LOUIS XVJ
De tels faits sont très-connus, sans doute, mais le devoir des historiens n'est-il pas de les reproduire?
On rencontrait souvent le Dauphin au sortir de quelque pauvre chaumière et des greniers où sa charité l'avait amené. Il arriva qu'un jour il fut reconnu par des pages dans une de ses visites mystérieuses : « Convenez, messieurs, dit-il, que je suis plus malheureux qu'un autre ; je ne puis aller en bonne fortune sans être trahi ^ »
Un écrivain qui veut, par un calcul facile à comprendre, rabaisser le caractère de Louis XVI et frapper dans le roi la royauté, parle lui-même des verttis de ce prince *, et, tout en disant qu'il n avait rien éCun roi, établit ce rapprochement entre lui et Henri IV : « Aucun de ses ancêtres, Henri IV excepté ', ne serait allé, comme lui, visiter l'indigent dans un réduit obscur, et ne se serait écrié sur le chemin du sacre : — Point de tapisseries ! Je ne veux pas qu'on empêche le peuple et moi de nous voir \ »
La charité et l'amour du peuple qu'il est appelé à gouverner, chez un roi qui n'a pas vingt ans, sont-ils des qualités politiques, surtout quand il ne s'y mêle point de calcul? Ce sont au moins d'heureuses dispositions de la part d'un souverain, et elles expliquent la popularité dont jouit d'abord le nouveau roi.
Nous croyons devoir citer ici un autre fait qui peindra un prince dont on peut dire qu'il fut un prince économe *.
* Idem.
^ Histoire de la Révolution, par M. Louis Blanc, tome II, p. 14. ^ M. Louis Blanc oublie saint Louis.
* Même tome, pages 13 et 14. (Histoire de la Révolution, par H. Louis Blanc)
^ Le roi ne reculait devant aucune économie personnelle, pour rétablir Tordre dans les finances.
254 CHAPITRE XYllL
Pendant la maladie de son aïeul, lorsque le danger du roi était de plus en plus grave, le Dauphin écrivit au contrôleur général des finances la lettre suivante :
a Je vous prie, monsieur, de distribuer dans la minute deux cent mille livres aux pauvres, afin qu'ils prient pour la conservation du roi. Et si vous trouvez que la distribution de cette somme puisse nuire à vos arrangements, vous la retiendrez sur mes pensions.
« Louis, Dauphin. »
Cette marque d'affection pour son aïeul était d'autant plus remarquable, que Louis XV éloignait de sa personne les princes ses petits-fils, et qu'ils n'étaient point dans Tintimité de sa vie privée : il y avait, sans aucun doute, l'élan d'une âme généreuse dans cette riche aumône que répandait la piété filiale du Dauphin.
Nous ne voulons pas multiplier les détails. Ajoutons cependant que l'éducation du jeune prince avait été suivie avec soin, et que sa facilité naturelle, unie à un grand goût pour l'étude, soigneusement développé par le Dauphin son père et les maîtres qu'il lui avait donnés, faisait de Louis XVI un prince très-instruit. Il avait beaucoup étudié l'histoire et traduit les œuvres d'historiens célèbres ^ Très-bon latiniste, il savait plusieurs langues étrangères*, et il avait poussé si loin ses connaissances géographiques, qu'on a dit de lui que « simple particulier.
VHistoire de Charles /", par Hume, les Doutes historiques sur les crimes imputés à Richard III, par Horace Walpole, elles cinq premiers volumes de la Décadence de V empire romain, par Gibbon. * L'allemand, Titalien et l'anglais.