‹ Nouvelle mythologie illustréeChapitre 162 sur 206 · III. — LES LIEUX DE CULTE · texte numérisé non relu

III. — LES LIEUX DE CULTE

En sa qualité de dieu du monde souterrain, domaine de la mort, Hadès ne possède pas cette foule de sanctuaires où toutes les autres divinités helléniques voyaient accourir leurs adorateurs. Comme il a déjà été dit, on souhaitait avant

tout d’être oublié de lui ; on osait à peine prononcer son nom et on employait

toutes sortes de périphrases et de circonlocutions pour le désigner. Aussi ne trouve-t-on dans les auteurs anciens que la mention d’un seul temple d’Hadès, dans la ville de Pylos. Celle-ci, attaquée par Héraklès, avait dû son salut à l’intervention du dieu infernal et c’est pour commémorer ce fait que les Eléens lui avaient élevé ce sanctuaire. Encore n’était-il ouvert qu’une fois par an, et à un

seul prêtre, car le chemin de la mort ne devait être accessible à personne.

Sous le nom de Pluton, le dieu était l’objet d’un culte un peu plus répandu, mais il est le plus souvent associé à une autre divinité, Déméter ou sa fille Perséphone. On lui avait principalement consacré les lieux qui, par leur situation, semblaient être en relations avec le monde souterrain, gouffres, grottes, auxquels on donnait le nom de Ploutonia ou encore de Charonia, (de Charon, le nautonier de l’Achéron dont nous avons parlé plus haut).

Les principaux de ces sanctuaires étaient le siège d’oracles que M. Bouché- Leclercq subdivise en deux catégories : les oracles nécromantiques et les oracles médicaux. Parmi les premiers il faut citer « la caverne d’Ephyra en Thesprotie, l’Averne de Cumes, les Plutonia ou Charonia de Phigalie, du Ténare, d’H éraclée du Pont qui n’attiraient que les passions violentes, la curiosité sacrilège des secrets d’outre-tombe et où on n’attendait que des visions funèbres, appelées par le pouvoir des formules magiques ou du sang versé » . Les seconds étaient des « officines médicales où les malades viennent demander la vie à qui peut la leur ôter et où voltigent, les mains pleines d’équivoques savantes, des songes tout prêts à sourire aux riches offrandes » .

Le plus connu des sanctuaires de ce genre était celui d’Acharaca, en Asie Mineure, dans le bassin du Méandre. Au milieu d’un bois s’élevait un temple dédié à Pluton et à Perséphone, et un peu plus bas « un soupirail d’enfer ». Voici ce que Strabon nous dit à son sujet: « On dit que les malades et ceux qui font cas de ces médications divines se transportent là et logent dans le bourg, près de l’antre, chez des prêtres expérimentés qui pratiquent l’incubation à leur place et ordonnent des traitements d’après leurs songes. Ce sont ces gens-là qui invoquent l’assistance des divinités. Souvent aussi, ils conduisent leurs clients dans la grotte et les y installent à demeure comme en une fosse et sans nourriture pendant plusieurs jours. Il arrive que les patients font eux-mêmes des rêves, mais ils ont recours aux prêtres pour les initier et les conseiller. Pour tous autres ce heu est inaccessible et funeste. Chaque année se tient à Acharaca une foire {-uwjyup! 5) et c’est alors surtout qu’on peut voir et entendre des gens qui prônent ces merveilles. »

Page 1