‹ Nouvelle iconographie fourragèreChapitre 27 sur 138 · V. SATIVA L · texte numérisé non relu

V. SATIVA L

Noms vulgaires. — Ycsce de pigeon, Pesetle, Poisette^ Barbotte, BisaiUe, Billon, grand Jeneau.

Fleurs bleues ou violacées, grandes, brièvement pédieellées- — Calice à dents égales, linéaires, ciliées, de même longueur que le tube. — Gousse sessile, jaunâtre k la maturité, oblongue, comprimée, bosselée sur les faces , fortement réticulée, pubescente. — Graines irrégulièrement globuleuses, comprimées, lisses, séparées par du tissu cellulaire lâche. — Feuilles à 5.7 paires de folioles obovées ou ohlongues , tronquées ou émarginées au sommet , mucronées , les supérieures plus étroites. — Tige rameuse inférieurement , flexueuse , plus ou moins pubescente. — Taille de 3 à 8 décimètres. — Annuelle ou bisannuelle.

Commune dans les champs, les moissons , les buissons , les haies , etc. , et venant dans toute l'Europe, cette espèce est depuis longtemps cultivée en grand comme plante fourragère. Elle a subi par la culture, dans la longueur de la tige, la largeur des folioles, la grandeur de ses fleurs, beaucoup de modifications qui, en se perpétuant , ont fini par constituer plusieurs variétés, ayant chacune, dans la pratique agricole, leur utilité propre. Les principales de ces variétés sont : la Vesce d'hiver, la Vesce de printemps et la Vesce blanche.

La Vesce d'hiver ou d'automne (Hivernage, Hivernache, Gesse) se sème en automne. Son grain est plus gris , plus gros , plus pesant que celui de la Vesce de printemps. Elle se ramifie et s'étend davantage, fleurit plus tôt, produit plus en fourrage et en grains, donne une récolte de graines plus facile à récolter, par suite de la plus grande facilité avec laquelle ces

graines se dôlachcnl, delà gousse. Résistant Lien au froid, cette vari(5t6, cultivée dans toute la France, convitmt surtout au Nord, h la Flandre, où elle est très répandue.

La Vhsce de printemps ou d"été, ({uo l'on srme à l'entrée de la belle saison, ofï're un grain plus brun, plus petit, plus arrondi que la précédente; elle s'élève et produit moins, redoute beaucoup la sécheresse et les chaleurs prolongées. On la cultive dans notre pays au Midi et au Nord.

La Vesce blanche ou Vesce du Canad.\, V. leucosperma Mœnch., se distingue à ses fleurs blanches, à ses grains, de couleur blanche et plus gros que ceux des variétés principales. Moins répandue que celles-ci, plus délicate, plus précoce, moins rustique que la Vesce du printemps, mais donnant un produit plus recherché des bestiaux, elle est cultivée avec succès dans quelques départements de l'Est, en Suisse et en Italie.

A côté de ces variétés principales, il en est quelques autres moins répandues; on en connaît une, ainsi, cultivée dans la Somme, qui supporte mieux le froid que les autres semailles tardives. De son côté, M. Durieu de Maisonneuve {Don Jardinier, 1861), en a signalé une autre, remarquable par le volume de ses gousses, et qui croît spontanément en Algérie, oi!i elle est très recherchée par les Arabes ; on pourrait, sans nul doute, la cultiver avec avantage comme fourrage vert.

Culture de la Vesce.

Choix et préparation du terrain. — Bien que s'accommodant d'un terrain de fertilité moyenne, la Vesce produit davantage en une bonne terre, qu'on devra choisir : plutôt forte que légère pour la Vesce de printemps, et moins consistante, sablonneuse même, pour la Vesce d'iiiver. Celle-ci redoute surtout l'excès d'humidité, qui la fait pourrir et l'expose aux ravages de la gelée. Elle craint également l'excès de sécheresse qui arrête sa végétation ; aussi les sols frais sans être humides, et ceux modérément tenaces, sont-ils les meilleurs pour cette plante.

Il faut , avant de semer la Vesce, ameublir le sol par des labours profonds, à cause de la racine grêle et pivotante de la plante. Un seul labour, toutefois , s'il est bien fait et donné au moment opportun, peut suffire pour assurer le succès de la prairie. Il faut aussi niveler le terrain autant que possible , les sols pierreux et inégaux rendant le fauchage plus difficile et moins complet.

