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CORINTHE ET LES JEUX ISTHMIQUES

Tete de Poséidon du Latran, vue de face. (Overbeck, yltlas der Kunstmythologie.)

La région de l’isthme de Corinthe a vu se déveloper une riche floraison de mythes posidoniens. On a déjà vu comment elle fut partagée entre Helios et Poséidon. Le premier eut l’Ac o-Corinthe, le second I isthme même. D’après une légende, ce serait à la suite de ce partage que les dieux eux-mêmes auraient institué les jeux isthmiques, non moins réputés que les autres grandes fêtes panhelléniques célébrées à Delphes, à Olympie et à Nemée. D’autres auteurs attribuent l’institution des jeux isthmiques à Poséidon lui-même qui les aurait fondés en l’honneur de Mélicerte, tandis que suivant des versions différentes l 'initiative de ces solennités reviendrait soit à Sisyphe, soit à 1 hésée. Ce dernier aurait sacrifié à Cenchrée le premier taureau à Poséidon et depuis cette époque les Athéniens avaient conservé la place d’honneur dans la célébration des jeux. D’après une inscription, la fondation des jeux isthmiques par Thésée remonterait à l’année 1259 avant Jésus-Christ. Une date beaucoup plus précise est celle à partir de laquelle, sur lord re de Pénandre, tyran de Corinthe et l’un des sept sages de la Grèce, le sacrifice offert tous les deux ans à Poséidon fut accompagné de jeux gymniques, hippiques et d’u.i concours musical. Cet évènement remonte à l’année 587 avant Jésus-Christ.

C’est près de la ville de Schœnos que se déroulaient ces fêtes. L emplacement qui leur était réservé occupait une « petite acropole irrégulière, s’allongeant du nord au sud sur une longueur de 210 mètres, adossée au nord à la grande muraille militaire qui barrait l’entrée de l’isthme. » Les concours gymniques et hippiques ressemblaient à ceux que nous avons décrits à propos des jeux Olympiques. Le vainqueur recevait une couronne de feuilles d’ache ou de branches de sapin, ce

DIVINITES DE EA MER ET DES EAUX

qui impliquait une idée de deuil. Nous ne possédons pas d’indications précises au sujet des concours musicaux, du moins avant l’époque romaine et nous ne sommes guère mieux informés en ce qui concerne les concours dramatiques. C’est à l’occasion des jeux isthmiques qu’en 1 96 avant Jésus-Christ Flamminus proclama la liberté de la Grèce.

Le temple de Poséidon autour duquel se célébraient les jeux était le principal sanctuaire du dieu. On y voyait sa statue ainsi que celles d’Amphitrite et d’autres divinités de la mer. De Corinthe le culte de Poséidon était passé en Sicile, où Syracuse avait été fondée, disait-on, au VIIIe siècle par Archias qui avait fui sa ville natale pour échapper à la colère du dieu. Une autre colonie de Corinthe, l'ile de Corcyre, avait pour éponyme une fille du fleuve Asopos séduite par Poséidon dont le culte était pratiqué par les Cocyréens. Il en était de même en Chalcidique, à Potidée. Pour n’avoir pas respecté le sanctuaire de Poséidon établi par les Corinthiens dans cette ville, les Perses virent leur flotte engloutie par la mer.

Le culte de Poséidon était très répandu dans tout le Péloponèse. Sur la côte de l’Achaïe on trouvait des sanctuaires du dieu à Patrae, près du cap Rhion, à Ægion, à Helikè, à Ægae, et dans l 'intérieur à Pellene. Le plus réputé de ces lieux de culte était Helikè. N ous avons déjà raconté comment cette ville, par 1 effet de la colère de Poséidon, disait-on, fut en 374 avant Jésus-Christ détruite par un tremblement de terre suivi d’un raz de marée.

Deux des iles du golfe Saromque, Calaurie et Egine étaient des centres du culte posidonien.

Dans l’ile de Calaurie que d’après la légende Poséidon avait reçue d’Apollon en échange de de Delphes, s’élevait un temple du dieu entouré d’un bois de sapins. C’est là que Démosthène vint s’empoisonner. A Egine, il y avait également un sanctuaire posidonien où l’on célébrait des fêtes qui duraient seize jours.

Nous avons déjà raconté la légende d’après laquelle Poséidon avait dû renoncer à la possession de l’Argolide en faveur d’Hera et comment il s’était vengé de cette défaite. Près de l’endroit où s’était déroulée l’aventure d’Amymone, à Genesion, un temple avait été consacré à Poséidon.

En Arcadie, c’est surtout le créateur du cheval qu’honoraient en Poséidon les populations de ce pays, dont la principale occupation était l’élevage. Plusieurs villes possédaient des sanctuaires posidomens, mais le plus réputé était celui de Mantinée. Ce temple avait été, d’après la tradition, construit par Agamedes et 1 rophomios à qui l’on devait le fameux sanctuaire d’Apollon à Delphes.

Tête du Poséidon du Musee Chiaramonti (Overbeck, Atlas Jer Kunstmythologie.)

Il n’avait pas de portes et était simplement fermé par un fil de laine rouge. Personne, en dehors du prêtre, ne devait pénétrer à l’intérieur où se trouvait une source salée. Un roi nommé Epytos coupa le fil et entra dans le temple. Aveuglé par un jet d’eau, il mourut peu de temps après.

