‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 86 sur 156 · L'ÉCONOMIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

L'ÉCONOMIE POLITIQUE

grand empire, même sous Louis XV: il Tavait favorisée sans se rendre compte de sa véritable origine *.

Quand une pensée de réforme, quelle qu'elle soit, s'empare d'un siècle, agit sur un grand nombre d'intelligences, d'une manière plus ou moins directe, faut-il s'étonner qu'une sorte de mirage se fasse devant ces intelligences, qu'au milieu de cette surexcitation morale, un principe d'innovation, dans l'horizon qu'il vient à se former, dans le rayonnement d'une même idée, s'adressant à une si grande variété d'esprits, marche aux applications en apparence les plus diverses : ce fut l'histoire de l'économie politique du dix-huitième siècle.

A cette époque où les événements étaient en germe, sans doute, mais où l'on ne pouvait saisir, comme aujourd'hui, par une longue expérience, l'enchaînement logique des causes et des effets, où l'on avait vu, il est vrai, des révolutions protestantes, mais où l'on n'avait aucune expérience des révolutions philosophiques, l'économie politique, dont Turgot était le disciple enthousiaste, semblait au plus grand nombre une spécialité de la science, comme nous dirions maintenant, et pas autre chose; on ne savait pas que les idées étaient le champ de bataille où devait se livrer toute la lutte du dix-huitième siècle. On ignorait surtout cette puissance d'infiltration qui existe dans une société, pour certaines idées dominantes, puissance telle que, si on ne leur oppose une puissance supérieure, elles parviennent toujours à s'ouvrir une voie, comme la vague dans le navire que bat

* Louis XV appelait le docteur Quesuay, un des deux premiers chefs des économistes (Gournay fut le second), son penseur, Quesnay, dont nous parlerons avec plus de détails, était médecin de madame de Pompadour et habitait le cliàleau de Versailles.

rOcéan, et qu'elles y pénètrent bientôt par tontes les issues et sous toutes les formes.

On verra qu'à l'époque où nous sommes parvenus il n'y avait pas de mesure de gouvernement, de choix ministériel qui ne fût d'une grande portée, et sur lesquels il ne fallût avoir des vues générales, justes et profondes, où une politique de circonstance fût plus à craindre; cela est vrai, mais qu'y a-t-il de plus difficile en politique, précisément, que d'échapper à l'empire de la circonstance, surtout quand elle se présente sous les apparences les plus propres à séduire le jugement, et qu'un jeune roi se trompe en cherchant la plus grande somme de bien possible pour un pays, surtout quand l'état de ce pays peut réclamer d'utiles changements?

Après le règne de Louis XV, il y avait chez son successeur une tendance naturelle aux réformes; mais quelles devaient être ces réformes? Ce qu'il y a de certain, c'est que celte tendance était particulièrement fa» vorable à ceux qui prétendaient améliorer la situation, économique du pays, sans toucher à la religion ni à la politique; Turgot, qui n'affichait point ses sentiments d'incrédulité, qui, au reste, s'était fait connaître comme bon administrateur, se trouvait aussi, nous l'avons vu, au premier rang de ces novateurs qui, d'abord, se montrèrent uniquement préoccupés des intérêts matériels et de leur prospérité ; il y eut une sympathie facile à comprendre entre l'amour du bien public, l'esprit chrétien qui animait le roi, et les vues réformatrices de Turgot.

Ainsi, l'esprit d'innovation, quelle que fût sa forme, était loin de trouver les issues du pouvoir fermées, dès l'origine même du règne de Louis XVI : un jeune roi et un vieux ministre semblaient s'entendre pour les lui ou-

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