‹ Nouvelle méditations poétiques: avec commentairesChapitre 33 sur 74 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Ainsi vont se flétrir dans leurs travaux divers Ces générations que le temps sème et cueille.

Ils luttaient contre lui, mais le temps a vaincu : Comme un fleuve engloutit le sable de ses rives, Je l'ai vu dévorer leurs ombres fugitives.

Ils sont nés, ils sont morts : Seigneur, ont-ils vécu?

Pour moi, je chanterai le Maître que j'adore, Dans le bruit des cités, dans la paix des déserts Couché sur le rivage, ou flottant sur les mers, Au déclin du soleil, au réveil de l'aurore.

La terre m'a crié : « Qui donc est le Seigneur? » Celui dont l'âme immense est partout répandue. Celui dont un seul pas mesure l'étendue.

Celui dont le soleil emprunte sa splendeur,

Celui qui du néant a tiré la matière.

Celui qui sur le vide a fondé l'univers, Celui qui sans rivage a renfermé les mers, Celui qui d'un regard a lancé la lumière,

Celui qui ne connaît ni jour ni lendemain, Celui qui de tout temps de soi-même s'enfante, Qui vit dans l'avenir comme à l'heure présente, Et rappelle les temps échappés de sa main :

C'est lui, c'est le Seigneur!... Que ma langue redise Les cent noms de sa gloire aux enfants des mortels :

uo MÉDITATIONS POÉTIQUES

Comme la harpe d'or pendue à ses autels,

Je chanterai pour lui jusqu'à ce qu'il me brise.

Cest encore et toujours le même cri d*adoratioii jaillissaut en vers du cœur de l'homme. U s'en est ëcbappë de pareils de ma poitrine presque à chacune de mes respirations. Ils n'ont pas été notés, voilà tout. Ce sentiment naturel, constant, passionné, de la présence, de la grandeur, de l'ubiquité de Dieu, est la basse fondamentale de cet instrument que la nature, en me formant, à mis dans ma poitrine ; harpe ou âme, c'est la même chose. Ce sentiment, cet hymne perpétuel qui chante involontairement en moi, ne m'a pas rendu plus vertueux. La vertu est un effort, et je n'aime pas l'effort ; mais il m'a rendu plus adorateur. Adorer, selon moi, c'est vivre. Au fond, je ne crois pas que l'homme ait été créé pour autre chose. L'adoration est le retour de l'âme à son centre divin; c'est la gravitation morale, c'est l'univers intellectuel.

Si Dieu me garde des jours libres et sereins au coucher de mon soleil, je les emploierai à chercher dans la nature de plus sublimes notes pour contenir son nom.

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