‹ Nouvelle magie blanche dévoiléeChapitre 9 sur 24 · EXÉCUTION DU TOUR · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DU TOUR

Comme dans le précédent, on fait visiter le vrai dé. Ensuite on fait voir la boîte aux deux cases, dans l'une desquelles on aura placé un faux dé, mis dans la petite boîte intérieure, qui doit toujours le recevoir. Ce faux dé est placé de manière à laisser paraître une surface à points ; mais , pour que l'on ne s'aperçoive pas de la présence de ce faux dé, on montre les cases l'une après l'autre.

En levant le couvercle , on fait voir d'abord la case vide; on ferme, et, en penchant la boîte, on fait couler le dé dans celle qu'on vient de montrer. On fait voir ensuite l'autre case , qui se trouve vide à son tour. De cette manière, il semble qu'il n'y a rien dans la boîte.

On pose cette boîte sur une table ou sur autre chose, mais en vue des spectateurs.

On prie une personne de retenir un des numéros. Revenu à sa table , sur laquelle est resté le vrai dé , on dit : c Je vais tâcher de faire entrer invisiblement ce dé sous la boîte que voici. (La boîte qui contient le faux dé reste aussi sur la table pendant que Ton fait voir la boîte à deux cases.) Vous voyez qu'il est de la même dimension , et qu'il en remplit toute la capacité. »

En donnant cette explication, on introduit adroitement une balle ou une pomme , préparée à cet effet, dans le faux dé renfermé dans la boîte, et on prend une assiette que Ton pose sur l'ouverture de la boîte , sous prétexte d'intercepter toute communication. Ayant une main sous l'assiette et l'autre sur la boîte, on fait faire, de bas en haut, un demi-tour à ces deux objets, afin que la boîte soit en dessus et l'assiette en bas. On les pose sur la table.

L'assiette que l'on met sur la boîte et le renversement dont je viens de parler sont nécessaires pour maintenir et cacher la balle qu'on a fourrée dans le fau$ dé.

On continue en disant : « Si je n'avais à escamoter qu'une balle comme celle-ci (on en prend une pareille à celle qui est dans la boîte), je ne serais pas embarrassé, parce que, pour qui sait jouer des gobelets, cela n'est pas difficile , comme |vous voyez (on l'escamote en la laissant tomber sur la gibecière, et on lève la boîte en emportant le faux dé, pour faire voir la balle qui est dessous. On retire cette balle, et on repose la

boîte contenant le faux dé); mais, pour ce dé, c'est différent ; cependant, je vais essayer de le faire. »

On prend le dé et on le porte sous la table, et disant qu'on va le faire passer au travers , on le laisse sur la gibecière, et on lève la boîte qui couvre le faux dé, que les spectateurs prennent pour le véritable. On recouvre et on ordonne au dé de passer dans la case du numéro retenu. On fait nommer ce numéro, et en ouvrant le couvercle de sa case, on fait voir le dé ; comme pour mieux le montrer, on le retire en renversant la boîte, mais toujours en prenant garde de laisser apercevoir l'ouverture.

On remet le dé dans sa case , mais , cette fois , l'ouverture en dessus , et on ferme.

On va lever la boîte en emportant le faux dé , et on fait voir qu'il n'y a plus rien.

On ordonne de nouveau au dé de sortir de la case où il est, et de revenir sous la boîte qui est sur la table. On fait voir que le dé est revenu, et prenant la boîte aux cases , on les ouvre toutes deux, et les spectateurs voient qu'il n'y a plus rien.

Cette dernière particularité produit un effet frappant, car les spectateurs ont bien vu remettre le dé dans la boîte à laquelle on n'a plus touché ; et comme le faux dé, vu dans son intérieur, représente bien le fond de la case, il semble réellement que la boîte est absolument vide, et on ne conçoit pas cette disparition.

Enfin, on termine le tour en feignant de reprendre le dé par-dessous et au travers de la table sur laquelle

on le jette, et on lève la boîte avec le faux dé , pour faire remarquer qu'il n'y a plus rien.

Troisième manière de faire le tour du gros dé.

On commence le tour à peu près comme dans la première manière ; on fait visiter le dé et on le remet dans le faux, enfermé dans la boîte.

