HEPHAISTOS
Wa ES divinités dont il a été question dans les chapitres précédents ont toutes un côté majestueux et parfois séduisant. Il n’en va pas de même d’Héphaistos. Entaché de ridicule, celui-ci est comme l’enfant pauvre de la famille Olympienne. Sa mère le renie, sa femme le trompe et il n’est pas sûr que Zeus soit son père. Pourtant Héphaistos personnifie l’élément générateur par excellence de toute civilisation, le feu qui seul a permis aux hommes de sortir de la condition misérable où ils vivaient auparavant. L’anthropomorphisme grec nous montre Héphaistos domestiquant le feu et créant grâce à lui des merveilles comme ces trépieds qui « se rendent d’eux-mêmes à l’assemblée des dieux et reviennent d’eux-mêmes à leur place ». Mais, ce n’est pas sans peine que le divin forgeron, comme on l’appelle, obtient d’aussi remarquables résultats. Véritable ouvrier, il n’échappe pas à la fatigue physique, et si grâce à cela, il n’en est que plus populaire parmi certaines corporations, son prestige comme divinité ne s’en trouve pas rehaussé.
NAISSANCE Dans le chapitre consacré à Hera, nous avons déjà parlé des légendes
D HEPHAISTOS. relatives à la naissance d’Héphaistos. Celui-ci est généralement considéré comme le fils légitime du principal couple de l’Olympe, mais d’après certains auteurs serait né des relations de Zeus et d’Hera avant leur mariage. Suivant une autre version, Héphaistos n’avait pas de père. Hera l’avait engendré à elle seule, « sans commerce charnel » , pour faire pièce à la naissance d’Athéna dans laquelle Zeus était seul intervenu. Mais si l’apparition de la fille chérie du roi des dieux fut saluée de cris de joie dans l’Olympe, tout autre fut le sort d’Héphaistos. Hera elle-même dit dans l’hymne homérique à Apollon : « Seul parmi les immortels, mon fils Héphaistos est infirme et a les pieds tournés, car dès que je lui eus donné le jour, l’ayant saisi de mes mains, je le précipitai et le
. fie JZuïeéronTie •
Les forges d’Hephaistos. Vase sicilien.
(Lenormant et de Witte. Elite céramographique.)
jetai dans la vaste mer; mais la fille de Nérée, Téthys aux pieds d’argent, le recueillit et avec toutes ses sœurs l’éleva. » Dans l’Iliade, Héphaistos confirme ce fait en parlant de Téthys : « C’est elle qui m’a sauvé, lorsque tombé de haut, les douleurs m’étaient venues par la volonté de mon impudente mère qui désirait cacher ma difformité! J’aurais enduré des maux infinis si Téthys, si Eurynomé, filles de l’Océan aux longs reflux, ne m’eussent reçu dans leur sein. »
La conduite d’Héphaistos envers sa mère nous apparaît sous deux aspects différents. Tantôt, comme on vient de le voir, il lui prête son secours et dans un autre passage de l 'Iliade nous voyons encore Hera invoquer son appui contre le fleuve Xanthe. « Hâte-toi, ô mon fils ; nous croyons que, pour combattre, l’impétueux Xanthe est ton égal ; vole défendre Achille, déploie beaucoup de flammes. Sur les rives du Xanthe, consume les arbres, pousse le feu même dans son sein; n écoute ni ses menaces, ni ses douces paroles ; n’arrête point ta fureur avant que, par un cri, je t annonce
RELATIONS
D’HÉPHAISTOS
AVEC
LES AUTRES DIVINITÉS
LES DIVINITES DU FEU
qu’il est temps d’éteindre la flamme infatigable. » Une autre légende nous montre par contre Héphaistos cherchant à se venger de sa mère. Un jour il lui apporte un présent merveilleux, produit de son industrie. C’est un siège où la déesse s’empresse de s’asseoir. Quand elle veut s’en lever, elle se sent retenue par des liens invisibles. En vain elle supplie son fils de mettre un terme à cette situation ridicule. Héphaistos s’éloigne après avoir déclaré, suivant un auteur ancien, qu’il ne reviendra que
Héphaistos et Tethys,
(Gerhard, Griechische und etruskische Trinkschalen.)
