TRISTESSE
Ramenez-moi, disais-je, au fortuné rivage Où Naples réfléchit dans une mer d'azur Ses palais, ses coteaux, ses astres sans nuage. Où Toranger fleurit sous un ciel toujours pur. Que tardez- vous ? Partons ! Je veux revoir encore Le Vésuve enflammé sortant du sein des eaux ; Je veux de ses hauteurs voir se lever l'aurore ; Je veux, guidant les pas de celle que j'adore, Redescendre en rêvant de ces riants coteaux.
Suis-moi dans les détours de ce golfe tranquille; Retournons sur ces bords à nos pas si connus, Aux jardins de Cynthie, au tombeau de Virgile, Près des débris épars du temple de Vénus :
Là, sous les orangers, sous la vigne fleurie Dont le pampre flexible au myrte se marie Et tresse sur ta tête une voûte de fleurs, Au doux bruit de la vague ou du vent qui murmure, Seuls avec notre amour, seuls avec la nature, La vie et la lumière auront plus de douceurs.
De mes jours pâlissants le flambeau se consume,
Il s'éteint par degrés au souffle du malheur,
du s'il jette parfois une faible lueur,
C'est quand ton souvenir dans mon sein le rallume.
Je ne sais si les dieux me permettront enfin
D'achever ici-bas ma pénible journée :
Mon horizon se borne, et mon œil incertain
Ose l'étendre à peine au delà d'une année.
Mais s'il faut périr au matin, S'il faut, sur une terre au bonheur destinée.
Laisser échapper de ma main
Cette coupe que le destin Semblait avoir pour moi de roses couronnée, Je ne demande aux dieux que de guider mes pas Jusqu'aux bords qu'embellit ta mémoire chérie, De saluer de loin ces fortunés climats, Et de mourir aux lieux où j'ai goûté la vie !
Lisez Graziella^ dans les Confidences. C'est la clef de ces vers.
J'avais vingt ans; j'avais quitte' Naples et la maison du pêcheur ; j'avais laissé sur le bord de cette mer la jeune fille que j'aimais. J'ignorais encore qu'elle fût morte de mon absence. J'étais à Paris, dans la dissipation et dans le jeu. Je me promenais un jour, seul, dans le jardin désert du Luxembourg, le long de ce petit mur à hauteur d'appui qui séparait ce jardin du terrain alors inculte des Chartreux. Je m'accoudai sur ce mur. Je cherchais des yeux la mer de Naples, du cœur l'image de Graziella. J'avais le