I. — LÉGENDES RELATIVES A DIONYSOS
soulevé plus de problèmes. Diodore de Sicile qui vivait au premier siècle de 1ère chrétienne écrivait déjà à ce sujet : « Les anciens mythographes et les anciens poètes ne sont pas d’accord entre eux dans ce qu’ils ont rapporté sur Dionysos et ils ont répandu sur son compte une quantité de récits merveilleux, si bien qu’il est difficile de parler clairement de la naissance du dieu et de ses actions. » D’autre part, d’après Cicéron, il n’y aurait pas eu moins de cinq dieux qui successivement portèrent le même nom et qui provenaient de la Crète, de l’Egypte, de la Phrygie, de Thèbes et du mont Cithéron. Enfin, au cours du XIXe siècle, un certain nombre de savants ont cru pouvoir concilier toutes ces données contradictoires en assimilant purement et simplement Dionysos au dieu védique Soma qui, de l’Inde, aurait vu son culte se répandre parmi les populations dites aryennes, sous les formes les plus diverses. 11 a malheureusement fallu renoncer à cette dernière explication qui n’a plus, pour ainsi dire, qu’un intérêt rétrospectif. Tout ce qu’il est permis d’affirmer c’est que d’après les mythographes anciens, Dionysos apparaît sous le double aspect d’une divinité, d’origine hellénique d’après les uns, de provenance étrangère d’après les autres.
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m L n y a pas dans la mythologie grecque de personnage plus populaire que Dionysos ; il n en est pas non plus dont I histoire légendaire et en particulier l’origine aient, dès l’antiquité,
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NAISSANCE Nous possédons diverses légendes relatives à la naissance de Dionysos.
Plusieurs localités revendiquaient l’honneur d’avoir vu naître le dieu. C’est ce oui
DIONYSOS. M
ressort du fragment suivant d’un hymne homérique à Dionysos, cité par Diodore de Sicile. « Les Dracaniens, les habitants d’Icare exposés aux tempêtes, les Naxiens, la race divine des Iraphiotes, ceux qui habitent les rives de l’Alphée aux tournants profonds, les Thébains, réclament, ô Seigneur, ta naissance. Ils se trompent. Tu naquis du père des dieux et des hommes, loin des mortels, à l’insu d’Hera aux bras blancs. (Tu reçus le jour) à Nysa, sur une montagne élevée
couverte de bois fleuris, loin de la Phénicie, et près des ondes de l’Egyptos. » L’opinion la plus généralement admise était cependant celle qui faisait naître Dionysos à Thèbes et lui donnait comme parents Zeus et Sémélé. Celle-ci était fille de Cadmos et d’Harmoma. Son éclatante beauté attira les regards du maître de l’Olympe auquel elle accorda ses faveurs dans le palais même de Cadmos. M ais Hera, mise au courant de l’aventure, jura la perte de sa rivale. Elle prend les traits de la nourrice même de Sémélé, et conseille immédiatement à la trop crédule amante de Zeus de demander à celui-ci de venir la voir dans tout l’éclat de sa majesté. Sans défiance, Sémélé fait prêter au maître de l’Olympe le serment qu’il exaucera tous ses désirs. Zeus y consent volontiers, mais quand il apprend ce qu’on attend de lui, il essaye de faire renoncer la fille de Cadmos à ce caprice. Rien n’y fait. Esclave de son serment, Zeus apparaît à Sémélé sur son char, au milieu du tonnerre et des éclairs. A cette vue, la malheureuse expire immédiatement sous l’empire de la frayeur, ou d’après
DIONYSOS
une autre version est frappée par la foudre qui en même temps met le feu au palais. Elle portait dans son sein le fruit de ses amours avec le roi des dieux. Celui-ci prit l’enfant qui n’était pas encore arrivé à terme et le cousit dans sa cuisse d’où il le retira au moment voulu.
Apollodore d’Athènes raconte cet événement d’une manière un peu différente. « La frayeur, dit- il , fit perdre connaissance à Sémélé, et enceinte de six mois, elle accoucha d’un enfant que Zeus enleva du milieu des flammes et qu’il cousit dans sa cuisse. Les autres filles de Cadmos répandirent le bruit que Sémélé avait été foudroyée pour avoir mis cela sur le compte de Zeus. » La légende disait aussi que si I enfant de Sémélé avait échappé aux flammes, c était parce que Gæa avait fait surgir des rameaux de lierre qui avaient entouré les colonnes du palais de Cadmos et l’avaient ainsi protégé contre le feu dévorant.
Sous 1 influence de l’orphisme, on vit apparaître à une époque postérieure une légende tout à fait différente de la naissance de Dionysos. Celui-ci était, disait-on, fils de Zeus et de Perséphone, née elle-même des amours du maître de l’Olympe et de Rhea qui, pour l’engendrer, avaient pris la forme de serpents. Cette Perséphone était elle-même un monstre cornu, pourvu de quatre yeux. Zeus lui fit violence et elle mit au monde un fils qui prit le nom de Zagreus.