On emprunte un chapeau , et on dit : « Mon intention est de faire passer le dé dans ce chapeau ; non pas en le mettant comme cela (on le met avec le faux en retirant la boîte) : il n'y aurait pas grand'malice , mais invisiblement.

On retire le faux dé seulement, et on va le poser sur une boîte quelconque , mais un peu haute , que Ton a mise à dessein sur la table.

On demande un mouchoir , on en couvre le chapeau qui contient le vrai dé, et on prie une dame de tenir ce chapeau sans rien déranger.

Comme, dans ce moment, il est nécessaire d'amuser un peu les spectateurs, on leur donne la boîte à visiter, en recommandant de bien l'examiner, pour tâcher de découvrir le mécanisme qu'elle contient. On continue de parler, en affirmant que cette boîte, qui paraît si simple, est cependant très-compliquée dans son ensemble.

Pendant ce verbiage, que l'on débite devant sa table, on tient, comme par distraction, le faux dé dans lequel

on introduit un verre plein de vin , qui était préparé sur la gibecière, et on le reporte ainsi sur la boîte où il était.

On reprend la boîte qu'on avait donnée à visiter, et on va en couvrir le faux dé sous lequel il y a un verre de vin. On prévient que Ton va escamoter ce dé , qui pourtant est bien sous la boîte.

, On prend un verre pareil à celui qui est sous le faux dé et on l'emplit de vin. Pendant que Ton verse , on prend de la main droite une poignée de petits morceaux de papier de diverses couleurs, disposés sur la gibecière.

On prend le verre et on dit : <r Messieurs, je vais faire semblant de boire ce vin; vous allez croire que je bois effectivement, il n'en sera cependant rien, car le vin va se retrouver dans le moment. Mais il faut que je prenne le gobelet de la main gauche ; on sait que cette main est consacrée à toutes les opérations magiques. »

On boit, et on transporte de suite le verre dans la main droite, où sont les petits papiers , et feignant de jeter le gobelet en l'air, on le laisse retomber sur la gibecière dans le moment que l'on lance au vent les morceaux de papier, et on dit : « Il n'y a plus ni vin , ni verre; mais ils ne sont pas perdus. » On lève la boîte en emportant le faux dé' avec, et le verre de vin apparaît seul. On continue en disant que le dé vient de passer dans le chapeau tenu par la dame.

On lève le mouchoir et on fait voir le dé.

Nota.. — 11 ne faut pas croire qu'il soit difficile et embarrassant de mettre le verre rempli de vin sous le faux dé : rien de plus aisé. La boîte que l'on a mise sur la table pour y poser ce faux dé cache d'abord le verre que l'on prend sur la gibecière , et, tout en parlant, vous fourrez doucement le gobelet sous le faux dé, que vous n'avez qu'à couler lentement et sans affectation sur les parois intérieures delà boîte; on n'a simplement qu'à soutenir le verre par le fond, puisqu'il se maintient de lui-même dans le faux dé. D'ailleurs, les spectateurs, attentifs à ce que vous dites, le sont peu aux mouvements de vos mains qui, du reste, n'ont rien de suspect.

Comme la description de tous ces tours de dé a dû paraître passablement ennuyeuse au lecteur, je vais le laisser reposer un peu, en l'entretenant d'un petit tour d'une nature toute particulière, et qui, je l'espère, ne fatiguera pas son attention; mais j'avoue que je suis fort embarrassé pour entrer en matière; matière, hélas ! qu'on n'aborde qu'avec crainte et circonspection.

SECTION XIX

Expérience qui ne sera pas du goût de tout le monde. Dissertation sentimentale où l'on trouvera que Vart est préférable à la nature.

Comment nommerai-je le résultat d'une digestion bien conditionnée, sans scandaliser les oreilles et faire soulever l'estomac? Hélas! pourquoi nos mœurs ne nous permettent-elles pas toujours d'appeler un chat, un chat? Cela simplifierait beaucoup notre langue, et je ne serais pas dans l'embarras où je me trouve ence. moment.

J'ai bien un mot qui ferait parfaitement mon affaire, et que l'on emploie sans scrupule, même dans le monde le plus délicat, pour désigner les taches que la boue des rues fait aux vêtements, car on dit sans vergogne : Mes souliers sont crottés; j'ai de la crotte au bas de ma robe. Mais, si je fais usage de ce mot pour désigner le produit dont je veux parler, alors, on sent qu'il se dénature, qu'il salit la pensée et qu'il devient un objet de dégoût pour tout le monde.

