SON ENFANCE
DIONYSOS
grotte, en le nourrissant de miel. Poursuivie par Hera, elle s’était enfuie avec son nourrisson chez les Phéaciens. En Lydie, c’est sur le mont Tmolos que Dionysos est nourri par la nymphe Hippa, tandis que d’après d’autres traditions de l’Asie Mineure, le jeune dieu aurait passé son enfance au milieu des Ménades et des Silènes qui lui constitueront dans la suite un bruyant cortège. C’est à Nysa que Dionysos va grandir, au milieu de la libre nature, où il peut donner libre cours à tous ses instincts. « Quand les Nymphes eurent achevé de nourrir ce dieu digne mille fois d’être chanté, dit un fragment d’hymne homérique, il se mit à errer ça et là dans les profondeurs boisées des ravins, la tête couronnée des rameaux touffus du lierre et du laurier. Toute la troupe des Nymphes le suivait, et lui s’avançait à leur tête, et le tumulte de leur marche emplissait l’immense forêt. »
LES aventures Nous possédons au sujet de l’entrée en contact de Dionysos avec les hommes
DE
un certain nombre de mythes ayant pour théâtre les régions les plus diverses et qui DIONYSOS. .. SL H
peuvent se diviser en deux catégories. D’un côté, on voit le dieu bien accueilli, et pour récompenser ses hôtes, leur faisant cadeau d’un bien précieux, la vigne. Ailleurs, il est au contraire 1 objet d une franche hostilité qui le met parfois en fâcheuse posture, mais l’aventure se termine toujours au détriment de ceux qui ont cru devoir faire de l’opposition au fils de Zeus et de Sémélé.
DIONYSOS Ce qui valut à Dionysos sa grande popularité, ce fut qu’on lui attribua la
ET
découverte de la vigne dont la culture ne tarda pas à prendre en Grèce une LE VIN. & K y
extension assez considérable. Les auteurs anciens ne sont pas d’accord sur la manière dont eut lieu cette découverte. « Théopompe, dit M. Victor Bérard, racontait que la vigne avait été trouvée sur les bords de 1 Alphée à Olympie ; les Béotiens prétendaient aussi à cette découverte. Pour Hellanicus, c’était en Egypte, dans la ville de Phlintiné; pour Philonidès, sur les
bords de la mer Rouge que la vigne avait été pour la première fois plantée et, de la mer Rouge, Dionysos l’avait importée en Grèce. Dionysos est le dieu de la ville indienne ou éthiopienne de Nysa. Enfin, les Tyriens revendiquent le Dionysos inventeur du vin : toutes les vignes du monde hellénique proviennent du premier plant qui fut pris sur leur sol. »
L’imagination grecque ne pouvait manquer d’entourer de circonstances merveilleuses l’apparition de la vigne sur le sol hellénique. Si l’on en croit Hécatée de Milet, la chose aurait eu lieu peu de temps après le déluge auquel Deucalion et sa femme Pyrrha furent les seuls à survivre. Un fils de Deucalion, Orestée, étant venu s’établir en Etoile, sa chienne, nous dit Clavier, y mit bas un tronçon de bois ; il le fit enterrer et ce tronçon produisit un cep de vigne chargé de raisins. En mémoire de
(Frœhner, Choix de vases grecs inédits.)
ce fait il nomma Phytios le fils qu’il eut ensuite. Phytios fut le père d’Oenée qu’on nomme ainsi parce que les Grecs appelaient alors la vigne Oene, olv/j. Pausamas raconte à peu près de même l’origine de la vigne, mais d’après lui, cela se passa dans le pays des Locriens Ozoles. Suivant une autre tradition rapportée par Servius, Oenée, roi d’Etolie, avait un berger nommé Staphylos. Ce berger s’étant aperçu qu’une de ses chèvres s’écartait du reste du troupeau pour paître, et qu’elle devenait de jour en jour plus grasse, la suivit et ayant vu qu’elle mangeait du raisin, il en goûta lui-même. Il en trouva le fruit si agréable qu’il le porta à son maître. Oenée en exprima le jus et en fit une liqueur appelée œnos et par reconnaissance pour le berger, il donna au fruit le nom de Staphylé. Hygin raconte la chose d’une manière plus simple. Dionysos étant venu chez Oenée, devint amoureux de la femme de son hôte, Altheia. Oenée s’en étant aperçu, fit semblant d’être obligé de s’absenter pour un sacrifice et les laissa seuls ensemble. Des relations de Dionysos et d’Altheia naquit Déjanire suivant les uns, Méléagre suivant les autres et pour récompenser Oenée de sa complaisance le dieu lui apprit à cultiver la vigne et donna son nom au jus qui en provint.
