CHÉNOPODÉES
du centre alors iioircissoiiL, se crispent, tombent et sont remplacées par d'autres plus petites. Bientôt les taches arrivent aux racines et y forment des espèces de meurtrissures sous l'orme de macules et de bandes noires, qui atteignent plus ou moins profondément les tissus, et suivent, en général, la direction des faisceaux vasculaires.
L'origine immédiate de cette maladie a donné lieu aux mêmes recherches que celle de la maladie des pommes de terre. En 1858, on a découvert sur les racines malades un parasite, souvent retrouvé depuis, et dont l'étude a été faite par M. Payen. Suivant M. Kùhn, de Hall, ce parasite ne serait autre que le Peronospora Beta; Sch. caractérisant la Frisole, ce qui établirait entre ces deux affections une liaison intime, déjà signalée par le docteur Schacht, qui a découvert ce parasite, et tout à fait analogue à celle qui existe entre la Frisole et la Pourriture de la pomme de terre.
Quoi qu'il en soit, cette maladie, attribuée dans son principe par M. Payen à la double influence des pluies abondantes et du défaut d'aération du sol, et par d'autres auteurs à l'effritement du sol, résultant de l'abus de cette culture par le retour trop répété des betteraves sur le même terrain, est des plus redoutables. Les racines malades sont difficiles à conserver, mauvaises à travailler, ne donnant, même en séparant les parties altérées, qu'un mauvais jus. Ou ignore encore le moyen d'en préserver les récoltes.
M. le docteur Kûhn a découvert, existant concurremment avec la Pourriture, et plus communément que celle-ci seule, une autre forme de la maladie se manifestant sans altération préalable des feuilles, et consistant d'abord en des taches noires ou violacées, qui, apparaissant sur une racine latérale, s'étendent, finissent par en recouvrir toute la partie inférieure, puis toute la racine jusqu'aux plus fines radicelles. Immédiatement eu dessous, la chair se colore en brun, et enfin se putréfie. Cette maladie parait due à un cryptogame de couleur purpurine ou violette, offrant tous les caractères du Rhizoctonia medicaginis DC, et que l'on a nommé Helmintosporium rhizocton Rab. Elle se confond souvent avec la maladie principale , les deux paraissant ensemble, soit sur le même pied, soit sur des pieds ; et l'on n'en connaît pas davantage l'origine exacte non plus que les moyens curatifs.
Emploi industriel de la Betterave.
Le sucre est le produit principal obtenu de la Betterave, celui dont la fabrication a plus spécialement contribué au grand développement qu'a pris la culture de cette plante. La quantité de sucre fournie par la Betterave, d'abord très faible, de 1 à 2 pour 100 au plus, s'est accrue à mesure que se sont améliorés les procédés d'extraction. Actuellement, cette racine fournit, après râpage et expression, de 60 à 80 pour 100 de jus, donnant de 8 à 10 pour 100 de sucre cristallisable, soit ,5 à 6 pour 100 du poids des racines, à
niIHNOPODKKS. B.").")
peu près la moitié do lu (jiiantiLé l.oLale renl'erriK'i; dans les racines lus plus sucrées. Le surplus du nuUièro sucrôo Ibrmo la mélassi', ou sucre incrislajlisable, que l'on utilise à la labricatiou de l'alcool, à la préparation dr l;i potasse, et à l'alimeutalion des animaux.
Quant au parenchyme de la racine qui reste apiès l'e.xtraction du jus par compression, il constitue la pulpe, produit important, de consistance solide, dont la quantité variable, selon les procédés d'extraction, s'élève, eu moyenne, à 20 ou 30 kilog. pour 100 kilog. de racines r'ipées, traitées par ex[)ression. Cette matière ott're la même composition que la racine elle-même, moins la plus grande partie de l'eau et du sucre constituant le jus enlevé. Ou en lut d'abord embarrassé ; mais on ne larda pas à reconnaître sa valeur comme substance alimentaire pour le bétail, auquel elle est, aujourd'hui, réservée en totalité; elle offre seulement l'inconvénient de se trouver ordinairement produite en trop grande quantité à la fois; et comme avec cela elle est difficile à conserver, il n'est possible toujours, quand on n'a pas une quantité suffisante de bétail à nourrir, de l'utiliser en totalité avec avantage.
