LE PARLEMENT DE PARIS ET LAW
occupait le premier rang, on n'est pas surpris qu'un seul règne, malgré le génie du roi, n'ait pu changer l'organisation même de la monarchie, telle que les siècles l'avaient faite.
Pour ne parler, d'abord ici, que du parlement de Paris et du rôle qu'il joua pendant l'ancien régime, à dater de la mort de Louis XIV, dès l'année 1718, on le voit s'opposer au système de Law et mettre obstacle à un arrêt de refonte des monnaies, dont les conséquences ne pouvaient être que mauvaises. Les remontrances de tous les parlements de province *, avaient été favorablement accueillies par l'opinion; le parlement de Paris passa outre, et, après en avoir voté de nouvelles, eut recours à deux mesures également hardies et contraires à toutes les règles administratives, en suspendant l'exécution de l'édit de refonte jusqu'à ce qu'il eût plu au roi de faire droit aux remontrances, et en rendant un arrêt qui, réduisant la banque établie par Law à sa première institution ^ défendait aux directeurs et employés de garder aucuns deniers royaux, ni d'en faire aucun usage pour le compte de la banque, rendait tous officiers comptables responsables des deniers qu'ils auraient convertis en billets, et défendait aux étrangers même naturalisés de
et les intérêts sur lesquels il avait à prononcer, le ressort de ce parlement en y comprenant FArtois, embrassait cent soixante-onze balliages, sénéchaussées, châtellenies ou vingt mille deux cent vingt et une paroisses, à peu prés les deux cinquièmes de la France en étendue, et plus de onze millions d'habitants.
(Voir les pages 22, 24, 27, 28 et 29 de la France avant la Bévolutionf par M. Baudot.)
^ n y avait treize parlements de province, ceux de Toulouse, de Bordeaux, de Rouen, de Rennes, de Dijon, de Golmar, de Grenoble, de Besançon, de Nancy, d'Âix, de Douai, de Metz et de Pau.
10 CHAPITRE XYI.
s'immiscer directement ou indirectement dans le maniement des dwiiers royaux sous les peines portées par les ordonnances^.
On le voit ; le parlement de 1 718 faisait à Law étranger la même guerre que le parlement de la Fronde avait faite à Mazarin. La situation était fort tendue pour le régent : un historien* en indique les différents traits avec beaucoup de vérité et de justesse, en citant les paroles d'un fils du garde des sceaux, d'Argenson, ministre du régent après Tavoir été de Louis XIV. Rien ne manque à ce tableau, Alberoni, cet ennemi du régent, qui, disposant d'un royaume comme premier ministre dEspagne, est prêt à mettre le feu aux poudres^ suivant sa propre expression, «le régent trahi par son propre ministère, l'opiniâtreté des parlements, l'inquiétude des protestants du Poitou, les troubles de Bretagne, la conspiration de Cellamare, dans laquelle étaient impliquées nombre de personnes de Paris, et dont les fils étaient ourdis à l'hôtel du Maine ; les querelles entre les princes du sang et les légitimés, entre la noblesse et les ducs et pairs, entre les jansénistes et les molinistes... » Cependant le lit de justice tenu par le régent, le 26 août 1718% met fin à cette situation, et le parlement cède devant un acte énergique du pouvoir, tous les dangers que l'on redoutait disparaissent : le parlement ne cherche point à recommencer la Fronde. Il continue cependant son opposition à Law, mais si le régent, en présence d'une émeute dpni Je système est la cause, craint que le parlement ne profite de l'état de Paris pour agir sur l'opinion, cette appréhen-
* M. Henri Martin, Histoire de France, t. XVII, p. I9i. « M. Pierre Clément, Portraits historiques, p. 219. » M. Pierre Clément, Portraits historiques, p. 220.