CHARYBDE
Il y a déjà été question, au cours de ce chapitre de Scylla, soit comme rivale d Amphitrite, soit à propos de Glaucos. Ce monstre, nous dit H omère, « résidait dans un antre profond placé sur un écueil, portant jusqu’au ciel sa cime aiguë,
toujours enveloppé d’un nuage que rien ne dissipe et que jamais l’éther ne remplace, même
aux jours sereins de l’été et de l’automne. Jamais mortel, eût-il vingt bras et vingt pieds, ne
pourrait gravir ni descendre cette roche, lisse comme si on l’eût polie de tous les côtés » .
L’hôtesse de ces lieux était « un monstre farouche dont la voix terrible retentit comme les vagissements d’un jeune lion. Son lugubre aspect afflige même les dieux : douze pieds difformes soutiennent son corps d où sortent six cous allongés et six têtes horribles. De triples rangées de dents fortes et serrées remplissent
ses gueules, séjour de la sombre Mort. Cachée jusqu’à la
ceinture au fond du formidable gouffre, elle ne fait sortir que ses têtes, et plongeant autour de l’écueil elle pêche des dauphins, des chiens de mer, et ceux enfin qu elle peut saisir des monstres nombreux nourris par la bruyante Amphitrite. Quels nautonniers pourraient se glorifier d’avoir passé à sa portée sains et saufs avec un navire ? Chaque tête enlève, des bancs, un rameur. »
Avant de devenir le monstre horrible dont on vient de lire la description Scylla était une nymphe de la mer. On lui donnait comme parents soit Phorbas et Hécate, soit Phorkys et la même déesse, soit Typhœus et Echidna. Triton et Tyrrhenos passaient également pour son père. Sa métamorphose nous est de même racontée de deux manières différentes et serait due à la jalousie d’Amphitrite suivant les uns, à celle de Circé suivant les autres.
L’Odyssée nous montre six des compagnons d’Ulysse « les plus vaillants, les plus robustes arrachés des bancs de leur navire. Comme sur un promontoire, le pêcheur à l'extrémité d’un large rameau lance aux petits poissons un appât que renferme la corne d’un bœuf nourri au pâturage, puis les enlève et les jette pantelants sur la rive ; telle Scylla ravit mes compagnons et les dévore sur le seuil de son antre. Cependant, ils jettent des cris, et dans cette lutte affreuse, ils étendent vers moi les mains. » Plus heureux, les Argonautes, grâce à l’intervention de Téthys et de ses sœurs échappèrent à la furie de Scylla. Celle-ci s’attira la colère d’Heraklès en lui dérobant quelques uns des bœufs de Geryon et en les immolant. Elle fut tuée par le célèbre héros, et rappelée ensuite à la vie par son père Phorkys, de la manière que nous avons déjà racontée plus haut.
Sirene.
(Conze, Heroen und Goettergestalten.)
APHRODITE DU MUSÉE DU CATITOLE (Phot. Alinari. Florence.)
(Original grec postérieur à Praxitèle.)
Nouvelle Ttfythologie illustrée.
DIVINITES DE LA MER ET DES EAUX
Le domaine de Scylla était à une portée d’arc de celui d’un autre monstre du même genre, Charybde. L’écueil de Charybde était moins élevé que celui de Scylla. « Un immense figuier étend à sa base un verdoyant feuillage, et au dessous, la divine Charybde engloutit l’onde amère. Trois fois dans le cours de la journée elle rejette le flot qu’elle a engouffré, trois fois elle l’absorbe encore avec une rapidité terrible. » Poséidon lui-même ne saurait empêcher d’être entraîné le malheureux navigateur qui se serait approché trop près du gouffre. Ulysse en fit l’expérience lorsqu’après avoir une première fois échappé a Charybde, il est ramené dans les mêmes parages n’ayant plus pour se
Scylla.