Outre le sucre , l'industrie retire encore de la Betterave de l'alcool. Plusieurs procédés ont été mis en usage pour obtenir ce produit. Le plus répandu d'abord consistait à extraire le jus, comme on le fait dans les sucreries, par ràpage et expression des racines, puis à soumettre ce jus à la fermentation et à la distillation. Mais ne pouvant opérer, de la sorte, que sur des racines fraîches, c'est-à-dire peu après la récolte, on se trouvait avoir de très grandes masses à traiter à la fois, ce qui exigeait de vastes appareils, lesquels chômaient le reste de l'année. Pour éviter cet inconvénient, on songea à diviser les betteraves en cossottes, pouvant être desséchées et conservées, et que l'on soumettait ensuite, quand le moment de la fabrication était venu, à des lavages successifs, à froid ou à chaud, pour en extraire la matière sucrée ; les eaux de lavage étaient à leur tour soumises à la fermentation, puis à la distillation, et le résidu solide restant formait une matière offrant à peu près les caractères et la valeur nutritive de la pulpe ordinaire obtenue par expression de la racine fraîche.
Ce mode d'extraction de sucre par lavage des cossettes desséchées était une amélioration sur le procédé ancien ; mais, de même que celui-ci, il offrait un grave inconvénient, celui d'entraîner la perte des résidus liquides ou vinasses qui restaient après la distillation, et que, ne sachant comment les employer, on jetait dans les fossés et mares environnants où ces matières se puti'éflaient, compromettaient la santé publique, tout en constituant une perte de produits qui rendait le procédé onéreux et menaçait même l'avenir des distilleries. Ce fut alors qu'un industriel, M. H. Champonnois, ingénieur civil et ancien fabricant de sucre, imagina un procédé qui, en faisant disparaître les inconvénients de la méthode en usage, transforma l'industrie des distilleries et en rendit, en même temps, l'introduction possible dans les exploitations rurales.
654 CHÉNOPODÉES.
Déjà, quelques années auparavant, Math, de Dombasle avait proposé, pour la fabrication du sucre, de traiter les betteraves, non par expression, mais par macération : pi'océdé qui simplifie beaucoup la manipulation, dispense de nombreux appareils, et apporte ainsi une grande économie dans les frais de fabrication ; aussi ne tarda-t-il pas à être adopté dans un grand nombre d'établissements. Quand les distilleries se montèi-ent, on eut recours, avec avantage, à ce même procédé pour épuiser les cosseltes. Mais il présente l'inconvéuient d'enlever à la Betterave, fraîche ou en cossettes, tous ses principes nutritifs : albumine, sels, etc., que l'eau entraîne pendant la macération, et de ne laisser que des pulpes presque sans valeur, comme matière alimentaire et même comme engrais, et qui, fort difficiles à conserver , devaient être rejetées au dehors, où elles ne pouvaient qu'infecter l'atmosphère ; et cela, sans compter la perte de la vinasse restant après la distillation.
Pour remédier à cette double perte, M. Champonnois eut l'idée, aussi simple qu'ingénieuse, de substituer à l'eau, pour la macération, la vinasse provenant d'une distillation précédente. Cette vinasse, en réalité, n'est que le jus même de la betterave, moins le sucre, transformé en alcool et enlevé par la distillation. Jetée bouillante, au sortir de l'alambic, sur les betteraves coupées en lanières minces par un coupe-racines spécial, la vinasse chasse le liquide que les racines renferment, se met à sa place, de sorte qu'après la macération, la Betterave contient tous ses principes primitifs, à l'exception seulement du sucre. Le liquide, concentré par son passage successif dans trois cuves contenant la Betterave divisée, est séparé par soutirage, puis soumis à la distillation, où il donne 4 litres d'alcool par 100 kilog. de racines. Il reste, après le soutirage, une pulpe différant à peine de celle obtenue après expression de la Betterave fraîche, contenant en matières solides un tiers environ de moins que la masse de racines employée, mais ayant gardé tous les principes azotés et minéraux qui font la richesse de celle-ci. Ajoutons qu'elle se conserve facilement dans des silos, et qu'elle constitue, par ellemême, une substance alimentaire très appréciée pour l'entretien de la plupart des bestiaux.
