PRINCIPAUX LIEUX DE CULTE
autre version, cette fondation serait due à Agapénor, l’un des prétendants à la main d’Hélène qui, au cours de la traversée, fut jeté sur les côtes de Chypre où il s’établit définitivement.
Quelque soit le fondateur du sanctuaire de Paphos, celui-ci avait acquis dans l’antiquité une grande célébrité. La grande panégyrîs de Paphos rassemblait chaque année tous les habitants de l’île de Chypre, femmes et hommes. En une longue procession, ils allaient jusqu à Palaipaphos, à dix
Hermaphrodite. Sculpture antique. (Phot Alinari, Florence.)
kilomètres environ de là. On y célébrait un genre de mystères au sujet desquels nous ne possédons pas d’indications précises, mais au cours desquels nous savons que chaque invité recevait un phallus et du sel. On sait aussi qu’à Paphos, les jeunes filles, avant leur mariage, devaient sacrifier leur virginité dans le temple de la déesse et à son profit ; on prétend même que chaque femme devait, au moins une fois dans sa vie, s’être abandonnée au premier venu dans le sanctuaire d’Aphrodite.
11 y avait également des temples de la déesse dans d’autres villes de l’île de Chypre, en particulier à Salamine et à Amathonte. Dans cette dernière ville se pratiquait tous les ans, à une date déterminée, auprès du tombeau d’Aphrodite- Ariane, une curieuse cérémonie dont le sens n’a pas été
LA CHASSE D'ARTEMIS (Phot. Alinari, Florence.)
du Dominiquin. Rome, Galerie de la Villa Borghèse.
APHRODITE
expliqué d’une façon très précise jusqu’ici : un jeune homme simulait tous les gestes d’une femme en couches.
Enfin, c’est dans l’ île de Chypre que, d’après la tradition, Aphrodite s’était réfugiée pour échapper au ridicule dont elle s’était couverte dans son aventure avec Arès (v. p. 172). Elle s’e tait soigneusement cachée, et c’est en vain que tous les dieux s’étaient mis à sa recherche. Une vieille femme dénonça sa cachette. Pour l’en punir, la déesse la métamorphosa en une colonne de pierre qu’on montrait encore à une certaine époque.
Le sanctuaire d’Aphrodite à Paphos possédait un oracle. Les devins y prédisaient l’avenir d’après 1 inspection des entrailles des victimes. Tacite qui nous raconte la consultation que vint demander Titus en passant dans l’île de Chypre, nous donne à ce sujet quelques détails assez obscurs.
Selon lui, il était défendu d’ensanglanter les autels de la déesse, ce qui paraît peu compréhensible si l’on songe que c’était dans les entrailles des victimes que les prêtres lisaient l’avenir. Ces victimes devaient toujours être des animaux mâles, de préférence des chevreaux.
D’aprèsM. Bouché- Leclerq, Tacite veut sans doute dire que les animaux servaient simplement de sujets d’expérience et n’étaient pas immolés comme victimes.
Sur toute la côte de l’ Asie-Mineure, Aphrodite était vénérée dans des sanctuaires dont quelques-uns étaient très réputés dans l'antiquité et dont chacun avait en général sa légende. A Cnide par exemple, où se trouvait la célèbre statue d’Aphrodite par Praxitèle, on avait consacré à la déesse un poisson, l’echéneide. Sa tête, munie d’un disque aplati, lui permettait non seulement de s’attacher fortement aux corps étrangers, mais même d’arrêter les navires. C’est ce qui était arrivé à un certain Periandre qui passait devant Cnide avec un navire sur lequel il transportait à Corinthe de jeunes garçons qui devaient y subir l’opération de la castration.
Près d’Halicarnasse, sur l’emplacement de la source Salmakis dont il sera question plus loin à propos de l'hermaproditisme, s'élevait un temple consacré à la fois à Aphrodite et à Hermès.
fôgUMD S
Eros monte sur un cygne.
(Lenormant et de Witte, Elite cér cartographique.)
•il.
Le culte d Aphrodite se retrouve également dans les principales îles qui parsèment la mer entre les côtes de 1 Asie-Mineure et celles de la Grèce proprement dite : à Rhodes, à Samos, à Mélos (où l’on a découvert la célèbre statue connue sous le nom de Venus de Milo), à Naxos, à Paros, à Kéos, à Lesbos, à Lemnos, à Samothrace. La Crète possédait plusieurs sanctuaires d’Aphrodite et à Cythère s élevait celui qui d après Pausanias était le plus ancien et le plus vénéré de toute l’HelIade.
