OCÉAN
DIVINITES DE LA MER ET DES EAUX
Appelés aussi fils de Zeus, les fleuves sont comme leur père Océan des divinités dont deux au moins, l’Acheloos et 1’ Alphée, ont un caractère presqu’umversel, tandis que le culte des autres était purement local. L’Acheloos (aujourd’hui l’Aspro Potamo) dont on trouvait cinq autres homonymes en Grèce, était « le roi des fleuves » . On lui attribuait de nombreuses aventures, dont la plus célèbre était sa lutte avec Hérakles pour la main de Déjanire. Jouissant du don de métamorphose, Acheloos pour vaincre son adversaire se transforma en serpent, en taureau, en homme à tête de
Les nymphes de l ücean occupées à filer. Amphore tyrrhenienne.
(Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
taureau. Mais il succomba et dans la lutte perdit une de ses cornes qui devint la corne d’abondance. Acheloos avait d’ailleurs été plus heureux dans d’autres entreprises amoureuses. Il s’était fait aimer d’une M use, Terpsichore suivant les uns, Melpomène d’après les autres et serait ainsi devenu le père des Sirènes. On citait encore parmi le nombre de ses victimes Callirhoé et Périmède, cette dernière, fille d’Eole. Parmi les fleuves divinisés, il faut citer aussi l’Asopos, l’ Alphée et l llissos en Grèce, le Scamandre, le Caïque, l’Hermos, le Caystre et le Méandre en Asie-Mineure.
On retrouve dans plusieurs auteurs anciens des indications relatives au culte dont les fleuves étaient l'objet en Grèce. Homère nous montre Achille, inconsolable de la mort de la Patrocle, coupant sa chevelure qu’avant son départ son père avait fait le vœu d’offrir au fleuve Sperchios après le retour du héros. On a vu dans les pratiques de ce genre une réminiscence de sacrifices plus importants faits autrefois aux dieux-fleuves, des sacrifices humains. En plusieurs endroits on
précipitait des chevaux dans les fleuves. Ceux-ci étaient vénérés non seulement à cause des propriétés bienfaisantes de leur eaux, considérées comme source de toute fertilité, mais encore pour leurs vertus curatives et médicales. Enfin, on les regardait parfois comme les ancêtres de certaines peuplades et de certaines villes. C’était en particulier le cas de l’Alphée et de l’Asopos.
LES NYMPHES. Les principales divinités des eaux douces étaient les nymphes. D’après
Homère elles étaient filles de Zeus, tandisque Hésiode fait naître certaines d’entre elles, les Méliai, des gouttes de sang qui s’écoulèrent de la blessure d’Ouranos après sa mutilation par Kronos. Le plus souvent cependant on considérait les nymphes comme les filles d’un dieu fluvial de la région qui leur était
assignée comme domaine. Un grand nombre de peuplades et de familles prétendaient descendre d’une de ces divinités et avoir ainsi une origine illustre. Leur nombre était très élevé. D’après Ovide, elles n’auraient pas été moins de mille. A lui seul, le fleuve Asopos était père de vingt nymphes et on sait qu’ Artémis demanda à Zeus un cortège de quatre vingts compagnes, dont soixante Océanides et vingt filles du fleuve crétois Amasos. Les nymphes personnifiaient la jeune fille dans les traits les plus charmants de son caractère : beauté, amabilité, serviabilité. Quoique d’origine divine et paraissant parfois dans l’Olympe, ce ne sont pas des déesses proprement dites. Elles occupent un rang intermédiaire entre celles-ci et les femmes ordinaires. Esprits des eaux, on les trouve aussi bien dans les fleuves que sur les montagnes où ceux-ci prennent leur source. On distinguait entre elles les Orestiades (nymphes des forêts), les Naïades (nymphes des fleuves et des sources) auxquelles on ajouta plus tard les Hamadryades (nymphes des arbres). Nous ne nous occuperons ici que de la seconde de ces trois catégories, celle des Naïades.
Celles-ci étaient les principales divinités des sources et des fleuves. En certains endroits (à Mégare et à Catane) les conduites d’eau leur étaient consacrées. Leur séjour favori c’étaient les grottes comme celle qu’Homère nous décrit dans l’Odyssée : « En un lieu d’Ithaque est le port de Phorkys, vieillard de la mer ; deux promontoires escarpés en forment le contour, le défendent de la fureur des grandes vagues et des vents sonores. Les vaisseaux qui en ont franchi I entrée peuvent stationner sans amarres. A son extrémité s’élève un olivier touffu dont l’ombrage cache une grotte
Dieu fluvial sous forme de taureau.
(Conze, Heroert und Goetlergestalten.)
DIVINITES DE LA MER ET DES EAUX
délicieuse, séjour sombre et sacré des Naïades. Dans cet asile, rafraîchi par une fontaine intarrissable, sont renfermées des urnes et des amphores de pierre. Les abeilles y déposent leur miel, et sur des grands métiers de roche les Nymphes tissent des toiles de pourpre d un aspect admirable. Elle a deux portes : l’une sous le souffle de Borée, est à 1 usage des humains, 1 autre du côté de Notos, est plus divine. Jamais homme n’entre par là ; c’est le chemin des immortels » .