Ce procédé, pour la mise en pratique duquel suffisent quelques cuves de bois et un alambic, a permis, par cette grande simplification des appareils, d'établir ces distilleries dans un grand nombre d'exploitations rurales. L'alcool obtenu paie les dépenses premières, peut même, quand les prix s'élèvent, donner un certain bénéfice, tout en laissant au cultivateur des résidus abondants et précieux pour la nourriture du bétail. Enfin, n'ayant pas à retirer des betteraves du sucre cristallisable, on n'est pas obligé de hâter les opérations, et de là moins de frais, outre que la pulpe, produite successivement et non en masse comme celle des sucreries, peut être utilisée à mesure, ce qui permet une nouvelle économie sur les frais de conservation. Ces avantages divers expliquent l'extRnsion prise, en France, en Belgique, depuis quelques
ciiiiNOPODiiEs. 055
iiiiiK^^es, par riiiduslj'ie (lo la flislillaLion do la ))(!l,l,ei'av(!, dev(îiiiuj, ainsi, riiiic des bi'unclios accessoii'os les plus iiii|iiii'laiil,i;s du uoLro a;,'rii;idLiii'c.
Valeur a/jricolc et êconomujiic du la Betlcrave.
Une dos piaules les plus précieuses iililisécs par récouOHii(; ruiali;, la Betterave est avantageuse sous plusi(!urs rapports. D'aluird, par olle-nirnie, en raison de la quantité considéraLlo de matière aliniei:tair(! iprellft Couriiit au bétail, ('e (pii permet d'élever jilns d"aniuiau.\, d'auguieutia' la masse du l'umier, de donner plus ilc déveloiipemeul à toutes les cultures. Pouvant prospiu'er quand les autres cultures fourragères manquent, résistant même plus qu'on ne l'a cru longtemps à la sécheresse, n'étant pas, ainsi, exposée aux chances défavorables qui compromettent souvent les prairies artificielles, elle écarte l'éventualité des manques de fourrage pour la mauvaise comme pour la bonne saison, tout en offrant le moyen d'avoir, tout l'hiver, pour les bestiaux, de la nourriture fraîche.
Au point de vue de la culture, elle n'est pas moins profitable, non seulement par les forts rendements qu'on en obtient, mais parce qu'elle n'occupe la terre que peu de temps, tout en laissant la terre parfaitement nettoyée et ameublie pour les récoltes suivantes. La grande masse de récolte qu'elle fournit, la rend sans doute épuisante; mais le fumier produit par le bétail qui la consomme dépasse beaucoup celui qu'elle absorbe, et, dans tous les cas, il est facile de rendre au sol, par des engrais divers d'un prix moindre q\ie celui des produits obtenus, l'équivalent de ce que la Betterave a pu employer. Aussi, dans le Nord, regarde-t-on communément cette culture, malgré les importants produits qu'on en obtient, comme préparatoire et améliorante.
La Betterave peut succéder à toute espèce de récolte; elle peut même être cultivée dans la même terre, sans que ses produits diminuent, plusieurs années de suite. Mais il est préférable de la faire entrer dans un assolement régulier. Sa place alors, dans la rotation, varie ; en général, elle alterne convenablement avec les céréales, pouvant être semée au début de l'assolement, sur jachère d'hiver, avec une fumure complète, ou bien après une récolte d'hiver, avec une demi-fumure. Il n'y a pas de préférence à indiquer entre l'une et l'autre méthode. C'est une question de climat, de localité. Dans le Midi, on fait suivre la Betterave d'un blé d'automne, tandis que dans le Nord on trouve préférable de la faire précéder d'une céréale de printemps. Eile peut être semée non-moins utilement après une récolte de fourrage artificiel. Sur les bords du Rhin, en Lorraine, on la plante dans les mêmes champs que les choux, se servant, pour butter ceux-ci, de la terre retirée du collet des betteraves.
Ajoutons que l'on à essayé d'utiliser, avec un grand succès, à l'irrigation des terres, les vinasses de distilleries. M. Heddebault, président du
6F)6 CHÉNOPODÉES.
comice agricole de Lille, a fait, à cet égard, quelques expériences concluantes. Ayant un grand excédant devinasses, par suite de son mode d'application du système Cliamponnois, au moyen de l'injection de la vapeur dans les appareils, excédant dont l'abondance infectait toute son exploitation, il répandit ces vinasses sur ses. terres en manière de fumier ; et le résultat de cette fumure, sur une culture à plat, avec ensemencement en ligne, fut un rendement de 75,000 kilog. par hectare, ce qui démontre tout le parti qu'on peut encore tirer de ces matières, alors même que leur abondance dépasse les besoins de la fabrication.
