‹ Nouvelle méthode opératoire pour la cure des rétrécissements du rectum. Application de cette méthode dans divers cas de lésions organiques des autres cavités naturelles du corps humainChapitre 4 sur 7 · DILATATION · texte numérisé non relu

DILATATION

XXI. C . S’il suffisait pour donner une grande valeur à une méthode opératoire qu’elle comptât un nombre considérable d’applications , celle-ci devrait , sans nul doute, inspirer la confiance la plus entière. Par la quantité de faits qui s’y rapportent , elle semble devoir attirer nos suffrages. Toutefois, une statistique ainsi dressée serait inintelligente et nous entraînerait dans une fausse voie. Avant de donner notre approbation , il faut rechercher si une méthode a pris de l’extension , s’est vulgarisée à cause des succès réels qu’elle obtient , ou bien à cause de la facilité et du peu de danger de son application , ou enfin à cause des inconvénients et de la difficulté inhérents à toutes les autres.

La dilatation est le moyen qui doit naturellement s’offrir le premier dans l’esprit du chirurgien , en présence d’un conduit rétréci. Lorsque l’antagonisme entre le mal et le remède est aussi clairement saisissable , on ne peut qu’être entraîné par le désir de le mettre en jeu. La séduction est d’autant plus grande, qu’ici le moyen employé est facile, non sanglant, susceptible d’être gradué dans son énergie , d’être supprimé complètement si les circonstances l’exigent , repris en temps

opportun , et enfin abandonné et remplacé par quelque

autre lorsque son usage devient manifestement infructueux. C’est par ces motifs que les prémices de tout traitement des coarctations du rectum appartiennent à la dilatation. Nous verrons bientôt quelles limites il est juste d’imposer à son influence.

XXII. La dilatation est une compression exercée sur la face interne du canal rétréci. Or, l’observation clinique nous a permis de préciser les effets de la compression sur les tissus vivants. Nous savons qu’appliqué avec méthode et discernement , ce moyen favorise la résorption des fluides épanchés dans la trame des organes , provoque la résolution d’engorgements chroniques , de tumeurs inflammatoires à marche lente; en conséquence, il est rationnellement indiqué lorsque la voie intestinale est obstruée par quelque obstacle de cette nature. Aussi , quand une phlegmasie , perpétuée par les nombreuses causes d’irritation qui se rencontrent dans la région pelvienne , a fait naître un épaississement anormal et excessif des parois rectales , une hypertrophie partielle sans dégénérescence, quelque tuméfaction adhérente ou contiguë, et qui accuse une stase de fluides , soit dans l’épaisseur de l’intestin , soit dans le tissu cellulaire ou les organes ambiants ; dans tous ces cas la compression doit être préférée , et l’on est en droit d’espérer une réussite.

Mais ce moyen n’a plus les mêmes chances de succès

lorsque le désordre a porté sur la trame propre aux tissus , lorsque cette trame est altérée et a perdu ses qualités organiques primitives. Nous avons vu qu’au niveau de la plupart des rétrécissements , les tissus musculaire , cellulaire et muqueux , revêtaient la nature fibreuse et cartilagineuse. Ce ne sont plus des fluides surabondants qu’il faudrait expulser et faire rentrer dans la circulation générale ; c’est un tissu nouveau dont il faudrait vaincre et transformer les qualités physiques. Or, remarquez qu’il y aurait une grande erreur à ne considérer dans la compression qu’un moyen physique. C’est essentiellement aux propriétés vitales des tissus que s’adresse cet agent curateur. Il active l’absorption , il détourne les fluxions. Ses effets mécaniques , toujours temporaires, ne sont en quelque sorte qu’un intermédiaire pour arriver aux effets vitaux. Mais dans la grande majorité des rétrécissements du rectum il faut attaquer la fibre elle-même qui a subi l’altération , il faut produire soi-même le changement matériel , et le produire de manière à ce qu’il soit permanent; alors la compression ne remplit pas le but, et le contrôle des faits sert à nous en donner la preuve.

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