Cependant, il ne serait question ici que de l'œuvre d'un chien ; cela ne tire pas autant à conséquence. Bon Dieu! que faire? ou plutôt, que dire? Éloquent Mercure, prudente Minerve , inspirez-moi !

On ne s'attendait guère

De voir Pallas en cette affaire.

Je crois que je le tiens ! oui caca : ce mot est

mignon et coquet. J'avais bien celui de déjection, qui ma été donné par un disciple d'Esculape, mais je le trouve trop doctoral, point assez harmonieux : décidément, je crois que caca est de meilleur goût. Nous allons donc bientôt nous occuper d'un caca de chien.

0 sage Platon ! savant Aristote ! et toi, vertueux Socrate, pourquoi êtes- vous décédés ? Si vous viviez encore, que je serais curieux de m'entretenir avec vous, par la voie du télégraphe électrique , afin que vous m'appreniez la cause de cette répulsion que nous éprouvons tous à la vue et même au nom de la matière que nous allons traiter ; car, enfin, elle ne manque pas de certaines qualités fort gentilles ; deux sens, au moins, eu sont agréablement affectés : Te tact et la vue.

Par l'effet magique d'un travail de l'estomac, que les substances nourrissantes ont subi , et après avoir passé et séjourné quelques heures dans de longs tuyaux arrangés dans un cabinet noir, à l'instar d'nne famille de couleuvres qui feraient la méridienne, ces substances sortent de leur prison, et nous apparaissent, à leur entrée dans le monde, tantôt décorées d'une belle couleur d'or, une autre fois sous celle d'une riche ébène, de forme et de consistance très-variable.

Ces belles couleurs doivent réjouir l'œil ; donc la vue est satisfaite.

Quant au tact, ne voyez-vous pas souvent des dames vous dire, en se promenant : J'ai marché sur quelque chose de doux , ne trouvant pas de termes plus convenables, pour exprimer la sensation dont elles viennent de jouir? L'ouïe reste neutre dans cette conjoncture.

Je conviens que les deux autres sens n'y trouveraient pas beaucoup d'agrément, mais rien ne peut tout posséder, tout satisfaire. Reprenons notre caca.

Si je place cette saleté dans mon ouvrage, ce n'est pas pour en faire l'ornement; mais elle a son beau côté, et c'est ce qui m'engage à vous en entretenir. D'abord, elle procure à ceux qui n'aiment pas les chiens, le plaisir de les faire bâtonner. De plus, ceux qui sont d'une humeur taquine, trouvent à se satisfaire, en faisant gronder des femmes de chambre, auxquelles on reproche durement de n'avoir pas fait disparaître un dépôt malencontreux. Elle donne aussi le moyen d'opérer des métamorphoses agréables et surprenantes, et bien d'autres jolies choses encore.

Par lui-même, l'objet dont il est question n'est pas nouveau; on en a vu, depuis longtemps, étalés sur des tables, comme des pains-d'épices, chez les marchands de curiosités , voire même sous forme de bonbonnières.

Il n'est point de serpent, ni de monstre odieux, Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux.

Mais, rarement; l'imitation est parfaite, et peu de

personnes connaissent la manière de réussir. Déplus on ignore l'avantage que la prestidigitation peut en tirer. C'est donc aussi pour donner ces connaissances à mes lecteurs, que j'ai inséré cette plaisanterie dans ce traité.

Commençons par donner le moyen de confectionner soi-même ces imitations.

Faites fondre de la colle forte dans de l'eau , plutôt au bain-marie qu'à feu nu. Cette colle doit être un peu plus faible que pour coller le bois. Quand elle sera faite, vous en prendrez un peu pour y délayer du noir de fumée, que vous jetterez dans la totalité, et vous mêlerez bien le tout.

Vous prendrez du papier gris buvard, que vous mettrez dans ladite colle ; vous le pétrirez bien et en ferez une espèce de pâte, à laquelle vous donnerez la forme en question la plus naturelle possible.

Vous laisserez sécher ces imitations. Quand elles seront sèches à fond , vous mettrez dessus une ou deux couches de vernis à l'huile, que vous laisserez sécher aussi.