Mais l'importance de la Betterave est plus grande encore par l'élément qu'elle fournit à l'industrie, et dont on retire le sucre et l'alcool, plus la pulpe, devenue, dans les contrées où l'on cultive cette racine, une des principales ressources pour la nourriture du bétail. Lorsque l'extraction est faite par le cultivateur lui-même, le sucre ou l'alcool ne sont que l'accessoire. Pourvu que ces deux produits payent tous les frais de culture et de fabrication, le cultivateur est satisfait, s'il a pour bénéflce ce résidu, avec lequel il engraisse du bétail qui lui rembourse largement ses avances. Puis, il lui reste un engrais très riche, au moyen duquel il obtient de 30 à 35 hectolitres de blé à l'hectare. De plus, cette culture modifie heureusement la distribution des ti-avaux d'exploitation, diminue le temps du chômage, surtout quand les industries dont cette racine est le pivot, étant annexées aux exploitations rurales, permettent d'utiliser tous les bras en hiver.
Déjà, au commencement du siècle, la seule fabrication du sucre, développée surtout par le blocus continental, avait donné une grande extension à la culture de la Betterave. Les résidus de cette fabrication, repris par les cultivateurs, permirent de nourrir plus d'animaux, d'où augmentation générale de la masse de lait, de viande, etc., et aussi de fumier; ce qui accrut la production du blé, sans compter l'amélioration générale des cultures, qui fut la conséquence des façons plus multipliées que reçut la terre.
Toutefois, il faut considérer que les sucreries sont des établissements importants, entraînant de grandes dépenses, et ne pouvant être créés partout. Cela, joint à la difficulté des transports pour une substance incombante comme la Betterave, restreignit d'abord cà un petit rayon, autour des usines, cette culture avec toutes les améliorations qu'elle entraîne. Mais la création des distilleries et surtout des distilleries Champonnois , en rendant cette culture possible partout, en a généralisé les eifets. Actuellement ils se font sentir sur tout notre territoire, mais principalement dans le Nord, à partir de la rive droite de la Loire, où l'introduction de la Betterave a partout élevé le rendement du blé.
On a cherché à apprécier l'étendue occupée par la culture de la Betterave. En la calculant d'api'ès le chiffre approximatif des produits en sucre et en alcool obtenus, on a reconnu que cette étendue, depuis le commencement de la fabrication du sucre, a doublé tous les dix ans, et qu'elle a dû ainsi, ces
criiiNOPODÉiis. 057
(lei'uiérus aiiiiôes, atUiiiKJre, sinon dépasser lo chinn; île 100,000 ItccUava , produisauL de 150 à 200 millions do kiloy. de sucre et environ 500,000 hectolitres d'alcool, extraits d'une masse de betteraves qu'on estime à plus de 4 milliards de kilogrammes.
Cette énorme extension prise par la production de la Betterave a l'ait craindre à (juclques agronomes qu'on ne soit, sous ce rai)port, allé jusqu'à l'alius. On a reproché ainsi à la Bettei'ave d'avoir pi'odnil, dans les localités où sa culture s'est maintenue, soit eu alimentant les sucreries, soit eu favorisant l'exportation d'un nombreux bétail, l'épuisement des terres; d'avoir ainsi fait diminuer le rendement du blé et celui des betteraves elles-mômes. On a dit encore que cette culture ne nettoie pas toujours parfaitement le sol , et laisse, peu de temps après elle, les mauvaises herbes l'envahir de nouveau ; qu'elle peut être compromise par le froid, les ijluies excessives, par des maladies souvent difficiles à combattre ; que la Betterave elle-même peut nuire aux animaux, etc.
Mais ces inconvénients, qui ne peuvent être que le fait d'une culture abusive et mal conduite, ne sont pas particuliers à la Betterave. Toutes les cultures sont épuisantes quand la terre ne reçoit pas, sous forme d'engrais, l'équivalent des matières récoltées et exportées, comme toutes sont exposées aux mêmes causes d'insuccès, quand on néglige, à leur égard, les précautions spéciales qu'elles réclament. Et la Betterave maintenue dans des limites rationnelles, n'en reste pas moins, quelques i-eproches qu'on lui adresse, la meilleure de nos racines fourragères, qu'aucune autre actuellement ne saurait remplacer, soit comme abondance de pi'oduits, soit comme qualité pour l'usage alimentaire.