En Laconie, Poséidon possédait, auprès du cap Ténare, un sanctuaire très ancien qui était un lieu d’asile, avec un collège de prêtres, probablement interprètes d’un oracle. Nous avons déjà parlé du Nymphaion situé près du cap Malée, avec sa source d’eau douce, et sa grotte devant laquelle s’élevait une statue de Poséidon. A Sparte même on trouvait plusieurs temples du dieu

de la mer.

En Elide, on trouve le culte de Poséidon à Elis et à Olympie. Dans cette dernière ville Heraklès avait consacré un autel au frère de Zeus qui était représenté avec Amphitrite sur le fameux trône du maître de l’Olympe.

Enfin, il y avait un sanctuaire de Poséidon dans un bois d’olivier, auprès du cap Samikon en Triphyl îe.

Les populations de marins et de pêcheurs des îles de la mer Egée ne pouvaient manquer d’être de

fervents adorateurs du dieu de la mer. Dans la grande île d’Eubée, Poséidon avait un très ancien sanctuaire à Ægaé et un autre près du cap Gerauston.

Nous avons déjà rapporté la légende d’après

laquelle l’ile de Delos, d’abord Ortygie, avait été submergée par Poséidon pour réapparaître ensuite. Le frère de Zeus y possédait un temple. Il en était de même dans les îles de Syros et de Tenos. En ce dernier endroit au milieu d’un bois, s’élevaient deux sanctuaires consacrés l’un à Poséidon, l'autre à Amphitrite, avec des statues colossales des deux divinités.

L’ile de Skyros, où disait-on, Thésée avait rendu le dernier soupir était un grand centre du culte posidonien.

Enfin, dans Pile de Naxos, Poséidon avait dû céder la place à Dionysos.

Sur la côte de l’Asie Mineure, les Grecs avaient fondé des temples de Poséidon dans leurs

principales villes, Halicarnasse, Mycale, Priène, Milet, Ephèse, Colophon. Le culte du dieu se

retrouve également dans les grandes îles avoisinantes de Chios et de Samos.

Enfin, les Hellènes avaient apporté la religion posidonienne dans leurs colonies de la Grande Grèce, principalement à Sybaris et à Tarente, ainsi qu’en Sicile où Poséidon possédait des sanctuaires à Syracuse et à Sélinonte.

Tête du Poséidon de Cherchel.

(Overbeck, Allas der Kunstmi^lhologie.)

DIVINITES DE EA MER ET DES EAUX

Avant l’installation à Delphes du célèbre oracle d’Apollon, Poséidon y avait, d’après la légende, prédit l’avenir par l’intermédiaire d’un devin nommé Pyrkos. D’autre part on faisait de lui le père de Delphos et de Parnassos, dont l’un avait inventé la divination par l’inspection des entrailles des victimes et l’autre celle basée sur le vol des oiseaux. II ne subsistait rien de ces institutions primitives et Delphes devint le domaine exclusif d’Apollon. Le seul oracle de Poséidon dont on trouve mention dans les auteurs anciens est celui d Oncheste en Béotie où se trouvait un bois consacré au dieu de la mer. « Là, dit l’hymne homérique à Apollon, le poulain nouvellement dompté, souffle, le cœur accablé, en tirant de beaux chars ; le cocher, quoique habile, sautant du siège, poursuit son chemin à pied; les coursiers cependant, font retentir un char vide. Or, s’ils le conduisent au bois sacré, les serviteurs en prennent soin et laissent reposer le char. Tel est le rite qui a été dès l’origine établi; les hommes alors prient le dieu, le char lui appartient, et la Destinée le garde. » Quel était le rôle de la divination dans cette cérémonie? M. Bouché- Leclercq l’explique ainsi : « La course des chars abandonnés à l’instinct de leur attelage a dû être une expérience annuelle dans laquelle la rélévation avait sa part. On laissait le dieu libre d’agréer ou de rejeter le tribut offert par la cité et choisi à dessein agréable au « conducteur de chevaux». C’était donc une sorte de consultation officielle qui faisait pour un temps « la destinée » des adorateurs de Poséidon et qui assimilait le bois à un véritable oracle, oracle d’une compétence toute locale et par suite promptement délaissé pour des instituts moins fermés à la clientèle du dehors. »

ATTRIBUTS Le principal attribut du dieu de la mer c’est le trident qui, à l’origine, ne

fut probablement que le harpon dont se servaient les pêcheurs pour la chasse au

POSEIDON

thon et au dauphin en particulier. Plus tard il devint non seulement le symbole de la pêche, mais encore celui du dieu qui fait jaillir les sources des rochers, ébranle et entr ouvre la terre ou encore agite les flots de la mer. C’est un long manche à l’extrémité supérieure duquel s’adapte une fourche à trois branches ; celle du milieu est généralement plus longue, tandisque les dents latérales se recourbent parfois extérieurement. Comme le foudre de Zeus, le trident de Poséidon fut dans la suite stylisé dans les compositions décoratives des artistes grecs.

Après le trident, l’attribut le plus fréquent de Poséidon c’est le poisson, et en particulier, dans les représentations les plus anciennes, le thon, à la tête ronde, au corps allongé, sans nageoire dorsale.

Tete de Poséidon. D’après une mosaïque de Palerme. (Overbeck, Atlas der Kunstmythologie.)

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