CAUTÉRISATION
X. A. Cette dernière, la cautérisation, est à peine mentionnée par la plupart des écrivains , et à peu près complètement oubliée au lit du malade. Cependant, puisque le professeur Velpeau a exprimé sa surprise et ses regrets à l’occasion de cet abandon (1) , nous devons, par respect pour l’autorité de ce savant confrère, légitimer en peu de mots l’opinion qui a généralement prévalu.
Cette méthode peut être qualiGée d 'insuffisante ou d'éminemment périlleuse. Elle est insuffisante quand la cautérisation est légère, superücielle , quand l’agent caustique a peu d’énergie, car il ne suffit pas ici de modifier la vitalité des tissus. Cette provocation à un simple changement dans l’action moléculaire organique n’atteint pas le but lorsque l’altération est portée au point d’exiger notre intervention ; tout au plus est-elle utile dans ces rétrécissements spasmodiques du rectum , qui suivent des phlegmasies imparfaitement résolues , et que MM.
(1) Méd. opérât. T. III, p. 990.
Roche et Sanson disent se produire aussi dans certaines névroses (1). Mais, d’autre part, si l’on veut réaliser par la cautérisation tous les changements locaux, matériels qui sont désirables , l’opération n’est-elle pas accompagnée des plus grands dangers? Quel procédé assez ingénieux pourra jamais nous permettre de porter un agent destructeur dans la cavité intestinale , quelquefois à une assez grande hauteur, et de limiter exactement son action en profondeur et en surface, de manière à respecter les tissus qu’il importe de ménager? Considérons combien l’application de cette méthode a été justement réduite dans le traitement des coarctations uréthrales. Ici cependant tout lui est relativement plus favorable : simplicité de la manœuvre , connaissance précise de la forme et de la situation des organes , éloignement des régions dangereuses; tous ces privilèges que rend plus manifestes l’analogie des lésions, ne lui ont pourtant pas conservé la faveur avec laquelle elle fut accueillie ; ses rares partisans s’évertuent encore à perfectionner son appareil instrumental dans le but illusoire de remédier aux vices qui lui sont propres , et il leur serait peut-être plus utile d’éclaircir la question préalable de sa valeur absolue.
Ainsi, la méthode de la cautérisation ne peut se justifier des graves reproches qui l’ont fait exclure. Dans
(1) Eléments de pathol. T. V, p. 152.
l’espèce , on ne peut ni prévoir ni arrêter ses effets , et de plus elle est à la merci de circonstances tout-à-fait contingentes , telles que l’humidité ou la sécheresse des membranes , leur plus ou moins de dureté, l’amincissement ou la dilatation des tissus, leur position anormale, l’activitévariableetindéterminéede l’agent caustique, etc., circonstances qui ajoutent à l’incertitude des résultats. La cautérisation n’est donc pas une ressource chirurgicale que l’on puisse généralement invoquer dans le traitement des rétrécissements du rectum.