Aphrodite ou Psyché et Eros.
(Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
LES Dans la partie septentrionale de la Grèce, en Thessalie, le culte d’Aphrodite
remontait à une très haute antiquité. La déesse, disait-on, était née dans ce pays.
D’APHRODITE
DANS LA GRÈCE avait pour père Aphraios, fils de Kronos, et pour mère Astynomé. Son lieu
PROPREMENT de naissance aurait été l’île de Lakereia. A Tricca, on vénérait une Aphrodite àodpotpouoS (tueuse d’hommes) et on expliquait cette épithète en disant que les femmes de la ville avaient lapidé dans le sanctuaire la fameuse courtisane Laïs parce qu’elle avait su se faire aimer par Hippolochos. D’autres légendes nous montrent Aphrodite vénérée à Pharsale, et dans différentes localités thessahennes.
APHRODITE
En Béotie, la ville de Thèbes était particulièrement importante pour le culte d’Aphrodite. La déesse y passait pour avoir été l’épouse légitime d’Arès, union dont naquit Harmonia. On sait que celle-ci épousa Cadmos et que toutes les familles nobles de la cité prétendaient descendre de ce couple. Harmonia avait, disait-on, consacré trois statues en bois à Aphrodite, Ourama, Pandemos, Apostrophia. On célébrait, en l’honneur de la déesse, des fêtes où les femmes nobles se déguisaient en hommes. L’emploi du lierre, symbole de l’attachement, était interdit dans le culte de l’Aphrodite
La double Aphrodite et Eros. Collection Hamilton, (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
thébaine. A une époque plus récente, les Thébains ne rougirent pas de consacrer un temple à la maîtresse de Demetrius Poliorcète, sous l’appellation d’Aphrodite. A Orchomène s’élevait un temple d’Aphrodite Argynnis, consacré à la déesse par Agamemnon, en commémoration d’un fait qui n’est pas à l’honneur du roi d’Argos. Argynnis, racontait la légende, était un jeune homme d’une grande beauté et d’une blancheur de peau exceptionnelle. Un jour qu’il se baignait dans le Céphise, Agamemnon l’aperçut. II voulut immédiatement se livrer sur lui à de honteuses pratiques, mais le jeune homme s’enfuit et, sur le point d’être atteint, se jeta dans les eaux du fleuve où il se noya. Agamemnon recueillit son corps, l’enterra et éleva un temple à Aphrodite Argynnis.
Nous possédons plusieurs légendes relatives à l’introduction du culte d’Aphrodite en Attique. Suivant l’une de ces versions, ce serait Egée, roi mythique d’Athènes, qui fonda dans cette ville le
premier temple de la déesse. Ses deux premières femmes, Meta et Chalciope ne lui avaient pas donné d’enfants. Attribuant cette stérilité à la colère d’Aphrodite, Egée va consulter l’oracle de Delph es. La réponse de la Pythie lui paraît incompréhensible. En passant à Trézène, il demande à Pitheus, le fils de Pelops, de lui expliquer le sens de l’oracle. Pitheus enivre son hôte, puis lui fait partager la couche de sa fille Aithra, qui la même nuit avait déjà reçu la visite de Poséidon. Aithra donna naissance à Thésée dont il sera plus longuement parlé dans une autre partie de cet ouvrage.
