BOURGEOIS DE LA MAGISTRATURE ET BOURGEOIS DU PARLEM
bourgeois de la grande magistrature et les bourgeois de Tadminislration sous la direction de la rovauté *. Il en résultait que ce n'était point là, sans doute, un gou\ernement représentatif à l'anglaise, mais c'était un gouvernement où Ton délibérait, où Ton discutait, où Ton résistait, qui avait eu face de lui des hommes indépendants, même dans l'administration; non-seulement des hommes, mais une classe, car on pouvait appeler alors la bourgeoisie une classe judiciaire et administrative: c'était dans ce double caractère que se trouvaient sa force et sa puissance.
Celte position de la bourgeoisie dans la société et le gouvernement avait un autre résultat : le recrutement dans son sein de la noblesse, ainsi que l'attestent le règne de Louis XJV et tout l'ancien régime ; comme il y avait une noblesse de robe, il y avait aussi une noblesse d'administration '.
* Nous avons déjà rappelé que les charges du parlement étaient héréditaires et inamoYibles, ce qui n'était pas une médiocre garantie d'indépendance. Un grand nombre d autres charges et fonctions, dans Tordre administratif, appartenaient aussi aux titulaires qui les avaient payées, et qui s'en trouvaient propriétaires, de même qu'aujourd'hui les notaires et les avoués achètent leurs charges. On comprend qu'il en résultait pour ces fonctionnaires, une grande indépendance, et pour la classe bourgeoise une dignité particulière. Gomme M. de Tocqueville le fait observer avec raison, dans V Ancien régime et la Révolution , alors on payait, aujourd'hui on est payé. Nous aurons à revenir sur cette questionfdu salaire administratif.
* C'est ce que reconnaît H. Mignet, quand il parle des « parvenus anoblis qui dirigeaient l'administration, étaient revêtus des intendances. » {Histoire de la Bévolution, l" vol., p. fO.) 11 y avait une troisième noblesse, dont nous aurons encore à parler, la noblesse d^échevinage ou municipale, qui sortait également de la bourgeoisie; mais, pour nous borner ici à ces parvenus, comme les appelle H. Mignety qui administraient la France, nous ferons observer qu'ils
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occupaient des positions éminentes, à côté d'hommes d'anciennes familles, comme Turgot, par exemple; or, puisque la noblesse entrait aussi dans les intendances, il n'y avait, certes, aucune raison pour que les intendants ne fussent point anoblis : mais suppose-t-on que la noblesse était fermée sous Tancien régime, on se plaint de ce régime de caste; s'aperçoit-on qu'elle était ouverte, très-ouverte, on appelle les nouveaux nobles des parvenus. Il semble qu'il serait plus logique de reconnaître qu'il y avait une hiérarchie sociale sous l'anden régime et que la bourgeoisie y arrivait très-régulièrement à la noblesse.
Ce qu'était la royauté au moment de l'avènement de Louis XYI. — Quelle avait été son œuvre dans la société française. — Deux anecdotes. — Tradition monarchique.
Au moment de raconter Favénement du roi Louis XVI, nous avons dû indiquer, de la manière la plus complète qu'il nous a été possible, Tétat de la société telle qu'il la trouva, au point de vue de son ancienne organisation, la constitution générale du gouvernement, judiciaire et administrative, comme la place qu'y occupait la royauté *.
Ici une première conclusion se présente, c'est qu'aucune royauté en Europe n'avait mieux rallié autour d'elle les divers éléments d'une société que ne l'avait fait la royauté frani, 3e, qu'en particulier elle avait favorisé le développement et 'élévation des classes les plus nombreuses delà nation, et que la couronne, à cet égard, avait été en France, par la magistrature et l'administration,
^ Lorsque nous aurons à parler des États généraux, nous serons naturellement amené à indiquer le système de représentation provinciale, qui, sous le nom d'États de provinces, embrassait environ un tiers de la France ; et cette variété de l'administration comme de Torganisation du pays sous l'ancien régime achèvera de caractériser et le gouvernement et la société de cette époque. Nous aurons naturellement à comparer deux systèmes : celui de la centralisation et celui de
la province organisée.
ce que raristocralie avait été en Angleterre par la Chambre des lords et la Chambre des communes *.
Il en était résulté, pour cette royauté entourée de la noblesse militaire, de la bourgeoisie formant presque à elle seule la magistrature et Tadministration, un trèsgrand pouvoir, sans doute. Ce n'était pas un pouvoir individuel, si Ton peut dire, mais un pouvoir collectif, traditionnel, dont le nom était partout respecté.
Il était difficile, indépendamment même du contrôle de la magistrature parlementaire, que le prince exerçât ce pouvoir en dehors de certaines règles, de certaines traditions, de certains intérêts. L'idée de cette royauté, qui, dès Forigine, la main dans celle de l'Église', avait combattu les forts, défendu et organisé les faibles en les élevant, groupé autour d'elle et discipliné la noblesse féodale, tourné son courage indomptable contre les ennemis du pays, se mêlait, dans tous les esprits, à une idée de ^puissance, de justice et de progrès sociaP.
* « Une chose m'a frappé tout d'abord, c'est que dans l'espace de six siècles, du douzième au dix-huitième, Thistoire du tiers état et celle de la royauté sont indissolublement liées ensemble, de sorte que, aux yeux de celui qui les comprend bien, l'un est, pour ainsi dire, le revers de Tautre. De l'avènement de Louis le Gros à la mort de Louis XIV, chaque époque décisive dans le procès des différentes classes de la roture, en liberté, en bien-être, en lumières, en importance sociale, correspond, dans la série des règnes, au nom d'un roi ou d'un grand ministre. Le dix-huitième siècle seul fait exception à cette loi de notre développement social ; il a mis la défiance et préparé un divorce funeste entre le tiers état et la royauté. » (Essm sur Vhistoire du tiers état, par Augustin Thierry, page 9 de la préface.)
* Louis le Gros et Suger.
'• Témoin cette formule bien connue : « Si le roi le savait ! » espèce d'appel à la royauté qui se plaçait naturellement sur les lèvres de quiconque se trouvait lésé.