DIVINATION
Dans le chapitre consacré à Apollon, on a vu que l’interprétation de l’avenir était l’un des principaux attributs de ce dieu, très jaloux de ce privilège qui lui avait été accordé par Zeus. Il le partage cependant, sous certains rapports, avec Dionysos. C’est ce qu’a très
bien établi M. Bouché-Leclercq quand il écrit : « Dionysos est le trait qui rapproche les dieux chthoniens, dépositaires nés des secrets naturels, d’Apollon le révélateur des décrets d’en haut. Non seulement il est, en raison de la diversité de ses attributs aussi près de h un que des autres ; mais c’est lui qui a condensé dans l’enthousiasme et transmis à la religion apollinienne toute l’énergie des forces occultes par lesquelles les divinités telluriques agissent sur l’organisme humain. Réduit à l’action qui lui est propre, Apollon n’atteint l'intelligence que par le dehors ; il l’éclaire comme le soleil dont il porte les flèches d’or dans son carquois éclaire les corps opaques sans les pénétrer de sa lumière ; il ne connaît pas ces voies obscures, frayées dans les tissus vivants, par lesquelles les effluves telluriques se glissent jusqu’à l’âme, la surprennent et la possèdent en dépit d’elle-même. C’est à l’inspiration bachique que la divinité apollinienne, retenue jusque là par l’esprit positif de I Ionie dans les procédés mesquins de l’induction, dut sa forme définitive, l’enthousiasme prophétique.
de lait et de miel. Le séjour de prédilection du dieu c’est le sommet des montagnes où l’on célèbre ses fêtes, de préférence la nuit.
Le rôle de Dionysos ne se borne cependant pas à dissiper la tristesse chez les hommes et à leur faire oublier leurs soucis quotidiens dans une joyeuse ivresse. Il est un bienfaiteur de 1 humanité à d’autres égards. S’il frappe de démence ceux qui s’opposent à 1 exercice de son culte, il sait d autre part faire régner le calme et la tranquillité parmi ses adorateurs auxquels il apporte la richesse que donne la culture du sol. On lui attribuait l’invention de la charrue à laquelle il avait été le premier à atteler des boeufs. Il contribua d’autre part au développement de la civilisation en faisant régner la bonne harmonie entre les hommes, en favorisant l’organisation des cités où il apparaît comme le défenseur des faibles contre leurs oppresseurs. Enfin, comme on le verra dans la suite de ce chapitre, c’est du culte de Dionysos que naquit le théâtre grec, de sorte que le fils de Zeus et de Sémélé peut être à bon droit considéré comme le dieu de la poésie et de la musique.
L’ivresse sensuelle qui égare la raison, le sommeil agité et plein de rêves qui la suit, ont été comme la première ébauche du délire divin que la religion d’Apollon sut entourer de mystère et de silence. » Cependant c’est toujours Apollon qui garde la haute main dans l’art divinatoire, en particulier à Delphes où l’on montrait le tombeau de Dionysos dans le temple du frère d’Artémis. « Ce n’est que bien plus tard, lorsque la préoccupation de l’autre vie a remis en honneur les dieux chthoniens que l’on ose placer Dionysos sur le trépied prophétique de Pytho. Le sacerdoce apollinnien se plaisait à encourager le culte de Dionysos considéré comme « médecin » ou « agent de santé » , mais en ayant soin de faire entendre qu’il recommandait par là l’usage du vin. Dans la tradition vraie que la Pythie affectait de méconnaître, Dionysos était bien un médecin, non pas à cause de la valeur hygiénique du vin, mais parcequ’il est le symbole des forces telluriques, parcequ’à titre de fils, d’associé, d’héritier de la Terre, il connait les sources cachées de la vie et de la mort. Comme tel aussi il disposait de modes de révélation qui sont propres à la mantique chthonienne, l’inspiration et les songes » . Le seul oracle grec de Dionysos dont il nous ait été conservé mention est celui d’Amphikleia en Phocide, au pied du versant septentrional du Parnasse. Pausanias écrit à son sujet : « Il n’y a ni entrée qui conduise vers l’adyton, ni statue visible. Les Amphicleiens disent que ce dieu (Dionysos) fait pour eux l’office de devin et les secourt dans leurs maladies ; il traite les affections des Amphicleiens et des personnes domiciliées aux alentours au moyen des songes : son interprête est un prêtre qui prophétise étant possédé du dieu » . On voit que cet oracle n’avait qu’une importance minime à côté de celui d’Apollon à Delphes. Ce n’était, suivant l’expression de M. Bouché- Leclercq, qu’une « mesquine officine médicale ».
Hérodote mentionne l’existence d’un oracle de Dionysos chez les Satres, population qui habitait la Thrace, pays où beaucoup d’auteurs voient la patrie première du dieu du vin. « Les Satres ont chez eux, un oracle de Dionysos situé sur le plus élevé de leurs monts. Les Besses sont ceux qui desservent le temple : une prophétesse rend des oracles comme à Delphes, et elle n’est pas moins ambiguë. » On s’est demandé si ce sanctuaire était le même que celui qui avertit les habitants de Libethra que leur ville serait détruite quand les ossements d’Orphée auraient vu le jour et d’autre part Aristote mentionne « un adyton consacré à Dionysos chez les Ligyriens de Thrace, sanctuaire dans lequel se rendaient des oracles. Seulement ceux qui vont prophétiser boivent beaucoup de vin, comme on boit de l’eau à Klaros » .
PRINCIPAUX Les Thraces dont il vient d’être question étaient considérés pour avoir les
premiers pratiqué le culte de Dionysos qui porte chez eux les noms de Bassareus,