‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 88 sur 156 · QUESNAY ET LES ÉCONOMISTES · texte numérisé non relu

QUESNAY ET LES ÉCONOMISTES

furent bientôt des disciples ; » on ne peut affirmer cependant qu'il voulût appliquer les idées philosophiques dans une sphère nouvelle, et lui attribuer un calcul. Celait un enlhousiaste, dogmatisant sur l'agriculture comme d'autres avait dogmatisé sur la religion, consultant sa raison au lieu de consulter les faits.

Les idées philosophiques, sans doute, n'agissaient pas moins sur lui, et il en faisait la première application matérielle; il profilait, sans bien s'en rendre compte, de l'ébranlement qu elles avaient produit dans les intelligences, de la porte qu'elles avaient ouverle à l'esprit de nouveauté et de système, et, dans sa pensée même, elles prenaient la forme d'une théorie scientifique, applicable aux plus grands des intérêls matériels, la propriété et l'agriculture.

Il eut de nombreux adeptes, et l'on donna à l'espèce de parti intellectuel qui l'entoura le nom de secte des Économistes^ fait nouveau et digne de réflexion : le bonheur de l'humanité sur la terre allait-il donc devenir une croyance et un nouveau culte était-il près de se fonder, celui des intérêls matériels ! Comme si cette économie politique, dont alors on n'apercevait pas la source, qui semblait distincte de la philosophie du dix-huitième siècle, en était la conséquence inattendue, mais logique, el cherchait à compenser, à remplacer par un idéal terrestre, par le bonheur dans ce monde, ces espérances et cette félicité du ciel que la philosophie du dix^huitième siècle avait voulu effacer, comme si l'esprit de l'homme, qui est bientôt fatigué du doute, qui cherche les affirmations et qui en a besoin, surtout celle du bonheur, s'était naturellement efforcé de sortir du scepticisme, où on le jetait sur son avenir éternel, sur les règles morales et

religieuses du inonde, en s*emparant d'un domaine qui lui paraissait positif, mais en appliquant à la science économique, qu'il espérait créer, au développement des intérêts matériels, qu'il prétendait assurer d'une manière définitive, ces procédés absolus, cette souveraineté et celte iiifiiillibilité de la raison humaine qu'il avait appliqués à l'attaque de la religion et à la ruine du spiritualisme cliréticn. Ainsi, ce qui avait nié, devait affirmer, et ce qui avait détruit, allait édifier.

le chef de^ économistes, partant en effet du point de vue abstrait de sa raison individuelle, comme Luther et Voltaire, pensa et écrivit sous l'empire d'une théorie qui n'admettait aucun moyen terme. Faisant dépendre la prospérité d'un État du principe unique posé par lui, de l'agrirulture, il oubliait le commerce, et, sans se préoiHHipor du peuple, dont il voulait cependant le bonheur, il regardait la cherté du blé comme un grand avantage, parce qu elle était favorable aux propriétaires du sol et que le sol était pour lui Tunique richesse des nations.

Cependant Gournay, ancien contrôleur des finances, Vaulix^ diefde la nouvelle doctrine, montra pour le commeiYo le même enthousiasme exclusif que le docteur Quesnay pour l'agriculture, et il en fit la seule base du bion-ètre général,

Vne maxime d*ailleurs réunissait les deux systèmes rivaux imi les divisant : c'était une formule de liberté illimitée : « Liaisseï faire, laissez passer. Liberté illimitée de la propriété! )» disait Quesnay, et que le pain manque s'il le faut : le sol est la première des richesses. « Liberté absolue du commerce, » s'écriait Gournay, et que nos ftibriques périssent s'il le faut : le commerce est la base unique de la prospérité des nations! Droit absolu du libre

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