* Le garde des sceaux d'Argenson en fut un illustre exemple sous Louis XIV. On lit, dans sa Vie, par M. Pierre Clément : « La famille d'Argenson a rempli pendant plusieurs siècles, soit aux armées, soit dans les carrières civiles, des postes considérables; ses titres nobiliaires sont en outre, des plus anciens, et tellement illustres, que très-peu d'autres familles seraient en droit d'en revendiquer de semblables. Sous Louis }U1I un d'Argenson fut tour à tour soldat, conseULer au parlement de Paris y intendant d'armée et administrateur de la Catalogne un moment française. »

(Portraits historiques, par M. Pierre Clément, p. 175.)

magistrature avait joué un rôle si important, et que l'administration avait fait tant de progrès de Henri IV à Louis XIV.

Sans doute la grande fonction de la noblesse était la fonction militaire, celle qu'elle exerçait le plus généralement; mais elle n'en a pas moins produit deux de nos plus grands ministres, Sully et Richelieu, et il y eut dans son sein des familles administratives, si Ton peut dire, comme celle des d'Argenson.

Nous ne pouvons entrer, à cet égard, dans de trop longs détails ; mais on vit sous Louis XTV une partie surtout du gouvernement civil offrir à la noblesse une grande et belle carrière, nous voulons parler de la diplomatie.

Certes, la bourgeoisie n'en était pas exclue, car on sait qu'un des frères de Golbert avait été ministre des affaires étrangères *; mais il suffit de consulter notre histoire diplomatique pour reconnaître le grand rôle qu'y a joué la noblesse.

Louis XIV a, pour ainsi dire, fondé la dipjomatie en France, grande école où l'on apprenait à faire prévaloir l'influence française, où les représentants de nos premières familles, qu'il s'agît d'une question de territoire ou de commerce*, étaient initiés aux grandes affaires et

* Il fut aussi ambassadeur de France à Londres.

* Il est curieux de parcourir une introduction rédigée par Golbert, en qiialité de ministre de la marine, pour le comte de Vaugiiyon, ambassadeur de France en Espagne. Golbert y entre dans les détails les plus particuliers sur les intérêts et les droits du commerce français en Espagne, en vertu « du traité des Pyrénées, confirmé par ceux d'Aix-la-Giiapelle et de Nimègue. » Golbert fait observer que le commerce de toutes les nations, en Espagne, ne se fait

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