Une autre grotte célèbre était celle de Korkys sur le Parnasse. D’après Apollodore d’Athènes elle devait son nom à la nymphe Korykia, aimée d’Apollon dont elle avait eu un fils, Korykos. Sur le Cithéron se trouvait la grotte de Sphragidion, dont il sera question pius loin à propos des vertus divinatoires attribuées aux nymphes. On citait également des grottes dans le Péloponèse, dans l’île de Corcyre où avaient eu lieu les noces de Jason et de Médée, au cours desquelles les nymphes firent un lit de fleurs aux nouveaux époux. Plus tard on ne plaça plus les grottes des nymphes à la source des cours d’eau, mais au dessous des fleuves dont elles portaient souvent le nom : Achélétides, Ammsides,
Amgrides , Asopiades , Echedorides, Ismémdes,
Kephisides, Lusiades, Pactohdes.
On prêtait aux nymphes un certain nombre d’aventures amoureuses. Apollonius de Rodes nous raconte la légende d’Hylas compagnon d’Heraklès.
« Hylas, conduit par le hasard, arriva sut le bord d’une fontaine qu’on appelle les Sources.
C’était l’heure à laquelle les nymphes qui habitent la riante contrée d’alentour avaient coutume de se rassembler pour chanter en dansant pendant la nuit
les louanges d’Artémis. Les nymphes des montagnes, celles des bois qui demeuraient dans les antres profonds avaient déjà quitté leur retraite et s’avançaient vers la fontaine. Ephydatie qui l’habitait, levant alors la tête au dessus de son onde liquide, aperçut le jeune Hylas, et découvrit à la faveur de la lune qui laissait tomber sur lui ses rayons, l’éclat de sa beauté et les grâces de son visage. Aussitôt l’amour s’empare de ses sens, elle est toute hors d’elle-même et demeure interdite. Hylas, penché sur le bord, plongeait son urne au milieu des ondes qui se précipitaient avec bruit sur l’airain résonnant. La nymphe, brûlant d’appliquer un baiser sur sa bouche délicate, lui passe une main
Nymphe d'une source.
(Conze, Heroen und Çoettergestallen.)
autour du cou et le tire par l’autre bras. L’infortuné est entraîné au fond des ondes et jette en tombant des cris perçants. »
Les amours des nymphes avec des bergers ont encore donné naissance à d’autres légendes, dont l’une des plus caractéristiques est celle de Daphnis déjà rapportée dans le chapitre consacré à Aphrodite. Rappelons aussi le mythe de Salmacis et d’Aphroditos dont le récit figure dans le même chapitre.
Les anciens n’avaient pas été sans remarquer les propriétés médicinales de certaines eaux. Ils en attribuaient les heureux effets aux Naïades. C’est ainsi que père du cap Samikon, en Elide se trouvait une source dont les eaux étaient sulfureuses. On venait y sacrifier aux nymphes ; les bains pris dans la source guérissaient les maladies cutanées. Près d’Héraclée, à cinquante stades d’Olympie,
se trouvait une autre source avec le sanctuaire des nymphes Iomdes, et dont les eaux étaient efficaces contre certaines maladies. Citons encore les sources chaudes d’Himera enSicile, où Heraklès vint se baigner pour reprendre des forces ainsi que celles de l’Etna. On raconte que celles-ci étaient souveraines contre la goutte.
On attribuait également aux nymphes des vertus prophétiques, en qualité d'interprètes de la volonté de divinités supérieures. La nymphe Erato remplissait ce rôle auprès du dieu Pan, Daphnis auprès de Gæa à Delphes. Dans la grotte Sphragidion, sur le Cithéron, les nymphes possédaient un oracle et on disait q’un grand nombre d’habitants du pays avaient reçu d’elles le don de prédire l’avenir. On citait un certain nombre de devins célèbres qui avaient reçu des nymphes la faculté prophétique, entre autres Melesagoras d’Eleusis et le béotien Bakis. Plusieurs de ces prophètes étaient fils de nymphes. Hérophyle avait, disait-on, comme mère la Sibylle et 1 irésias, dont nous avons déjà parlé, la nymphe Chariclo.
Les humains n avaient pas toujours à se louer de l’action prophétique des nymphes. A plus d’une reprise, celles-ci en profitèrent pour jeter le trouble dans l’imagination de leurs victimes et les frapper d’une incurable folie. On racontait que quiconque avait le malheur d’apercevoir une nymphe dans une source perdait la raison.
Divinités purement locales en général, les nymphes n’avaient pas de temples. On leur offrait des sacrifices près des sources, dans les grottes, et on leur élevait des autels dans les sanctuaires d’autres divinités. De nombreux ex votos retrouvés, montrent combien le culte des nymphes s était développé dans les pays de langue grecque.
Statue antique. Rome, collection Giustiniani. (Clarac, Musee.)
L’enlèvement de Perséphone. D’après un fragment de sarcophage. Rome, Musee du Vatican
(Overbeck, Atlas der Kunstmytholngie.)