(Conze, Heroen und Goettergeslallen.)
maintenir sur les flots que la quille de son navire. Au moment où il arrive près du rédoutable écueil, « Charybde engloutit l’onde amère. » Ulysse raconte comment il se tira de cette fâcheuse posture. « Je saisis les branches du figuier et je m’y tiens suspendu comme une chauve-souris, sans pouvoir affermir mes pieds ni monter jusqu’au tronc de l’arbre, car je suis loin des racines et je ne tiens que l’extrémité des longs et grands rameaux qui couvrent le gouffre de leur ombrage. Cependant, je m’y maintiens avec constance jusqu’à ce qu’il vomisse le mât et la carène. »
Au cours de leur voyage, les Argonautes évitèrent l’éceuil de Charybde aussi heureusement que celui de Scylla.
Scylla est très souvent représentée sur un assez grand nombre de monnaies des villes de la Grande Grèce, sur des vases peints et des bas-reliefs. Nous savons aussi que trois peintres de 1 antiquité, Androkydes, Nichomachos et Phalerion lui avaient consacré des tableaux. Le monstre a généralement un buste de femme terminé par un corps de poisson écailleux.
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Le domaine de Poséidon comprend, comme on l’a déjà vu, non seulement la mer, mais l’élément liquide tout entier. Les eaux fluviales et lacustres sont donc également sous sa dépendance. A l’occasion, il prend même la forme d’un fleuve, comme dans son aventure avec la belle Tyro. Cependant, les fleuves et les sources étaient dans la mythologie grecque l’objet d’un culte spécial auquel se rattachaient un certain nombre de légendes dont quelques unes sont parmi les plus gracieuses qu’ait inventées le génie hellénique.
Les fleuves étaient considérés par les Hellènes comme des divinités. Certains d’entre eux jouent
un rôle et Homère les fait intervenir dans la lutte entre les Grecs et les Troyens. Il nous montre Achille aux prises avec le Scamandre et se jetant au milieu du courant. « Le fleuve se gonfle avec furie ; son cours tout entier s’émeut et bouillonne ; il soulève les nombreux cadavres amoncelés dans son sein par les mains du fils de Pélée, et mugissant comme un taureau, il les rejette sur la terre. Cependant il sauve ceux qui respirent encore, il les cache ou sous ses ondes pures, ou sous ses tourbillons immenses, tandis qu’autour du héros il amasse des flots terribles qui heurtent et pressent son bouclier. »
Tous les fleuves avaient, dans la conception des Grecs, pour source comme un autre fleuve, Océan, qui entourait circulairement la terre. On a essayé d’expliquer de la façon suivante comment s’était formée cette conception. « L’observation pourrait facilement faire reconnaître que c’était l’eau tombée du ciel qui entretenait les sources et les rivières . . . Mais d’où venaient ces nuées qui reparaissaient de temps à autre dans le ciel, qui ne se lassaient pas de pleuvoir, qui semblaient inépuisables ? Il y avait donc quelque part un immense réservoir qui fournissait indéfiniment à la terre l’eau qui lui était nécessaire. Or c’est à l’horizon que les nuages semblent naître et se développer. Il était donc naturel de supposer à 1 horizon un grand réservoir plein de liquide. Les anciens croyaient la terre ronde et plate ; le ciel couvert était pour eux une calotte hémisphérique nuageuse, appuyée sur le bord de la circonférence terrestre. Donc autour de la terre, toute une ceinture liquide d’où sortaient les nuages. Les Grecs appelaient SJ/.îavnS ce réservoir circulaire. » (Ch. Ploix.)
D’après Hésiode, Océan était fils de Gæa et d’Ouranos et frère de Téthys qui devint ensuite son épouse. Ils eurent une postérité innombrable, trois mille fils « les fleuves retentissants », et un nombre égal de filles, les Océanides « aux fines chevilles, qui répandues par toute la terre, président aux sources profondes. » L’auteur de la Théogonie énumère vingt-cinq fleuves qui, presque tous, appartiennent à l’Eolide ainsi que quarante-et-une Océanides.
Dieu marin.
Tete de la Rotonde du Vatican (Conze, Heroen und Goettergeslallen.)