DES CUSCUTES EN GÉNÉRAL
Noms vdlgaikes. — Barbe de moine, Raisin barbu, Cheveux de Vénus, Cheveux du Diable, Perruque du Diable, Tignasse, Teigne, Râche, Rogne, Royne, Rasque, Ruble, Agoure, Angoure, Augure de lin. Bourreau de lin, Goutte de lin , Lin maudit. Lin de lièvre, Epithyme, Crémaillère, Pel dé U, Entrevediou, Baboulo, Trouilloli (Midi).
Mode de développement. — Effets sur les végétaux.
Les Cuscutes, espèces toutes parasites, et ne différant entre elles, au point de vue économique, que par la nature des espèces qu'elles envahissent et le plus ou moins d'extension qu'elles peuvent prendre, suivent toutes, dans leur développement , une marche identique.
La graine germe en terre au printemps, de mars à mai , et produit une tigelle offrant l'aspect d'un simple fil , qui , une fois sorti de terre, s'allonge, se tord , s'incline, jusqu'à ce qu'il ait trouvé un point d'appui autour duquel
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il s'euroule. Si c'esl, une, |il;uil,o siii' l.'KjiioUn l;i Cnscnl.e puisse so iioni'i'ii', aussitôt se développent, à tous I(!s i)oints de contact, de petits tubeiT-uies arrondis eu l'orme de disque, d'où naît un prolongenienl par lequel la Cuscute se met eu rapport avec le système vasculaire de la plante. Ces renflements constituent de véritables bouches ou suçoirs, distants de (juelques millimètres les uns des autres, et au moyen desquels le filament absorbe à son jjrofil la sève de la plante qui le supporte.
La Cuscute alors, pouvant vivre indépendante aux dépens de celle-ci, se sépare du sol par la destruction de la base de sa tisellc (!t de sa radicule. En niÔHie temps, à son autre e.\trémité, se forment de nouveaux (ilameuLs qui se ramifient en tous sens sur les plantes voisines, lesquelles se trouvent bientôt complètement envahies par un réseau touffu de filaments blonds ou rougeàtres qui les enlacent et les étouffent. Peu après apparaissent les fleurs sous la forme de petits bouquets compactes, auxquels succèdent les fruits et les graines, et en telle abondance qu'une seule touffe de Cuscute, venue en liberté, peut fournir jusqu'à plusieurs centaines de mille de ces semences.
Si à ce moment ou arrache la Cuscute, ou si ou la coupe d'une manière incomplète, ce qui reste pousse avec une nouvelle vigueur. Un seul filament tombant sur une plante, sufTit pour donner naissance à une touffe nouvelle qui croit et s'étend comme la première.
Ce développement des Cuscutes est surtout favorisé par l'air et le soleil. Ainsi, quand les plantes qui leur servent de support sont sur pied , serrées et touffues, le défaut de chaleur et de lumière tient en suspens la végétation des Cuscutes ; mais aussitôt que le fauchage leur ouvre l'accès du soleil , leur croissance arrêtée reçoit une impulsion aussi vive que désastreuse pour les prairies. On s'explique ainsi pourquoi les premières coupes de luzerne sont moins éprouvées par la Cuscute que les coupes suivantes, alors que la plante parasite, sollicitée par les premiers fauchages et par l'action du soleil , a atteint toute sa vigueur.
Les plantes ainsi envahies perdent peu à peu leur vigueur, deviennent languissantes, s'étiolent , et à la fin de l'été on n'en trouve plus que les tiges échauffées et mortes, plus ou moins mêlées aux graminées sauvages qui peuplent les clairières et les "terrains en friche.
Puis, quand vient l'hiver, les tiges de Cuscute raccourcies, pelotonnées, s'agglomèrent, au pied des tiges mortes de trèfle ou de luzerne, en petits faisceaux qui s'enfouissent à demi dans le sol, et, qui au printemps suivant, se remettent à végéter avec une extrême vigueur et une vitesse de plusieurs centimètres par jour. Ce fait, signalé par M. Decaisne, et assez fréquemment observé dans le Midi , paraît être, non un phénomène accidentel , mais un mode habituel de reproduction de la plante , permettant de se demander si les Cuscutes , ordinairement considérées comme plantes annuelles , ne devaient pas être rangées parmi les espèces vivaces . ainsi que déjcà le soupçonnait M. Benveuuti , de Modène (1847).
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Eli rèsmué, ou voil , par les faits qui précèdent , que les Cuscutes se développent de plusieurs manières, qui doivent également appeler l'atlonlion des cultivateurs : par les graines, par le fractionnement des tiges, par les pelotons de tige que le sol conserve pendant l'hiver. Quant aux graines, on ne sait pas encoi*e, il est vrai, d'une manière positive, si elles ne germent que là où se trouvent des plantes propres à la nourriture du végétal parasite. Mais, d'un autre côté, il est hors de doute que la graine de Cuscute enfouie profondément dans le sol, peut s'y conserver longtemps avec toute sa puissance germinative et envahir de nouveau les champs pour peu qu'un labour profond la ramène à la surface.