Yoilà pour les productions canines , celles qui sont le plus en usage pour l'emploi auquel nous les destinons. Mais , si vous voulez donner à votre ouvrage quelque chose d'humain, vous prendrez du papier blanc , buvard comme le gris , et vous remplacerez le noir par de l'ocre jaune. Voilà toute la différence; du reste , vous procéderez comme au premier. Quant à la forme, vous y mettrez toute la vérité et le gracieux que votre bon goût vous inspirera.

On ferait un volume , si on voulait raconter toutes les petites mystifications auxquelles peuvent donner lieu ces productions factices. J'en exposerai quelquesunes dans un prochain article; mais, dans ce moment, je suis trop pressé de quitter cette matière, et de reprendre le cours de nos descriptions magiques.

SECTION XX

Beau tour de montre.

Effet. — On emprunte une demi-douzaine de montres, que Ton étale sur la table. On en fait choisir une, et on laisse de côté les autres, dont on n'a plus besoin.

On prend la montre choisie, et on fait remarquer l'heure qu'elle indique dans le moment.

On donne cette montre à une personne, en la priant de la mettre dans sa poche.

On fait prendre au hasard une quantité de jetons , sur un grand nombre que l'on présente.

On annonce que la montre va marquer autant d'heures qu'il y a de jetons dans la main de la personne qui en vient de prendre à discrétion. On vérifie, en faisant voir que l'heure de la montre se rapporte à la quantité de jetons que l'on a pris.

On pose la montre sur la table, le cadran en dessous ; on fait jeter deux dés au hasard, et la montre marque le nombre de points amenés.

Cette montre peut aussi prédire d'avance le nombre de cartes qu'il y aura dans un paquet choisi entre plusieurs, inégaux en quantité. Elle peut encore marquer le nombre de points qu'il y a sur une carte tirée à volonté, etc.

On termine le tour en faisant changer l'heure plusieurs fois de suite, en présentant la montre à différentes personnes. On rend les montres à qui elles appartiennent, à moins que l'on n'oublie de les redemander; dans ce cas, c'est un casuel de bénéfice pour le prestidigitateur.

Explication. — Pour ce tour, il faut avoir à soi une montre mécanisée.

11 serait difficile, avec l'explication la plus claire, la plus étendue, et les dessins les plus exacts, de bien faire comprendre le mécanisme de cette montre. Que l'on prenne l'article horlogerie dans l'Encyclopédie; qu'on lise le texte et que l'on examine les planches avec la plus grande attention; après cela, si on a pu concevoir comment on fait une montre , on aura bien de la perspicacité.

Un horloger, qui m'a mécanisé une de ces montres nécessaires pour le tour dont il est question , m'a fait remarquer, sur le modèle que je lui avais donné, quinze petites pièces entre le cadran et la plaque de cuivre qui est immédiatement dessous ; il vaut donc

mieux s'en procurer une chez ceux qui en tiennent, que de se tourmenter la tête pour apprendre comment elles sont faites.

Il suffit de connaître l'usage de ces montres , et de savoir que , pour les faire fonctionner , il n'y a qu'à pousser la queue, comme quand on veut faire sonner une montre à répétition, et qu'à chaque coup de pouce que l'on donne, la petite touche avance d'une heure. La grande touche marche toujours comme dans une montre ordinaire.

Il y a de ces montres d'un mécanisme plus simple; mais elles sont loin d'offrir la même solidité et les mêmes avantages.

Au reste, ces montres ne sont pas chères, parce qu'elles sont faites en cuivre jaune, ce qui leur donne l'apparence de For, et passent pour telles quand on s'en sert.

En commençant le tour, vous avez cette montre mécanisée cachée dans la main. Vous demandez un chapeau, et, en le prenant, vous y mettez votre montre assez adroitement pour ne pas être aperçu , ce qui n'est pas difficile» Vous tenez le chapeau de manière à ne pas laisser voir le fond. Vous empruntez des montres jusqu'à concurrence de cinq, et la vôtre fait six. Vous les étalez de front sur la table, en mettant la vôtre la seconde, à droite ou à gauche, afin qu'elle se trouve toujours au milieu, quand on en a retiré trois.

On comprend bien que les spectateurs , en voyant six montres, croient que vous en avez emprunté six ,

car personne ne s'avise jamais de les compter à mesure que vous les recueillez.

