LOUIS XVI DAUPHIN
vérilable nature, de celle qui doit se trouver en contact avec les événements. Ce que le Dauphin et la Dauphine avaient été avant la mort de Louis XV, ce qu'ils furent après, voilà ce qu'il importe de bien savoir, voilà ce qu'jl faut dégager de la lutte des partis, des exagérations de la haine, et même de la sincérité d'une sympathie qui s attache à de grandes infortunes.
Ce qui frappe d'abord dans le jeune Dauphin, qui devait prendre le nom de Louis XVI, c'est le contraste qui existe entre lui et Louis XV, son aïeul. Si ce dernier, en mourant, demande pardon à Dieu de toutes les fautes de sa vie *, son petit-fils, dont le père était si pieux et si pur * est pur et pieux comme son père. Comme lui on l'avait vu se tenir à l'écart de la cour et de l'entourage de Louis XV.
Les premiers sentiments inspirés par le dauphin et la Dauphine après leur mariage, qui eut lieu en 1770, s'étaient résumés dans le mot, si séduisant pour les princes, de popularité*. Il suffit, à cet égard, de consulter
* M. de Falloux raconte ainsi la mort de Louis XV : « Le cardinal de la Roche-Aymond, grand aumônier de France, parut avec le viatique. Le roi se souleva avec respect sur son lit ; il voulait s'humilier à haute voix devant son Dieu ; mais ses forces le trahirent, et il retomba en priant le cardinal de lui séfvir d'interprète. Le cardinal, tenant le viatique à la main, dit d'une voix émue : « Quoique le roi ne doive compte de sa conduite qu'à Dieu seul, il déclare qu'il se repent d'avoir causé du scandale à ses sujets et qu'il ne désire vivre désormais que pour le soutien de la religion et le bonheur de ses peuples. » (Louis XVI, par M. de Falloux, p. 44.)
* Le Dauphin, père de Louis XVI, mourut à trente-six ans, après une vie vouée tout entière à l'exercice des plus hautes vertus et à l'éducation de ses enfants.
* « La première entrée des jeunes époux dans la capitale avait été marquée par ces transports que les Français savent si bien manifes-
5k2 CHAPITRE XYIII.
les divers historiens de Tépoque, même les plus opposés à l'ancienne royauté.
Au moment de son arrivée en France, la Dauphine, à peine âgée de quinze ans, avait montré bientôt une sensibilité qui lui était naturelle, qui devait la rendre et qui la rendit populaire. Rapporterons-nous des anecdotes bien connues qui font connaître la jeune princesse et qui la montrent telle qu'elle parut d'abord à la France? Nous croyons qu'elles appartiennent à l'histoire. Un jour, dans une chasse où un pauvre paysan avait été blessé, elle voulut qu on le transportât dans sa voiture. On la vit panser de ses propres mains un de ses domestiques. Elle s'était faite auprès de Louis XV l'intermédiaire des infortunes isolées et délaissées. Avant d'être mère, elle en avait tous les sentiments : comme on racontait devant elle qu'une femme, au lieu d'implorer sa protection pour obtenir la grâce de son fils, avait cru devoir solliciter celle de madame Dubarry, elle n'en exprima aucun mécontentement : « Ah ! dit-elle, si j'étais mère, pour sauver mon fils, je me jetterais aux genoux de Zamore * I »
ter. Plusieurs fois ils retournèrent à Paris, pour jouir du bonheur qu'ils avaient goûté. Un soir qu'ils assistaient à la représentation du Siège de CalaiSy de vifs applaudissements accueillirent ce vers :
« Le Français, dans son prince, aime à trouver un frère, Qui, né flls de l'État, en devienne le père. »
Lorsqu'ensuite ce vers fut prononcé :
« Rendre heureux qui nous aime est un devoir si doux ! »
Le Dauphin et la Dauphine applaudirent les premiers, et cette réponse excita de nouveaux transports. (Histoire du règne de Louis XVI, par Droz, premier vol., p. 95.)
^ Zamore était, comme on sait, le petit Indien qui portait la queue de la robe de madame Dubarry, ( M. de Falloux', Louis XVI , page 36.)