DE CULTE
Gigon, Dyalos, Sabazios, Sabos. Ce culte avait déjà le caractère orgiastique et se pratiquait au milieu d’un tumulte souvent désordonné auquel les femmes prenaient principalement part. C’est sur les montagnes, à la lueur des torches que se déroulaient ces cérémonies bruyantes. On a émis l’hypothèse que les fidèles pour atteindre le degré d’exaltation nécessaire, absorbaient non seulement du vin, mais encore une sorte de haschisch. Sous l’empire de l’ivresse ainsi obtenue,
du Lot
DIONYSOS
les sectateurs du dieu croyaient se rapprocher de lui et lui ressembler. Faut-il voir là comme on l’a dit, l’origine de la croyance à l’immortalité de l’âme qui, d’après Hérodote, était déjà répandue chez les Thraces ? C’est une assimilation un peu hasardeuse.
De la Thrace, le culte de Dionysos pénétra de bonne heure en Grèce. Comment s’opéra cette pénétration ? Fût-ce par voie de terre, en passant par la Thessalie et par la Béotie, ou bien l’immigration eut-elle lieu par la mer, en passant par les îles de la mer Egée ? Les deux théories ont leurs partisans qu’il ne nous appartient pas de départager.
En Béotie la religion dionysiaque prit très rapidement un développement extraordinaire. On a
déjà vu que c’était à Thébes que la légende la plus généralement admise plaçait la naissance de Dionysos. Le dieu n’avait pas de temple dans la ville même. C’est sur les pentes du Cithéron, que se célébraient les Trieterica qui revenaient tous les trois ans. Ces cérémonies avaient lieu pendant la nuit, à la clarté des torches. « Les femmes seules, dit M. Jules Girard, y prenaient part ; couronnées de lierre, revêtues de nébrides, la chevelure flottante, agitant des thyrses et frappant sur des tambours, elles se livraient à des danses et à une agitation furieuse sur la montagne en invoquant le dieu à grands cris. » Des sacrifices d’un genre particulier avaient heu pendant ces solennités, mais nous ne possédons à ce sujet que de maigres renseignements, et il est probable que ces rites n’étaient en partie que la reproduction des différentes légendes relatives à Dionysos.
Orchomène de Béotie était également un centre important du culte de Dionysos. Sur le mont Laphystos se célébraient les Aigrionia qui commémoraient la légende des trois filles de Minyas dont il a été question plus haut. Pendant cette cérémonie qui avait lieu la nuit, le prêtre de Dionysos poursuivait les femmes, un glaive nu à la main et avait l’autorisation de tuer celles qu’il pouvait
rejoindre. Il y avait évidemment là une réminiscence d’un sacrifice humain jadis offert au dieu. Sur le sommet du Parnasse avaient lieu des cérémonies analogues à celles qui se célébraient sur les pentes du Cithéron. Les femmes qui y prenaient part étaient désignées sous le nom de Thyiades et accouraient non seulement de Delphes, mais encore de l’Attique. Armées de torches, elles parcouraient la montagne pour célébrer la naissance du dieu qu’on représentait couché dans un van.
Une autre fête, destinée à célébrer ' 1 la mort du dieu, avait lieu tous les deux ans. Enfin, à Delphes même, près du tombeau de Dionysos, dans le temple d’Apollon, les Hosioi célébraient une fête secrète au sujet de laquelle nous ne possédons pas d’indications précises.