Ce qu'on peut le plus justement lui objecter, c'est qu'elle exige un terrain très riche et bien fumé, un nombreux bétail consommateur, des soins de culture multipliés, non toujours possibles avec des instruments attelés et devant être souvent exécutés à la main, ce qui accroît d'autant la dépense ; d'où la nécessité d'une avance considérable de capitaux imposant à cette culture des limites forcées. Mais ces exigences sont largement compensées parles revenus considérables qu'on obtient d'un autre côté, et qui font de la production de la Betterave la plus fructueuse des industries agricoles, le type, le modèle, en quelque sorte, de la culture intensive et industrielle. Tel est, en effet, le véritable caractère de la culture de la Betterave, le point de vue principal sous lequel il convient de l'envisager, pour apprécier à sa réelle valeur cette précieuse conquête de notre agriculture.
Emploi alimentaire de la Betterave.
La Betterave, qui renferme dans sa composition de l'eau, du sucre, des matières albumineuses ou azotées, du ligneux et des sels minéraux, c"est-à-
658 , CHÉNOPODÉES.
dire la plupart des principes alibiles essentiels à la nutrition des animaux, constitue uue très bonne substance alimentaire, dont on estime la valeur imtritive en fixant de 2 à 2 kilog. 1/2, la quantité de cette racine nécessaire pour faire l'équivalent de 1 Idlog. de bon foin : les meilleures variétés, c'est-à-dire les plus nutritives, étant toujours celles à chair jaune et qui out végété en temps de sécheresse.
La .Betterave convient à tous les animaux, pour lesquels elle est à la fois saine, nourrissante, rafraîchissante, excellente pour corriger les effets de la nourriture sèche, pailles, grains, etc. Elle sera toujours, notamment, employée avec avantage pour l'élève, l'entretien et l'engrais des divers ruminants. Elle est également favorable aux vaches laitières, auxquelles elle donne un lait d'un goût agréable ; aux moutons, qu'elle préserve, dit-on, du sang-de-rate ; aux porcs, pour lesquels elle ne vient, cependant, qu'après la Pomme de terre, mais dont elle forme, l'été surtout, un des meilleurs aliments. On l'a donnée aussi aux animaux de travail, aux chevaux ; mais elle est trop aqueuse pour réussir parfaitement dans ce cas ; et pour la nourriture des chevaux, en particulier, elle est inférieure à la Carotte.
Dans les pays où cette racine est cultivée, on en fait manger, l'hiver surtout, de grandes quantités, principalement aux vaches laitières et aux animaux de boucherie. Mais il importe, au début particulièrement, d'en modérer l'emploi, car donnée en excès et sans précautions, la Betterave dégoûte les animaux, et provoque des relâchements, des tympanites. On lui reproche même, alors, de diminuer la qualité du lait, qui ne donne plus qu'une crème peu abondante, difScile à conserver, et produisant un beurre léger, sujet à s'altérer. Lorsque règne surtout la péripneumonie, il convient de surveiller l'emploi de cette racine.
En général, on fait manger les betteraves crues, après les avoir nettoyées et coupées en tranches ou lanières minces, avec le coupe-racine, en ayant soin seulement de ne pas les couper à l'avance, car alors elles noircissent et plaisent moins aux animaux. On pourrait les faire cuire, mais la dépense ne serait pas compensée par les avantages à retirer de cette cuisson.
Une autre précaution importante est de ne pas donner à manger cette racine seule ; il faut l'allier à d'autres substances : le foin, le son, la paille et autres aliments secs conviennent parfaitement en ce cas. On s'est bien trouvé, en maintes circonstances, de la distribuer après l'avoir fait fermenter avec de la paille hachée.
Outre la racine en nature, on fait consommer avec avantage les résidus divers des sucreries et des distilleries. La. pulpe des sucreries, obtenue après extraction du jus par expression, est nutritive et recherchée des animaux. On la conserve facilement, pressée et recouverte de terre, pendant plusieurs mois. On l'emploie, comme la racine elle-même, seule ou mêlée à d'autres fourrages; si elle relâche les animaux, on y mélange quelques substances plus substantielles. Le Comice agricole de Lunéville, ayant cherché à appré-
ciiiiNoi'ODÉiîs. 05!)
cier oxpérimenlalcmciit la valour nutritive de oes pulpes mm[i'àr{ie k cclli! fi(! la Betterave eu uatuco, a coustaté que celles-ci sont pr(;lei-aljles i)Our la [U'O- (luction du lait, et que les pulpes valent mieux poiu' l'engi-aissemout.