Maintenant , il s'agit de faire tomber le choix sur votre montre.

Vous invitez une personne à en désigner trois. Si votre montre se trouve dans les trois indiquées, vous mettez les trois autres à l'écart.

Vous invitez de nouveau la même personne à en désigner une des trois qui restent. Si elle indique celle du milieu, comme cela arrive presque toujours, alors le choix est fait, puisque c'est la vôtre. Vous la prenez pour vous^n servir, et vous mettez les deux qui restent avec les trois autres. Si elle en indique une des coins, vous la réunissez à celles que vous avez mises à l'écart. Il n'en reste plus que deux.

Dans ce dernier cas, vous changez un mot delà proposition : au lieu de dire : désignez, dites : choisissez celle des deux que vous voudrez. Si on indique la vôtre, ce mot de choisissez fait entendre que c'est cette dernière indiquée avec laquelle on doit faire le tour. Si on indique l'autre, vous l'écartez, et vous dites, en parlant de la vôtre, qui reste seule sur la table : « Vous voyez que c'est celle qu'on ne m'a pas fait retirer que je prends j)our faire le tour. »

On trouve, d'ailleurs, tout naturel que vous retiriez comme les autres la dernière désignée, et le mot choi^ sissez, dont vous vous êtes servi, n'est pris par les spectateurs que comme synonyme de désignez.

Si, en commençant, votre montre n'est pas dans les

trois premières désignées, vous procéderez de même en les retirant comme étant celles que l'on rejette. Souvenez-vous qu'en fait de prestidigitation, on se tire souvent d'affaire par des paroles ambiguës.

Ayant fait ainsi tomber le choix sur votre montre, vous la prenez et vous faites voir l'heure qu'elle marque dans le moment. Vous donnez autant de coups de pouce qu'il en faut pour amener l'heure au chiffre pareil au nombre de jetons que vous voulez faire prendre. Ces jetons, que vous présentez dans votre main, sont en grande quantité, mais disposés de manière à ce que l'on ne puisse prendre que le nombre voulu. On trouvera cette manière expliquée dans la Irô section de la II* partie de "cet ouvrage.

Supposons que la montre marque huit heures, qui est l'heure du moment, et que vous vouliez faire prendre dix jetons.

Vous donnez deux coups de pouce au bouton de la montre, et elle marquera dix heures. Vous la donnez à une personne, en la priant de la mettre de suite dans sa poche.

Comme vous présentez la montre de façon à ne pas laisser voir l'heure, cette personne la met dans sa poche comme vous le lui recommandez, sans y porter la moindre attention, et quand vous la priez de montrer l'heure, on voit que cette heure est au même nombre que celui des jetons qui ont été pris.

Ensuite on met la montre sur la table, le cadran en dessous, après l'avoir mise à l'heure pareille au nombre

PHYS1QUK OCCULTE. 111

de points disposés sur les dés dans la boîte qui sert à • les recevoir.

Mais il convient que j'esquisse la construction de cette boîte.

Il y en a de plusieurs façons : la plus simple est tournée en bois de la forme d'un vase. Son couvercle est percé pour donner passage aux dés que l'on y jette.

Ce vase contient deux fonds qui forment deux capacités. La première, depuis le couvercle jusqu'au premierfond; la seconde, depuis le premier fond jusqu'au deuxième. Chacune de ces capacités offre assez d'espace pour y loger deux dés , et elles ont aussi chacune leur ouverture.

Dans le compartiment de dessous, vous mettez deux dés dont vous connaissez les points.

On fait jeter les dés par l'ouverture du couvercle, et ils tombent dans la première case.

Vous ouvrez à la seconde case , et les spectateurs prennent ces nouveaux dés pour ceux que l'on vient de jeter par l'orifice du couvercle. Or, dans ce tour de montre, si les dés de la seconde case portent, par exemple, onze points, vous mettez la montre à onze heures.

Cette boîte aux dés sert dans beaucoup de circonstances. -

Enfin, on peut faire durer longtemps ce tour de montre, par différents tours qui peuvent s'y appliquer, tels que le tas de cartes que l'on fait prendre forcément, la carte forcée seule, etc.

MA.GIK BLANCHE.