Elle se conserve également dans le fumier, résiste même à l'action digestive, et traverse ainsi , sans être altérée, les organes de certains animaux , qui peuvent par suite la transporter au loin et concourir à sa propagation. Cette résistance à la destruction des graines de Cuscute, se joignant à leur extrême légèreté, qui les rend aptes à profiter de tous les moyens dont la nature dispose pour la dispersion des semences , explique aisément le développement si facile de ce désasti-eux parasite et toutes les difficultés que l'on éprouve à en débarrasser les contrées envahies.
Moyens de destruction.
En présence des dangers résultant de la présence de la Cuscute dans les cultures , les cultivateurs se sont depuis longtemps et à diverses reprises préoccupés des moyens de débarrasser les cultures de ce redoutable parasite. Des procédés assez nombreux ont été proposés à cet effet.
Ainsi , on a tenté d'abord de la détruire directement par des arrosages au moyen de liquides plus ou moins corrosifs : l'acide sulfurique étendu d'eau , moyen propre surtout aux terres calcaires, et le sulfate de fer en dissolution dans [l'eau, notamment. Celui-ci agit en se combinant avec le tannin, que la Cuscute renferme dans une assez forte proportion, et en produisant, de la sorte, un sel noir insoluble. M. Ponsard (de la Marne), qui a employé ce sel (1852) sur la luzerne, le fait dissoudre à la dose de 10 kilog. de sel de fer pour 1 hectoUtre d'eau, plus ou moins selon la nature des plantes à arroser, l'état du sol. Ainsi, il en faut davantage avec la luzerne, que ses longues racines préservent de l'action du sol , qu'avec d'autres plantes moins résistantes. La dose pourra être plus forte aussi sur un sol dur et argileux que sur un sol léger et perméable. Pour réussir par ce moyen , il faut , après avoir enlevé à la faux et au râteau le plus gros de la luzerne et de la Cuscute et brûlé le produit de ce fauchage, arroser un peu avant le coucher du soleil , au moment où les tiges de Cuscute, ramollies par la fraîcheur du soir, s'imprègnent plus facilement..
L'opération ayant été répétée dix à douze jours de suite, la Cuscute change d'aspect , devient noire et friable ; on l'enlève alors par un coup de
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faux, et la luzerne, que cet arrosage ne lail, pas ordinaireiiioul souffrir, repousse avec sa couleur norrhàle.
Ce moyeu , toutolois, no donne pas des résultats constants, pas plus d'ailleurs que plusieurs autres procédés analogues conseillés par divers agriculteurs : le fauchage à la faux , aiguisée avec une pierre tronipiîe dans une solution de sulfate de fer; l'épandage, sur les places occupées parla Cuscute, et après l'enlèvement de la plus grande partie de celle-ci par le fauchage, de certaines substances, telles que les lignites pyriteux , la tannée, les cendres de bois, la potasse, la chaux vive délitée, que M. Dubreuil a conseillé de répandre sur une épaisseur de 10 à 15 millimètres, au moment de l'apparition du parasite, puis d'enterrer en retournant la couche superficielle du sol.
A ces moyens on peut joindre l'épandage du purin , du lizier, de certains engrais spéciaux, tels que, notamment, celui récemment proposé par M. Danicourt , et consistant dans l'emploi d'un compost formé de : sel de coussin, 2,000 kilog.; phosphate fossile, 600 kilog.; fumier de volaille ou poudrette, 1 mètre cube ; chaux vive, 1 mètre, et quantité égale de cendres ou charrée. Pour préparer le compost, on laisse déliter la chaux à l'air ; puis, quand elle est réduite en poudre, on la mêle avec la cendre ou charrée qu'on y amalgame avec soin. Cela fait, on ajoute le sel de coussin, le phosphate et le fumier, préalablement combinés ; on brasse trois fois le mélange, à quelques jours d'intervalle, et on passe à la claie. Cette préparation, essayée à titre d'engrais sur une luzerne chétive et infestée de Cuscute, fit disparaître celle-ci et rendit à la légumineuse toute sa vigueur. M. Danicourt a répandu le naême compost sur d'autres prairies artificielles, par lesquelles il tient lieu de plâtre, et a vu constamment son emploi être suivi de la disparition de la Cuscute. Si ce procédé est confirmé par une plus longue expérience, il mérite d'être recommandé.
On a essayé encore la destruction de la Cuscute par le feu , soit en pratiquant l'écobuage sur les petites surfaces atteintes, ce qui ne réussit qu'à la condition d'entretenir le feu pendant plusieurs heures, et ne laisse pas que d'être assez coûteux ; soit , ainsi que cela fut proposé au commencement du siècle dernier par le Comité d'agriculture de Genève, en procédant à la combustion du champ infesté au moyen d'une couche de paille bien sèche, d'une épaisseur de 15 centimètres envh-on, étendue sur la luzerne atteinte, et enflammée par plusieurs points à la fois. On a ainsi une flamme vive et prompte qui détruit tout , sauf les racines légumineuses, et débarrasse ainsi le champ de la Cuscute, surtout si le feu a été assez fort et si on a eu soin d'y recourir avant la fructification de la plante parasite. Mais ce moyen n'est pas cependant infaillible; car, si le feu est insuffisant, la Cuscute peut reparaître, et s'il est très actif , si on a employé beaucoup de paille, ou peut porter atteinte à la luzerne elle-même, la faire périr, et le remède devient pire que le mal.
Ces moyens de destruction n'étant pas toujours facilement applicables, on a essayé de débarrasser les cultui-es de la Cuscute en extirpant mécanique-