DIONYSOS Par le mythe d’Icarios, c’est à l’introduction de la culture de la vigne en
ET Attique que nous assistons. Situé dans une des régions les plus fertiles du pays,
au pied du Pentélique, le dème d’Icaria qui porte aujourd’hui encore le nom caractéristique de Dionyso, avait pour roi Icarios, dont la femme Phanothéa inventa, dit-on, le vers hexamètre. Dionysos étant venu dans ce pays y fut très bien accueilli par le roi et en remerciement lui enseigna l’art de faire le vin. Le dieu avait recommandé à son hôte de bien cacher les outres pleines du précieux liquide, sous peine des plus grands malheurs pour lui et les siens. Icarios néglige ces conseils. Des bergers trouvent les outres, y boivent démesurément et dans leur ivresse ne tardent pas à se livrer aux pires excès. Icarios en est la première victime ; il est tué et jeté dans la source Anygros que les meurtriers recouvrent de pierres. La fille du roi, Erigone, court partout à la recherche
Dionysos combattant contre
le géant Eurytos.
(Gerhard, Auserlesene Vasenbilder.)
de son père. Elle finit par découvrir son cadavre grâce à sa chienne Maira et, de désespoir, se pend à I arbre au pied duquel Icarios était enseveli. Erigone, son père et la chienne Maira furent placés au nombre des constellations, soit par Zeus, soit par Dionysos.
On cite encore comme mortels qui eurent à se louer de Dionysos, le roi Midas et le Laconien Dion. Midas avait capturé l’un des compagnons du dieu du vin, le vieux Silène. Dionysos va le trouver et, en échange de la liberté du captif, donne à Midas la faculté de changer en or tout ce qu’il toucherait. De l’aventure de Dion, nous savons seulement que bien accueilli par son hôte, le dieu obtint les faveurs de sa fille Carya qu’il changea en noyer après sa mort.
DIONYSOS Dans le groupe des mythes qui nous montrent Dionynos en lutte avec des
ET
mortels qui essayent de le combattre, le plus important est celui de Lycourgos.
LYCOURGOS.
Cette fois, l’action se passe en Thrace et nous est racontée de la façon suivante dans l’ Iliade. « Le fils de Dryas lui-même, le puissant Lycourgos, ne vécut pas longtemps, lui qui luttait contre les dieux du ciel. C’est lui qui, un jour que Dionynos se livrait à ses transports, poursuivit les nourrices du dieu sur la montagne sacrée de Nysa. Frappées par l’aiguillon de
Lycourgos, le tueur d’hommes, les nymphes laissent tomber aussitôt les thyrses. Dionysos épouvanté se précipite dans les flots de la mer, et Thétys le reçoit tout tremblant dans son sein. Mais, après cela, les dieux bienheureux s’irritèrent contre lui, et le fils de Kronos le priva delà vue. Sa vie devait être de courte durée ; car il était détesté de tous les dieux immortels. » D’après ce récit, l’événement dont Lycourgos est le héros aurait eu lieu pendant l’enfance du dieu. Plus tard, on le plaça au moment où Dionysos se rendait dans les Indes. C’est du moins ce que nous rapporte Apollodore d Athènes. « Lycourgos, fils de Dryas et roi des Edones, qui habitent près le fleuve Strymon, fut le
premier qui chassa Dionysos de son pays après l’avoir outragé. Dionysos se réfugia dans la mer, auprès de Thétys, fille de Nérée ; les Bacchantes et les Satyres qui marchaient à sa suite furent faits prisonniers. Les Bacchantes furent bientôt délivrées d’une manière soudaine, parce que Dionysos rendit Lycourgos furieux ; celui-ci, dans sa fureur, tua Dryas son fils d’un coup de cognée croyant couper un cep de vigne. Lui ayant ensuite coupé les extrémités des pieds et des mains, il recouvra son bon sens. Mais la terre restant sans produire, le dieu quelle ne reprendrait sa fertilité que lorsqu’on aurait mis Lycourgos à mort. Les Edones, apprenant cela, le lièrent, le conduisirent vers le mont Pangée et le firent écarteler par des chevaux, conformément aux ordres de Dionysos. » Hygin nous offre, du mythe de Lycourgos, une version qui diffère sensiblement de celle d’Apollodore d’Athènes. D’après lui le roi thrace, dans sa fureur contre Dionysos, veut faire violence à sa propre mère et arracher partout la vigne dans son royaume. Frappé de démence par le dieu, Lycourgos tue sa mère et son fils, puis, d’un coup de hache se coupe un pied qu’il prend pour un cep de vigne. Il est précipité du haut de Rhodope et déchiré par des panthères. Enfin, Diodore de Sicile fait arriver Dionysos chez Lycourgos au retour de son voyage triomphal dans l’Inde. Le dieu laisse son armée de l’autre côté de l’Hellespont et se rend chez Lycourgos qui s’est déclaré son allié, uniquement accompagné par les Ménades. Le roi thrace veut égorger son hôte pendant la nuit, mais le complot est éventé et Dionysos réussit à s’enfuir de l’autre côté du détroit, pendant que les Ménades se cachent dans le mont Nysa. Le dieu revient en force, bat les troupes ennemies, capture Lycourgos auquel il fait subir les plus horribles supplices, crever les yeux et finalement crucifier.
Dionysos dans le vaisseau des Tyrrhéniens. Vase a figures noires.
(Gerhard. Auserlesene Vasenbilder .)