Pour terminer, on met sous les yeux d'une personne la montre qui marque une heure quelconque, en lui disant : « Monsieur, quelle heure est-il ? » Cette personne répondra, par exemple: « Il est trois heures. » Vous allez à une autre, qui dit: «Sept heures;» une autre encore, qui dira : « Midi; * et ainsi de suite, toujours en faisant jouer le pouce. Pour finir , vous faites en sorte d'amener l'heure qu'il est dans le moment actuel.

Ce tour met beaucoup de gaîté et d'animation dans l'assemblée, sans préjudice à l'étonnement causé par cette versatilité de la montre, que l'on croit appartenir à quelqu'un des assistants.

Le tour étant fini, on met toutes les montres dans un chapeau, pour les rendre aux personnes qui les ont prêtées. On a soin de garder la montre mécanisée dans la main qui tient le chapeau, et, quand les cinq montres sont rendues, on renverse le chapeau pour faire penser qu'iî n'y a plus rien, mais sans «affecter de vouloir le faire remarquer.

SECTION XXI

La plume sautante.

La simplicité d'un moyen que je connais pour faire ce petit tour me donne l'envie de le communiquer aux

amateurs de physique amusante.

Decremps a choisi cette récréation pour prouver que l'on peut faire un tour par plusieurs procédés différents. Mais tous ceux qu'il donne pour celui-ci sont plus ou moins compliqués et nécessitent des instruments coûteux ou des préparatifs embarrassants.

11 se servait de canifs très-légers, que je remplace par trois plumes de différentes couleurs.

Voici mon moyen : prenez un morceau de feuille de cuivre de l'épaisseur d'une carte à jouer ; mais que ce cuivre soit bien battu, afin qu'il soit très-élastique et fasse bien ressort.

Donnez à cette feuille environ 7 centimètres de longueur, sur trois de largeur.

Coupez-la en losange, et pliez-la juste dans son milieu, en laissant les deux angles assez éloignés l'un de l'autre, pour donner de la chasse à cette espèce de ressort, quand on rapproche ces angles. Voilà tout l'appareil, et voici comment on exécute le tour.

On se procurera trois plumes de couleurs différentes et très-distinctes entre elles , et on préparera d'avance le ressort comme il suit :

On en rapproche les deux angles, que l'on assujettit avec une légère bande de papier que Ton roule d'un ou deux tours , et dont on colle le bout avec une parcelle de pain à cacheter ; mais comme le ressort se détendrait tant que le pain à cacheter ne serait pas bien sec, on le maintient avec du fil , que l'on retire quand il n'est plus nécessaire.

Ce ressort ainsi préparé, on le tient caché dans sa

main. On emprunte une pièce de cinq francs, et on la jette avec le ressort dans un gobelet de métal , ou mieux, un vase de porcelaine, que Ton aura fait visiter.

Vous faites observer qu'il n'y a aucune préparation dans la pièce ni dans le gobelet. Vous faites aussi visiter les trois plumes , en disant que l'on n'y trouvera rien non plus ; mais que le mobile de l'expérience se trouve dans une liqueur chimique , préparée pour cet effet.

Vous mettez les trois plumes dans le vase ou gobelet , et vous invitez quelqu'un de l'assemblée de désigner celle des trois que l'on veut voir sauter dehors. Alors, sous prétexte d'arranger les plumes de telle ou telle manière, vous mettez celle qu'on a choisie sur le bout du ressort.

Vous allez prendre un flacon rempli d'eau, que vous aurez colorée pour plus de mystère, et vous en versez sur le ressort. Cette eau détrempe assez promptement le pain à cacheter, et le ressort se détendant brusquement, fait sauter la plume.

Vous prenez le vase, et vous versez dans votre main le ressort et la pièce. Vous rendez celle-ci et gardez l'autre, avec la précaution de ne pas le laisser apercevoir.

SECTION XXIL Moyen ingénieux d'escamoter une bague dans un œufa

Voici encore un tour de beaucoup d'effet et d'un moyen très-simple, que l'on peut exécuter sans grands frais d'appareils, et dans lequel on trouvera deux procédés que je crois à peu près inconnus des professeurs mêmes. Le premier , c'est d'introduire la bague dans l'œuf; le second, de faire l'échange de la bague. Je vais d'abord exposer l'effet du tour.

On emprunte une bague, que Ton met sur la table, en faisant remarquer que l'on ne l'escamote pas. On présente un coquetier : je veux parler de ceux qui servent pour manger des œufs à la mouillette, et non des marchands de volaille, qu'on appelle aussi de ce nom.