Le sol doit en outre être additionné d'engrais fi'ais, pailleux , peu consommés, qui sont surtout nécessaires quand on cultive la plante pour la graine, ou quand on veut faire succéder à la Vesce une récolte de céréale.

Ensemencements. — L'époque à laquelle il convient de semer la Vesce n'a rien de fixe. Avec les variétés que l'on possède , l'on peut , pour ainsi dire, semer en toute saison. On se guidera, pour se déterminer à cet égard, sur le

!()() LliGUMhNEUSES.

climat, la nature et les besoins actuels du sol , la marche do rassoloinenl, en se rappelant qu'en principe, toutes conditions ('-gales d'ailleurs, les s(!mailles les plus avancées sont toujours celles qui donnent les meilleurs produits.

« Les premières semailles se font en mars, (iU(.'li|ucfois en Tévrier. La graine se conserve .longtemps en tcri'c ; aussi arrivo-t-il quelquefois aux Vesces d'hiver de ne pousser qu'au printemps, au moins en partie. Elle cousdl've six ans sa faculté germinative (H. Lecoq). »

On sème à la volée et quelquefois en lignes. La quantité de semence, qui n'est, d'ailleurs, point facile à déterminer exactement , et qui varie en quelque sorte dans chaque localité, dépend du procédé d'ensemencement que l'on suit. Il en faut, en moyenne, 25 décalitres par hectare, quand on sème à la volée, et 20 seulement quand on sème en lignes. Ajoutons que la variété de printemps doit être semée plus clair que celle d'hiver, exposée à plus de chances défavorables ; on sèmera plus clair aussi la Vesce qui doit achever de mûrir que celle qui doit être coupée pour fourrage ou enterrée en vert. En général, il vaut mieux semer trop dru que trop clair, la terre s'améliorant davantage par les débris plus abondants de la plante, et étant, en outre, moins exposée à être envahie par les végétaux parasites.

Soins de culture. — La semence répandue dans les sillons du labour, il faut aussitôt herser le champ en tout sens, afin que la graine, qui ne doit pas être trop profonde, ce qui l'exposerait à pourrir, se place d'une manière uniforme à la surface du champ ; cette précaution est nécessaire encore pour la préserver des atteintes des pigeons qui en sont fort avides. On devra ensuite passer le rouleau afin de niveler la surface du sol et faciliter ainsi l'opération du fauchage. Cela fait, si on a semé h la volée, il n'y a plus à s'occuper de la plante qui, en se développant, étoufi'era toutes les mauvaises herbes, même les chardons, qui tendent souvent à s'y mêler. Si l'on a semé en lignes, il convient, à la fin de l'automne, de butter les lignes, de donner une façon entre celles-ci et de butter encore au mois de mars suivant.

La Vesce est exposée, non-seulement aux attaques des pigeons , mais encore aux ravages de plusieurs insectes, notamment des chenilles, des altises. Le meilleur moyen de combattre ces parasites est de répandre le matin, à la rosée, par un temps calme, ou bien avant ou aussitôt après la pluie, de la cendre de tourbe et du plâtre calciné et pulvérisé. On fait ainsi périr les insectes, tout en favorisant la végétation.

La plante est sujette encore à être attaquée par une variété très vigoureuse de cuscute. Dès qu'on s'en aperçoit, on doit faucher la Vesce, de manière à ne pas laisser à l'espèce parasite le temps de mûrir ses graines, et à soustraire de la sorte, à leur influence, les cultures suivantes, qui pourraient plus ou moins en soufi'rir.

Récolte et Fanage. Produits. — La récolte de la Vesce se fait , suivant l'objet qu'on se propose, à des époques différentes. Ainsi , quand on veut récolter du fourrage, on fauche à la floraison, plus tôt lorsque la plante doit

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ôlro coiisomiuûc cii vort que quand ello doit ôLrc l'aiiôu cL transfornnio en foin. Si , poin' ce dernier objet, on.la coupe en fleur, elle donne un foin plus délicat, mais moins substantiel; il est rare toutefois qu'on la coupe à cette .époque; ou attend ordinairement que les fleurs soient passées eu grande partie et (|ue les premières gousses soient près de mûrir. Si le foin est destiné à, dos solipèdos, on fera môme hum d'atteiidi'o que les gousses soient presque toutes formées; le fanage sera plus facile et le fourrage meilleur. Le fauchage après la iloraison est également la meilleure méthode pour avoir un fourrage vert très nourrissant, et pour proliter à la fois des tiges et des graines vertes qui restent enfermées dans les gousses.

