L'IDÉAL
Rousseau, que celles de Voltaire, et le langage même de Necker portait si bien l'empreinte de la philosophie du dix-huitième siècle, qu'il devait passionner les esprits. Ne disait-il pas « qu'il voulait faire de l'administration des finances, en même temps qu'une série d'opérations, une suite de pensées*? » L'idéal, même dans les chiffres, toute l'époque est là.
Ce que nous aurons à étudier, c'est comment cet idéal s'est mêlé aux faits, comment il s'en est emparé, et à quelles conséquences il est arrivé. A mesure que la Révolution sera plus proche, et dès qu'elle éclatera, on remar^ quera de plus en plus cette tendance, celle de la raison humaine se mettant à la place des faits, qui jusqu'alors avaient été la base même de l'existence des sociétés. Quoi qu'on en pense, il est impossible de ne pas le reconnaître.
« H. Louis Blanc, Histoire de la Révolution^ t. II, p. 57.
Situation intérieure et extérieure au moment de l'entrée de Necker aux affaires. — Un mot sur l'administration de Turgot. — Ce que fut Turgot, ce que fut Necker. — Paroles de ce dernier au sujet du Parlement et de son opposition. — Critique inquiète et confuse des actes du pouvoir. — Retour de Voltaire. — Son triomphe. — Voltaire reçu francmaçon. — Franklin. — La guerre d'Amérique. — Par qui elle fut résolue. — A quelle époque eut lieu le soulèvement des colonies anglaises.
— Le premier congrès américain. — Première dédaralion des droits.
— Comment la future république s'était dégagée de la Constilulion anglaise. — Le protestantisme et les libres penseurs aux États-Unis. — Influence des idées de Locke. — La révolution d'Amérique et le Système de la nature; coïncidence des dates. — Les systèmes philosophiques français à l'époque de l'insurrection des Étals-Unis. — Ce qui plaisait aux philosophes dans cette insurrection : encore le protestantisme et les libres penseurs en face de la philosophie du dix-huitième siècle. — Rousseau, les presbytériens et les sociniens. — En quoi les théories américaines difléraient de celles de Rousseau. — Rousseau, Voltaire et d'Alembert. — Tolérance pour les athées, scepticisme. — Les États- Unis ne voulaient pas un gouvernement sans Dieu et sans religion. — Principes communs aux théoriciens protestants et aux philosophes du dix-huitième siècle. — Force de ces derniers. — Accueil fait à Franklin. — Le marquis de la Fayette. — Croisade philosophique. — Lutte glor'euse poiu* la marine française. — Une monarchie contribue à la fondation d'une république.
Au moment où Necker sortira une première fois du pouvoir, nous aurons à apprécier son administration financière et les résiiltals de cette administration ; nous croyons devoir signaler d'abord la situation intérieure et extérieure qu'il trouva au moment de son entrée aux affaires.