Hera résolut de le faire périr, et dans ce but envoya contre lui les I itans qui essayèrent de l’amadouer en lui offrant des jouets. En vain, pour se soustraire à leurs entreprises meurtrières, l’enfant se changeat-il en lion, en tigre, en cheval, en taureau. Ii fut tué par les Titans qui, après l’avoir dépecé, dévorèrent les différentes parties de son corps. Suivant une autre tradition, les meurtriers mirent les restes de leur victime dans une chaudière pour les faire cuire. Attiré par 1 odeur, Zeus accourt. 11 reconnaît les restes de son fils et charge Apoll on de les ensevelir, sur le Parnasse suivant les uns, dans le temple de Delphes, à côté du trépied de la Pythie, d’après les autres. En punition de leur crime, les Titans sont foudroyés. Athéna qui avait réussi à leur soustraire le cœur de I’ enfant le remit à Zeus qui 1 absorba et donna ainsi naissance à un second Dionysos. Une variante de la même légende raconte que Zeus réduisit en poudre le cœur préservé par Athéna et le fit avaler à Sémélé qui devint ainsi mère du second Dionysos, le Dionysos thébain.
Citons enfin une légende qu’on racontait dans le petit port laconien de Brasai et qui offre une certaine analogie avec celle de Danaé. Cadmos aurait fait enfermer Sémélé avec son enfant dans un coffre qui fut jeté à la mer. Les flots apportèrent ce coffre sur les côtes de Brasai. Des pêcheurs le recueillirent. Sémélé était morte et fut enterrée; son enfant, recueilli par Ino fut élevé dans une caverne que, d’après Pausanias, on montrait encore à l’époque historique.
Zeus venant apporter Dionysos enfant aux Hyades.
Vase sicilien. Collection de Luynes.
(Overbeck, Atlas der Kunstmylh.)
Ayant enfermé l’enfant de Séméié dans sa cuisse, Zeus l’y conserva jusqu’à ce qu’il fût arrivé à maturité. Les auteurs anciens ne nous ont laissé aucun récit au sujet de cette mise au monde qui, par contre, est représentée sur un certain nombre de vases. On y voit généralement Ilithye recevant dans ses mains le nouveau-né, assistée par Déméter, Thémis ou encore Athéna. Mais c’est Hermès qui, en cette circonstance, joue le principal rôle, car c’est lui que Zeus charge d’emporter l’enfant pour le soustraire aux entreprises d’Hera. Celle-ci va, en effet, s’acharner contre tous ceux qui prendront soin du fils de sa rivale et en particulier contre les membres de la famille de Séméié. Apollon a été porter le nouveau-né à Orchomène et l’a remis à Ino, sœur de Séméié et à son mari Athamas, en
leur recommandant de l’élever comme une fille. Hera les frappe de démence. Athamas tue de sa propre main son fils Learchos qu’il prend pour un cerf et Ino fait subir le même sort à leur second enfant, Melicerte, avec lequel elle se précipite dans la mer. Hermès, accouru de nouveau, prend le jeune Dionysos métamorphosé par Zeus en chevreau et l’emporte à Nysa où il le confie aux nymphes.
Quelle était cette ville de Nysa ? Il est impossible de la localiser, car c’est un pays imaginaire que les anciens ont placé dans les régions les plus diverses, en Thrace, en Béotie, en Eubée, en Phocide, en Thessalie, dans l’ile de Naxos, et jusqu’en Carie, en Lydie, en Cilicie, en Arabie, en Ethiopie, en Libye et même dans l’Inde. Diodore de Sicile nous rapporte la légende qui fait de Naxos le lieu où fut élevé Dionysos.
« D’après leurs traditions, les Naxiens prétendent que Dionysos a été élevé chez eux, que leur île lui a toujours été très chère et qu elle est appelée par quelques-uns Dionysias. Ils racontent que Séméié ayant été frappée de la foudre avant le terme de sa grossesse, Zeus prit le fœtus et le cousit dans sa cuisse ; que le terme de la naissance étant arrivé, il déposa cet enfant à Naxos pour le cacher à Hera, et qu’il le donna à nourrir à trois nymphes de cette île, Philia, Coroms et Cléis. Ils ajoutent que Zeus frappa Séméié de la foudre, avant son accouchement, afin que l’enfant né de deux immortels reçut l’immortalité dès sa naissance. »
Les nourrices chargées d’élever Dionysos sont tantôt des nymphes, les Hyades, tantôt les Muses. En Eubée, on disait que c’était Macris, fille d’Aristée, qui avait élevé le nouveau-né dans une
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Dionysos fait l'éducation de Komos.
Oxybaphon de Nola à figures rouges. (Gerhard, Auserlesene Vasenbilder .)