Quand on veut récolter la graine pour semence ou pour la consommation, il faut attendre qu'elle soit mûre. On perd alors sur la fane, qui est plus dure, et qui ne peut plus servir que comme fourrage inférieur. Les graines ne mûrissant pas en môme temps, on doit , jiour les récolter, ne point les laisser arriver toutes à maturité complète, car, en voulant proliter des dernières, on perdrait les premières mûres qui ont toujours plus de valeur. Il convient , en conséquence, de faucher dès que la plus grande partie des gousses commence à se dessécher, à se décolorer, à prendre une teinte brunâtre, et en avançant plutôt qu'en retardant cette époque.

Le fanage de la Vesce se fait bien en général ; mais il exige un temps assez long , surtout si on coupe la plante avec les gousses vertes, qui retiennent davantage l'eau de végétation. On ne la mettra en bottes ou en meules qu'après un parfait séchage, et on la conservera dans un endroit très sec, car étant fort spongieuse, elle attire facilement l'humidité, s'altère alors, devient poudreuse et perd toutes ses qualités.

Les Vesces de printemps que, dans le Nord, on sème en mars, et qui mûrissent tard, sont, à cause de l'humidité des automnes, toujours difEciles à préparer. Quelquefois même on ne peut les moissonner, et l'on est réduit à les laisser se perdre sur le sol. On n'évite cet inconvénient qu'en les coupant plus tôt et en choisissant un temps favorable à la préparation du foin.

La Vesce, suivant les circonstances, peut donner une ou plusieurs coupes. Si l'année est chaude et humide, et qu'on fauche de bonne heure, on peut ainsi en obtenir deux et môme trois coupes. Dans des conditions opposées, une coupe seule est le produit ordinaire. La plante fournit par hectare une moyenne de 3,000 kilog. de fourrage sec. Sur un sol non fiuné, ce chifEi'e ne dépasse guère 2,500 kilog.; mais sur une terre engraissée, il peut s'élever jusqu'à 4,000 kilog. Dans un sol humide , frais , ombragé , où les fanes s'allongent , on a plus de foin , dont la quantité alors augmente aux dépens de la graine, que dans les terres sèches, exposées au soleil et bien aérées, où la graine, au contraire, se produit en plus grande abondance.

Valeur économique et agricole de la Vesce. La Vesce est une excellente plante fourragère, connue et appréciée de

tous les bons cultivateurs, avantagousc surtout dans la pratique des assolements et comme moyen de préparer la terre à d'autres cultures. Pouvant être semée presque toute l'année et sur toute espèce do terrains, elle permet d'abord d'employer les fumiers à mesure qu'ils se forment, au lien de les laisser exposés à l'air, à la pluie, au vent, qui les altèrent et en diminuent la valeur.

D'un autre côté, empruntant beaucoup à l'atmosphère, en même temps que par l'épaisseur de son feuillage elle s'oppose aux déperditions du sol , la Vesce ne consomme pas le fumier qu'elle reçoit ; elle l'utilise seulement pour acquérir une plus grande activité végétative, grâce à laquelle elle peut donner plus de fourrage, laissant, d'ailleurs, presqu'intégralement cet engrais dans le sol pour les récoltes qui suivent ; outre que cette fumure aide à la pousse des mauvaises plantes, que la Vesce étouifc, ou que l'on peut couper avec celle-ci avant qu'elles aient répandu leurs semences. La Vesce constitue de la sorte lui des meilleurs moyens que l'on ait de détruire les chardons, soit en les privant d'air, soit en permettant de les couper dès qu'ils naissent. Laissant après elle le terrain net, émietté, très propre aux cultures sarclées, elle a l'avantage, de plus, d'économiser des sarclages pour la récolte suivante.

Les deux variétés communes de l'espèce offrent, d'ailleurs, chacune leurs avantages propres. La Vesce de printemps, que l'on peut cultiver dans toutes les terres, donne, dans les terrains maigres et dans les années de sécheresse, un produit sinon très abondant , mais plus considérable que celui que l'on obtiendrait d'autres plantes fourragères. On la sème quand on a achevé les récoltes d'hiver, après les céréales précoces, la navette, le colza, etc. Elle occupe la terre qu'elle n'épuise pas, en attendant les semailles d'automne. Elle est fort utile pour remplacer un trèfle manqué, et, en général, les fourrages que la sécheresse des mois de mars et d'avril ont détruits.