D’après une autre légende, ce serait Thésée qui aurait introduit à Athènes le culte d’Aphrodite
Pandemos. D’autre part, avant de s’embarquer pour la Crète, le célèbre héros alla consulter l’oracle de Delphes qui lui conseilla de se placer sous la protection d’Aphrodite. Sur le rivage même de la mer, Thésée sacrifia une chèvre à la déesse, mais, ô prodige, cette chèvre fut sur l’autel même, changée en bouc. Aussi les Athéniens invoquaient-ils la déesse sous le nom d Aphrodite au bouc. « Sur la margelle de l’enceinte, dans le sanctuaire d Aphrodite Ourama, dit Pausanias, est une statue d’Aphrodite Pandemos; la déesse est assise sur un bouc. »
On a rattaché au culte de la déesse une cérémonie de la fête des Arréphories dont il a déjà été question dans notre chapitre sur Athéna (p. 86). Des jeunes filles étaient chargées de porter, en suivant un passage secret, des offrandes à l’Aphrodite des jardins. En revenant, elles rapportaient un objet dont il a été jusqu’ici impossible de déterminer la nature et qui probablement avait un caractère obscène. Sur l’Hymette se trouvait un sanctuaire de la déesse avec une source dont l’eau passait pour guérir de la stérilité et de l’impuissance. Enfin, au cap Kôlias, les femmes venaient implorer Aphrodite de leur accorder de nombreux enfants. Le temple de la déesse qui s’élevait en cet endroit avait été fondé, d’après la légende, par un jeune Athénien qui, capturé par des pirates, fut délivré par la fille même du chef de l’expédition, tombée amoureuse de I ui à l’instigation d’Aphrodite.
A Mégare on célébrait en l’honneur de la déesse les fêtes des Hybritiska au cours desquelles les femmes se travestissaient en hommes, et les hommes en femmes. Cette cérémonie commémorait, croit-on, un fait historique. Tous les hommes de la cité ayant été exterminés, les femmes prirent les
armes et ayant à leur tête Télésilla, repoussèrent l’ennemi. Nulle part le culte d’Aphrodite n’était plus florissant qu’à Corinthe. 11 avait là un caractère spécial que nous retrouverons en d’autres endroits, comme au mont Eryx, en Sicile. Dans le bois de cyprès du Kraneion, plus de deux mille hétaïres faisaient commerce de leurs charmes avec des étrangers. L’argent qu’elles gagnaient ainsi était consacré à l’entretien du culte et le surplus rentrait dans les caisses publiques.
Le temple d’Aphrodite à Sicyone renfermait une statue chryséléphantine de la déesse par Canachos. Elle était assise, tenant dans les mains une pomme et un pavot. L’accès du sanctuaire n’était permis qu’à des prêtresses ayant fait vœu de chasteté, ce qui paraît étrange, si l’on songe à ce qui se passait dans les autres temples de la déesse.
Les Spartiates vénéraient dans le même temple une Aphrodite armée et une Aphrodite Morphè,
ainsi appelée parce qu elle avait la tête couverte d un voile et des fers aux pieds. C’était Tyndare, disait-on, qui avait ainsi affublé cette statue, pour se venger de 1 inconduite de sa fille Hélène, victime des passions déchaînées par Aphrodite. Suivant d’autres auteurs, Tyndare voulait par là mettre les jeunes filles en garde contre de fâcheux entraînements.
A Olympie se trouvait la fameuse statue d’Aphrodite par Phidias. La déesse était représentée le pied posé sur une tortue, symbole des vertus domestiques. Naupacte avait une grotte où les veuves désireuses de se remarier venaient honorer Aphrodite.
En Sicile, Aphrodite possédait plusieurs sanctuaires, dont le principal était celui qui se dressait sur le mont Eryx. La, sur un autel dressé en plein air, où le feu ne s’éteignait jamais, sans cependant laisser de cendres, on sacrifiait à la déesse des moutons, des chèvres, des boucs et ces animaux se rendaient, disait-on, d eux-mêmes à 1 endroit où ils devaient être immolés. Des colombes blanches s envolaient, d apres ce que I on racontait, chaque année vers la Libye, en compagnie de la déesse. Elles en revenaient neuf jours après, et leur retour annonçait celui d’Aphrodite elle-même. Comme
à Corinthe, il y avait sur le mont Eryx un grand nombre d’hétaïres. Grâce à elles, le temple de la déesse renfermait de grands trésors, produit des offrandes des indigènes aussi bien que des étrangers.
On trouvait également le culte d’Aphrodite dans les villes les plus importantes de la Grande Grèce, comme à Naples et à Tarente. Strabon cite même un temple d’Aphrodite Pyrenaia, sur les frontières de l’Ibérie et de la Narbonaise, et qui probablement avait été élevé par des Phocéens.
