LES MUSES ACCOURANT VERS APOLLON
Par Antoine Bourdelle.
(Fronton du Theatre des Champs-Elysées.)
ARES
deux parts une rage également funeste et accroît les gémissements des guerriers. » Elle a pour attribut une torche enflammée et c’est de là sans doute que vient notre expression « brandon de discorde ». Quant aux Kères, qu’ Apollonius de Rhodes appelle « les chiennes rapides de l’Hadès
qui, du milieu des brouillards où elles tourbillonnent, s’élancent sur les vivants » c’étaient des démons redoutés de tous, toujours à l’affût et auxquelles aucun mortel ne pouvait échapper. Elles parcouraient les champs de bataille avec les vautours, exerçant de tous côtés leurs ravages. Leur rôle s’est d’ailleurs peu à peu étendu, jusqu’à se confondre sous certains rapports avec celui des Moiraï ou Parques. Chaque homme, disait-on, avait sa Kère qui ne le quittait pas depuis sa naissance jusqu’à sa mort et assistait à toutes ses actions. Dans T Iliade, nous voyons Zeus plaçant dans des balances d’or les Kères des deux armées troyennes et grecques. Il « les soulève en tenant le milieu. Aussitôt le jour fatal des Argiens l’emporte; leur sort s’arrête à la terre féconde; celui des Troyens s’élève jusqu’au vaste ciel ». De même, lorsqu’ Achille et Hector vont en venir aux mains dans le combat qui se terminera par la mort du héros troyen, Zeus pèse leurs Kères.
« Le jour fatal d’Hector l’emporte et descend jusque chez Hadès. »
Le principal attribut d’Arès était la lance. Il faut y ajouter la torche allumée que, chez les Spartiates, deux prêtres marchant en tête de l’armée allaient lancer dans les rangs ennemis, donnant ainsi le signal du combat. Parmi les animaux consacrés au dieu de la guerre, il faut citer avant tout les vautours, hôtes ordinaires des
champs de bataille, et les chiens. On racontait que dans la lutte contre Typhœus, Arès ayant pris la fuite s’était métamorphosé en chien. Cet animal était d’ailleurs sacrifié sur les autels du dieu, particulièrement à Sparte, tandis qu’ailleurs on immolait des taureaux, des ânes, des coqs. Certains
Ares tirant l'epee du fourreau.
Statuette du Musee de Vienne.
auteurs font même allusion à des sacrifices humains, mais nous ne possédons pas de données précises sur ce sujet.
La représentation figurée du dieu de la guerre n’a que rarement tenté le ciseau ou le pinceau
des artistes grecs. Les quelques spécimens, statues, bas-reliefs, vases peints que nous possédons, permettent d’ailleurs de constater une transformation très curieuse du type d’Arès dans l’art hellénique. Au début, il apparaît avec tout l’attirail du guerrier. A partir du y siècle, au contraire, le dieu est représenté sous les traits d’un homme jeune et beau, dont la figure décèle plutôt la passion de l’amour que celle de l’action violente et brutale. Une des frises du Parthénon nous montre un Arès imberbe, nonchalamment assis et, n’était la lance appuyée contre le siège, rien ne rappelerait qu’on se trouve en face du dieu de la guerre. On a également émis l’hypothèse que la statue du musée du Louvre, connue d abord sous le nom d’Achille Borghèse était une réplique de l’Arès d’Alcamène dont aucun auteur ancien, nenousa laissé de description détaillée. L’habitude s’introduisit ensuite de représenter le dieu de la guerre en marche, la chlamyde rejetée sur l’épaule gauche, une Victoire dans la main droite. Le dieu est nu tête et presque imberbe.
On suppose que c’est de la seconde moitié du IV1 siècle que date l’original de la statue dont l’Arès Ludovisi serait une imitation.
C’est à Scopas qu’on attribue cette œuvre magistrale, que les Romains transportèrent chez eux pour la placer dans le temple du dieu de la Ares et Aphrodite.
Florence. (Clarac, Musee.)
guerre. Ici, le dieu semble regarder au loin, tandis qu’un petit Eros
joue à ses pieds. Enfin, c’est à l’influence de Lysippe qu’il faudrait attribuer un certain nombre de statues et de bronzes où le dieu de la guerre est représenté tantôt appuyé sur sa lance, tantôt la main sur son glaive qu’il tire du fourreau ou qu’il y remet.
Ares Ludovisi.
Aphrodite reçue par les Heures. Dossier du trône Ludovisi. Rome.