II. — ATTRIBUTIONS ET DOMAINE D’HADÈS
Les épithètes, assez rares d’ailleurs en comparaison de celles des autre dieux, qui accompagnent le nom d’Hadès dans les poésies homériques, nous permettent de nous faire une idée précise de sa physionomie. 11 est appelé le fort, le vigoureux, le monstrueux, le prodigieux, le terrible, l’odieux, le haïssable, le triste, le dur, l’intraitable ,
1 indomptable, l’abominable, 1 invisible , le nocturne, le plus détestable des dieux. Une divinité ainsi conçue n’était guère faite pour inspirer la sympathie et devint en effet plutôt un objet d’effroi pour les hommes. Quand on s’adressait à elle, on employait toutes sorte de circonlocutions pour ne pas laisser transpercer l’involontaire répulsion qu’on éprouvait vis-à-vis d’un dieu dont on souhaitait surtout d’être oublié.
Hadès est, avant tout, le dieu des morts qu’il emmène et reçoit dans son royaume souterrain. Mais il s’occupe aussi des vivants, à l’égard desquels il exerce une redoutable mission. « Toujours les hommes qui pratiquent l’iniquité seront punis » , dit-il lui-même à Perséphone dans un passage cité plus haut. 11 veille sur l’observation des règles de la justice et en particulier frappe impitoyablement ceux qui se sont rendus coupables de parjure et que rien ne saurait soustraire à sa terrible vengeance.
Où les anciens plaçaient-ils l’empire d’Hadès, souvent désigné sous le nom d’Erèbe ? Homère nous dit que le palais d Hadès est à la même distance du Tartare que la terre l’est du ciel. Pour y aborder, Ulysse, sur les conseils de Circé n’aura qu’à s’abandonner, avec son navire, « au souffle de Borée. Lorsqu il aura porté ton navire au travers des flots de l’Océan, jusqu’aux humbles rivages et au bois sacré de Perséphone, où croissent de grands peupliers et des saules sans fruits, aborde, et va toi-même au séjour d’Hadès. Là tombent dans l’Achéron le Periphlégéthon et le Cocyte qui emprunte ses ondes au Styx. Une roche marque le confluent de ces deux fleuves tumultueux ». Le roi d Ithaque raconte lui-même son voyage au pays des ténèbres. « Durant tout un jour, le vaisseau vogue à pleine voile ; le soleil disparaît, les ombres obscurcissent tous les chemins et nous atteignons la rive opposée de l’Océan aux profonds abîmes. C’est là que s’élève la ville des Cimmériens, peuples toujours enveloppés de nuées et de brouillards, jamais le soleil ne les regarde de ses rayons, soit qu’il monte dans le ciel étoilé, soit que du ciel il redescende sur terre ; une nuit lamentable est toujours étendue sur ces infortunés mortels. Nous abordons au rivage, nous y arrêtons le navire et nous côtoyons l’Océan jusqu’aux lieux que nous a indiqués la déesse. »
Pour évoquer les âmes des morts, Ulysse s’arrête à l’entrée du royaume des ténèbres, situé dans les profondeurs de la terre. Il est séparé du monde des vivants par « de grands fleuves, par des courants terribles, et surtout par l’Océan » dit le poète de l’Odyssée. Les plus connus de ces fleuves sont le Styx et l’Achéron. Le premier est lui-même une divinité terrible que les dieux invoquent en prêtant serment. Homère fait dire à Hera : « J’en prends à témoin et la terre et le