L’HERMAPHRODITISME. Sous le nom d’ Hermaphrodite apparaît, dans la mythologie grecque, un personnage de forme double, réunissant en lui les deux sexes. C’était une importation orientale,
venue en Grèce par l’intermédiaire de l’ile de Chypre. II semble bien établi qu’à côté de la déesse de l’amour, les Chypriotes honoraient un dieu mâle, Aphroditos, barbu, pourvu d’un phallus, mais avec des vêtements féminins. Pendant les cérémonies célébrées en l’honneur de cette divinité, les femmes s’habillaient en hommes et ceux-ci en femmes, usage qui n’était pas inconnu en Grèce, comme on l’a vu plus haut. Mais, le culte de ce dieu mâle ne fut jamais populaire chez les Hellènes. D’assez bonne heure on lui substitua une conception nouvelle, celle
d’une divinité androgyne, dont on expli-
quait la formation par une gracieuse légende.
De l’union d’Aphrodite et d’Hermès était né un fils qui, dit Ovide. « fut nourri par les Naïades
dans les antres du mont Ida. Il était facile de reconnaître à ses traits les auteurs de ses jours : aussi
lui donnèrent-ils son nom ». Dans ses courses il arrive en Carie, au bord d’un lac « dont le cristal laissait voir le fond des eaux ». C’était le domaine d’une nymphe, la belle Salmacis. La vue du jeune étranger éveille en elle une irrésistible passion. « Avant de l’aborder, malgré sa vive impatience, elle ajuste avec art sa parure, parcourt des yeux les plis de sa robe ; elle peut enfin paraître belle. » Alors elle s’avance : « Enfant, lui dit-elle, lu mérites d’être pris pour un dieu... Heureuse, mille fois plus que toutes les autres, celle qui est ta compagne ou pour qui tu daigneras allumer le flambeau de l’hymen ! Si tu l'as déjà choisie, qu’un doux larcin soit le prix de ma tendresse ; si ton choix n’est pas fait, puissé-je le fixer et partager avec toi la même couche ». Mais le jeune homme résiste. La nymphe feint de s’éloigner. Hermaphrodite, se croyant seul, se dépouille de ses vêtements et se plonge dans la source dont les eaux l’attirent. « Salmacis tombe en extase. La vue de tant de
Eros monte sur un jeune cerf. Aryballe athénien. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
charmes allume dans son âme de brûlants désirs. Ses yeux etincellent, semblables aux rayons éclatants que reflète une glace exposée au soleil. A peine peut-elle se contenir, à peine peut-elle différer son bonheur; déjà elle brûle de voler dans ses bras, déjà elle ne maîtrise plus ses désirs ». S élançant dans l’eau à la suite d’ Hermaphrodite, « elle le saisit malgré sa résistance, lui ravit des baisers qu il dispute, enlace ses bras dans les siens, presse sa poitrine rebelle et peu à peu 1 enveloppe tout entier » . La résistance d’Hermaphrodite ne faiblit pas. Alors la nymphe « le presse de tous ses membres, et s’attachant à lui par la plus vive étreinte : Tu te débats en vain, cruel, s écrie-t-elle ! Tu ne
m’échapperas pas. Dieu, ordonnez que jamais rien ne puisse le séparer de moi, ni me séparer de lui » . Les dieux ont exaucé sa prière ; leurs deux corps réunis n’en forment plus qu’un seul : comme on voit deux rameaux attachés l’un à l’autre croître sous la même écorce, et grandir ensemble, ainsi la nymphe et le berger étroitement unis par leurs embrassements ne sont plus deux corps distincts : sous une double forme ils ne sont plus ni homme, ni femme ; ils semblent n’avoir aucun sexe et les avoir tous les deux. Voyant qu’au sein des eaux où il est descendu homme, il est devenu à moitié femme et que ses membres ont perdu leur vigueur, Hermaphrodite lève les mains au ciel et s’écrie d’une voix qui n’a plus rien de mâle : « Accordez une grâce à « votre fils qui tire son nom de vous, ô mon père, ô ma mère ! Que tout homme après s’être baigné « dans cette onde n’ait plus, quand il en sortira, que la moitié de son sexe; puisse-t-elle, en le « touchant, détruire soudain sa vigueur ». Les auteurs de ses jours furent sensibles à ce vœu ; ils l’exaucèrent pour consoler leur fils de sa disgrâce et répandirent sur ces eaux une essence inconnue. »
Eros hermaphrodite monte sur un cerf.
Collection Hamilton.
(Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
APHRODITE Le personnage d’Eros occupe dans la mythologie grecque une place qu’il est
impossible de déterminer avec précision. D’après Hésiode c’était « le plus beau