La Vesce d'automne craint les terrains trop humides, mais elle résiste assez bien à nos hivers quand ils ne sont pas rendus excessifs par de trop grands écarts de température. D'ailleurs, lorsqu'une partie de la prairie est détruite par une forte intempérie, les pieds qui résistent s'étendent et se ramifient assez pour réparer presque complètement le dommage, et au printemps on n'en a pas moins, de très bonne heure, un excellent et abondant fourrage vert. C'est même là, dans le Nord, une façon de semer cette plante que mettent parfois à profit les cultivateurs.

Par sa précocité, la Vesce d'automne arrive à propos au moment où sont finies les provisions d'hiver et avant que l'on puisse faucher le Trèfle et la Luzerne, et elle laisse encore assez tôt le sol libre pour recevoir d'autres cultures. Dans tous les cas, elle constitue une précieuse ressource quand il y a disette de fourrages ordinaires ; elle vient au secours du cultivateur dont la récolte de foin s'annonce mauvaise, et qui peut , du milieu de mai jusqu'à la fin de juin, juger de l'état de ses prés et suppléer au déficit par un semis

proportionnel de Vescos. 11 lui est, do mémo, possible do snp[i](';(!J' à lui in.-inque de regain par de la Vesoo d'Hiver, qui a]iporle, en avril et oji mai, uu moyen assuré d'entretenir le bétail, chose toujours dilficile alors, quand les foins ont été rares l'année précédente.

La Vesce d'hiver surtout est avantageuse comme moyen général d'avoir du vert tout l'été, et d'autant plus que l'on commencera à la faucher de bonne heure, et que l'on aura soin de répandre sur la prairie du plâtre et autres engrais pulvérulents. Si on sème la Vesce à diU'ércnts intervalles, par exemple de quinze en quinze jours, pendant les quatre derniers mois de l'année, puis en février et en mars, on aura, depuis le mois de mai jusqu'à la récolte du maïs-fourrage, chaque jour sa provision d'un très bon fourrage vert.

Cette plante, dans quelques contrées de l'Angleterre, a remplace la jachère. A cet effet, on sème de bonne heure des Vesces d'hiver qu'on fauche-tardivement au printemps, et qu'on donne alors aux brebis et aux agneaux. Après cette coupe, on sème un mélange de graines de vesces et de raves, et le fourrage qui en provient est donné aux agneaux à l'époque où il faut labourer pour semer le blé. Ce second fourrage, semé quelquefois à la fin de juin, est consommé en vert, sur pied. On nourrit de la sorte beaucoup de bétail, on a des engrais en abondance et on laisse un sol parfaitement préparé aux cultures suivantes. Arthur Youug vante beaucoup cette méthode et la recommande à tous les fermiers d'Angleterre. Les agriculteurs de France ne trouveraient pas moins d'avantages à la mettre en pratique.

Sans occuper le sol une année entière, la Vesce peut encore être fort avantageuse comme récolte dérobée entre le blé et les plantes à sarcler, qui lui succèdent ; ou bien pour former des assolements variés , dans lesquels, sans occuper longtemps le sol, elle joue toujours le rôle de culture améliorante. M. Lullin, de Genève, qui a particulièrement vanté cette fourragère, recommande ainsi , comme très productif, l'assolement suivant :

Première année : vesces fumées, fauchées pour fourrage, avec choux cavaliers, turneps ou rutabagas entre les rayons ; 2" année : fèves en lignes avec turneps intercalés; 3° année : froment ou avoine; 4° année : trèfle; 5° année : blé, suivi de sarrazin ; Q" année : vesces fumées et turneps consommés à l'étable ; 7"" année : blé.

Cette rotation donne en sept années douze récoltes , dont huit améliorantes et quatre de grains ou graines.

Dans des terres légères, la rotation sera celle-ci. Première année : vesces fumées, suivies de turneps ou de choux cavaliers, suivant le terrain ; 2° année : orge ou blé ; 3° année : trèfle ; 4'^ année : blé, suivi de sarrazin. — On peut y substituer la suivante, qui est plus avantageuse encore. Première année : vesces suivies de turneps; 2° année : blé, suivi de sarrazin; 3'' année : carottes fumées et choux cavaliers ou maïs entre les lignes ; 4" année :

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