Notre coquetier est en bois ; on le met aussi sur la table.

On donne un œuf à visiter, ensuite on le place dans le coquetier, en présence de l'assemblée.

On prend la bague, que l'on met dans sa main; on lui commande de passer dans l'œuf , comme on ordonne à une muscade de passer sous un gobelet. On fait voir que la bague n'est plus dans la main, on casse le bout de l'œuf sans le toucher des doigts, on y fourre un long crochet de fil de fer, et on en retire lentement îa bague, que l'on porte ainsi à la personne qui Fa

1HAGIE BLANCHE.

prêtée. On dépose cette bague sur une serviette mise entre les mains de la même personne , qui la reconnaît après Tavoir essuyée.

Explication. — Dans le fond du coquetier est pratiquée une petite mortaise, dans laquelle on peut faire entrer une bague au tiers de son diamètre.

Pour échanger la bague en présence de tous les spectateurs sans qu'ils s'en aperçoivent, voici le moyen :

Comme, pour ce tour, on ne doit demander qu'une bague sans chaton, ou une alliance, on en a une fausse de ce genre. On prend une assiette, et, en la tenant, on place la fausse bague sous le pouce.

On fait observer que, si on prend une assiette pour recevoir la bague , c'est pour que l'on ne suppose pas que l'on puisse l'escamoter. En la portant sur la table, on fait^couler la bague contre son pouce, que l'on met vite dessus pour la cacher, en même temps que l'on découvre la fausse. On fait tomber cette fausse bague sur la table, et elle reste à la vue des assistants. Quant à la vraie bague , on la retient secrètement dans la main.

On prend le coquetier , que l'on peut montrer hardiment, sans, toutefois, le donner à tenir, et pour peu que le bois soit brun , la petite fente ne peut pas s'apercevoir.

Sous prétexte d'essuyer le coquetier en dehors et en dedans , on y fourre adroitement la bague que l'on avait dans la main, et elle s'enchâsse aisément dans la petite mortaise. On pose le coquetier sur la table, et on

prend un œuf qu'on a eu soin de casser très-légèrement par un bout : on le donne à visiter, et, le reprenant délicatement de deux doigts, pour prévenir tout soupçon d'escamotage, on le met dans le coquetier en appuyant doucement. Pour peu que l'œuf soit fêlé , la bague entre aisément dedans. Alors on reprend la fausse bague qui est restée sur la table, et que les spectateurs prennent toujours pour la véritable; on la met dans le creux de la main , en disant qu'on va la faire passer dans l'œuf, et on l'escamote comme je l'ai expliqué au commencement de la IIme partie , dans le dernier paragraphe des principes préliminaires. On laisse tomber cette bague sur la gibecière, en posant sa main sur le bord de la table.

On casse l'œuf du bout d'un couteau ou d'une baguette , on en tire la bague avec le crochet dont j'ai parlé , en évitant d'approcher les doigts de l'œuf, de crainte de donner à soupçonner qu'on a pu y fourrer adroitement l'anneau. On le rend à la personne qui l'a prêté , en prenant les précautions de propreté que j'ai recommandées plus haut.

SECTION XXIIL

Description de quelques instruments de physique amusante.

Cette section est consacrée à donner l'idée de quelques pièces dont nous aurons bientôt besoin. Je les ai numérotées pour plus de précision dans les renvois. J'ai pensé qu'en donnant ces descriptions à part des tours qui vont suivre, on serait moins fatigué et plus attentif à la lecture de cette explication, n'ayant plus à s'occuper que d'elle.

Je renverrai à cette section, quand il sera nécessaire d'avoir recours à une des pièces qui y sont décrites. Ces descriptions auront pour utilité principale, quand un amateur voudra se former un petit cabinet de physique amusante , de lui faire connaître suffisamment îa composition de ces instruments, pour qu'il ne se trompe pas , ou qu'on ne le trompe pas, quand il voudra faire choix de quelques-uns dont il voudra faire l'acquisition pour l'exécution d'un tour qu'il désirera; car, bien que ces instruments aient chacun un nom qui leur est propre , l'ouvrier les confond quelquefois entre eux, ou ne s'accorde pas toujours en cela avec les professeurs.

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