CHAPITRE XII
HADÈS ET LES DIVINITÉS SOUTERRAINES
NS l’Iliade, Homère fait dire à Poséidon, irrité contre le maître de l’Olympe : « Kronos
donna le jour à trois frères que Rhea porta dans son sein : Zeus et moi. Le troisième est
Hadès qui règne sur les morts. L'héritage paternel fut divisé en trois lots et chacun eut sa part d’honneur : lorsqu’on eut agité les sorts, il m’échut d’habiter la mer écumeuse ; à Hadès échurent les immenses ténèbres. Zeus obtient le vaste ciel au sein de I’ air et des nuées ; la terre et
le vaste Olympe restèrent en commun. » On voit ainsi apparaître une divinité dont le domaine
semble nettement délimité : le royaume des ténèbres, séjour des morts. C’est Hadès, figure sombre et redoutable, dont le nom seul inspire I effroi , au point qu’on évitait autant que possible de le prononcer. Ce type primitif ne devait cependant pas rester immuable. 11 subit au contraire, à partir d’une certaine époque, une transformation très curieuse qui fit de lui « une expression générale, indécise, complexe, des forces cachées qui président à la mort et à la régénération, qui détruisent et reconstituent sans cesse les combinaisons mouvantes de l’éternelle substance » (Bouché- Leclercq). Hadès devint ainsi Pluton, dieu bienfaisant et non pas terrible, ami des vivants dont il facilite l'existence par la fertilité qu’il dispense à la terre nourricière.
L'enlevement de Persephone. D'après une amphore. (Overbeck, Allas der Kunstmythologie.)