lorsqu’ Hera se sera décidée à lui révéler le secret de sa naissance en lui disant le nom de ses parents. Tous les Olympiens prennent parti pour l’épouse de Zeus. Arès veut employer la force pour obliger Héphaistos à délivrer sa mère. Le dieu du feu le met en fuite à coups de tison. Dionysos est plus heureux. Il réussit à enivrer Héphaistos et à le ramener dans l’Olympe. Mais Héphaistos exige une récompense. Zeus promet de lui donner ce qu’il demandera. Suivant une légende, le dieu du feu, malgré sa difformité, demande la main de la plus belle des déesses, d’Aphrodite. Une autre version nous raconte que Poséidon, qui n’aimait pas Athéna, conseilla à Héphaistos de demander la fille de Zeus en mariage. Fidèle à sa promesse, le roi des dieux consentit à cette union. Lorsqu’Héphaistos
se rendit dans la chambre nuptiale, Athéna qui s’était armée pour l’attendre se défendit avec succès. Un autre auteur dit qu’au moment où le dieu boiteux s’apprêtait à « rendre le devoir conjugal » à la plus sage des déesses, celle-ci disparut. On verra plus loin que ce n’est pas là la seule légende relative aux rapports intimes qui auraient existé entre Athéna et Héphaistos.
Vis-à-vis de Zeus, Héphaistos, sauf lors de son intervention en faveur d’Hera, se conduit toujours en fils respectueux et soumis. Dans la lutte contre les Géants, il lance contre ceux-ci des tisons embrasés. On disait aussi que l’égide du roi des dieux était l’œuvre d’ Héphaistos. Celui-ci obéit à son père, même quand il lui inflige des besognes qui lui répugnent, comme par exemple quand il s agit d’enchaîner le malheureux Prométhée sur son rocher. Enfin, lorsque le maître de l’Olympe, irrité contre son épouse, jette l’effroi parmi les dieux assemblés, c’est Héphaistos qui cherche, par de sages paroles, à consoler sa mère en lui prêchant la résignation, comme nous le voyons à la fin du
premier chant de l’Iliade.
« Tous les dieux, habitants du ciel, gémirent dans le palais de Zeus. Mais Héphaistos, l’illustre artisan, prit le premier la parole pour consoler sa mère chérie, Hera aux bras blancs. « Ah! certes, des maux affreux, intolérables, « vont éclore si, pour des mortels, vous vous « querellez ainsi tous deux et jetez le désordre « parmi les dieux ; les meilleurs festins seront « sans charme, puisque la discorde triomphe. « Or, je conseille à ma mère, quel que sage « qu elle soit par elle-même, de se montrer soumise à Zeus, mon père chéri, de peur qu’il ne se « mette encore en colère et ne trouble notre festin. Car le maître de l’Olympe, le dieu qui lance les « éclairs, pourrait, s’il le voulait, nous précipiter de nos sièges: il est de beaucoup le plus puissant « roi, ma mère : charme-le par de douces paroles et le maître de l’Olympe reprendra pour nous un
« visage serein. » A ces mots il s’élança et mit aux mains de sa mère une double coupe, en lui
disant : « Prends patience, ô ma mère, et résigne-toi, malgré ta douleur, pour que je ne te voie pas « frappée sous mes yeux, toi qui m’es si chère : alors tout désolé que je sois, je ne pourrai te
« secourir, car il est difficile de résister au maître de l’Olympe : une autre fois que j’ai voulu te
« défendre il me saisit par le pied et me précipita des célestes parvis. Je roulai pendant tout le « jour et, au coucher du soleil, je tombai sans vie dans l’île de Lemnos où les Sintiens me « recueillirent aussitôt après ma chute. » Ainsi parla Héphaistos; et Hera, la déesse aux bras blancs, sourit et en souriant elle prit la coupe des mains de son fils. Lui, versait le vin aux autres dieux, en commençant par la droite, et puisait le doux nectar dans un cratère. Un rire inextinguible s’éleva parmi les dieux bienheureux quand ils virent Héphaistos aller et venir dans le céleste palais. »