A EL
« De quel ennui secret ton âme est-elle atteinte? Me dis-tu : Cher amour, épanche ta douleur ; J'adoucirai ta peine en écoutant ta plainte, Et mon cœur versera le baume dans ton cœur. »
Ne m'interroge plus, ô moitié de moi-même!
Enlacé dans tes bras, quand tu me dis : « Je t'aime 3>, Quand mes yeux enivrés se soulèvent vers toi. Nul mortel sous les cieux n'est plus heureux que moi ! Mais jusque dans le sein des heures fortunées Je ne sais quelle voix que j'entends retentir
Me poursuit, et vient m' avertir Que le bonheur s'enfuit sur l'aile des années, Et que de nos amours le flambeau doit mourir. D'un vol épouvanté, dans le sombre avenir
Mon âme avec effroi se plonge,
Et je me dis : Ce n'est qu'un songe
Que le bonheur qui doit finir!
Cette élégie se rattache au temps dont j'ai douué, sous un autre nom, le récit dans Raphaël,
Il n'y a pas de commentaire à ces effusions du premier amour, qui chantent ou pleiurent en nous sous un regard limpide, ou sous un regard assombri de pressentiments. Le roseau chante aussi sous le vent qui le courbe ou sous le vent qui le relève. Mais demandez-lui ce qu'il chante : il n'en sait rien. Tout est chant dans la nature, parce que tout est voix. Le poète note quelques-unes de ces voix confuses et perdues, voilà tout : le sentiment n'est qu'un écho des sensations.