On utilise aussi, dans le Nord surtout, di^pnis iilnsieiu's auu6cs, les résidus clc distilleries é[a.h\iei> d'a[)rès le systrme Cliauipoimois. Les cossetles trait(''es par la vinasse, après le soutirage du liquide sucré, sont, le plus souvent, immédiatement mélangées à dos fourrages secs divers; puis le tout est accumulé dans une fosse ou ime grande cuve, où la fermentation s'établit et donne au mélange des qualités qui le fout rechercher de tous les bestiaux. Ces pulpes, données à la dose de 25 h 30 kilog. par jour pour chaque tête de gros bétail, plus les pailles et foins hachés, les menues pailles, etc., augmentent le lait des vaches, mais paraissent en môme temps les faire maigi'ir. Mêlées à des siliques de colza, à des balles de blé, elles entretiennent très bien les moutons. Dans tous les cas, avec d'autres aliments plus riches, les pulpes forment im excellent complément de nourriture.
On utilise aussi, dans l'alimentation du bétail, les feuilles, détacliées avant ou après la récolte ; on les donne surtout aux vaches laitières qui en sont avides, ainsi qu'aux agneaux et aux porcs. Mais elles ne constituent qu'un fourrage médiocre, trop aqueux surtout pour convenir aux bœufs de travail et aux bêtes à laine, et qui souvent exerce un effet purgatif. Elles rendent cependant des services à cause de la saison où on peut les faire conserver; mais on en obtient toujours un meilleur effet alimentaire quand on les soumet, an préalable, à une fermentation légère, qui les rend à la fois plus rapides et plus saines.
Genre ANSERINE. — CHENOPODIUM L.
Fleurs eu gloraérules réunis en grappes axillaires ou terminales, formant de grandes panieules ; — périgone à 3.5 divisions, souvent carénées ; — étamincs 5, quelquefois réduites à 1.2.3, insérées au fond du calice ; — styles 2.3, libres ou soudés à la base ; — fruit déprimé, non adhérent, à péricarpe très mince; — graines ordinairement lenticulaires, ;\ test crustacé, rarement adhérent au péricarpe. — Feuilles pétiolées ; — tige sillonnée-anguleuse, rameuse, marquée souvent de bandes blanches. — Plantes ordinairement couvertes d'une poussière farineuse; presque tontes annuelles.
Espèces assez nombreuses, la plupart fort répandues, se montrant partout, principalement dans les lieux stériles ou incultes, autour des habitations, où elles poussent simultanément. Les ruminants les mangent, mais les autres animaux les repoussent. Les feuilles de plusieurs d'entre elles sont mangées comme les épinards, et leurs graines féculentes peuvent, en cas de disette, être mêlées aux céréales. — Ci-après le tableau des espèces indigènes, toutes à peu près également abondantes et offrant les mêmes propriétés et les mêmes ressources :
0(30 - CHÉNOPQDÉES.
, 1 AMBHOSIOIOES
/Embryon incompU't.minull. — Pl.pubescent.ftIanJiil. — Odeur aroinîit.J
1^, ■ 1- ( Aldum
I r' ',.;„„„» / Feiiillps lOraines isscs.)
si GramesV coiniaiu i i ( Muralc
"^ ' , . j \comi)lotem.\ Odeur nulle (Graines ternes.! ^. .. ,.
llionzont. '■,/•■/ ( Pictfotiiun
Embryon l Fleurs < 'e fruit (p-e„|i]es entières — Odeur fétide. Vdi-vab.a oomplutem. » toutes à Ip^i-jg. étalé — Feuill. entières — Odeur nulle. pOLYSPEnMLM
annullaire.
/jetamin. i u h d
Plantes non \ Ipéris;. couvr. incompl. le fruit— Feuill. divis. ,,", " ""'
pubescentes j ' Vrbimm
ni glandul. /Graines horizontal, et verticales — Fleurs i\ 5 étamines. nLArcoji
\Gr. verticales — FI. infér. des glomér. à 1.3 étamines
Uiihrnm tOÎSDS-HENRICUS
Sdir.
Srnilh.