LE CULTE DE DIONYSOS EN ATTIQUE
Si dans toute la Grèce il y eut à partir d’une certaine époque des Dionysies ou fêtes de Dionysos, nulle part elles n’atteignirent un tel éclat qu’en Attique. Là encore, on commémorait et l’on reproduisait certaines légendes, en particulier celles d’Icarios et d’Erigone. Dans les fêtes du dème d’Icaria, on suspendait aux branches des arbres des poupées en souvenir des jeunes filles, qui à la suite d’Erigone, allèrent se pendre de désespoir. Ces fêtes s’appelaient les Aiora. On attribuait à Icarios lui-même l 'institution des Ascolies qui se célébraient au moment des vendanges et au cours desquelles les vignerons dansaient sur des outres gonflées d’air et enduites d’huile. Icarios, racontait-on, avait tué un bouc qui rongeait sa vigne et de la peau de cet animal avait fabriqué une outre sur laquelle il s’était mis à danser. Enfin, ce fut un habitant du dème d’Icaria, Thespis qui, plus tard, tira du dithyrambe la tragédie.
On distinguait en Attique deux sortes de fêtes célébrées en l’honneur de Dionysos, les petites et les grandes Dionysies. Les premières conservèrent toujours un caractère rural et s’appelaient les
Dionysos assis a cote de sa compagne. Ex voto.
Bas-relief trouve près de Sparte (Conze, Heroen und Goellergeslallen .)
DIONYSOS
/ héoenia ou fêtes du dieu du vin. Elles avaient, disait-on, été fondées par le roi Amphictyon, et on les retrouve dans des dèmes où la culture de la vigne n’était guère développée. « La fête traditionnelle des Dionysies, dit Plutarque, était autrefois d’une simple et populaire gaîté. En tête du cortège, une amphore de vin et un sarment de vigne; ensuite un bouc que quelqu’un traînait ; puis une corbeille de figues portée par une autre personne, et enfin le phallus. »
A propos d’Artémis, nous avons déjà eu l’occasion de parler des Brauronia, ou fêtes qui se
Dionysos et une Menade. (Conze, Heroen und Goellergestalten.)
célébraient dans le petit bourg de Brauron. Quand, pendant les guerres médiques, les Perses pillèrent Brauron, ils en emportèrent la statue d’Artémis. Après la victoire des Hellènes, on transporta à Athènes le sanctuaire de la sœur d’Apollon, tandisqu’à Brauron son culte était remplacé par celui de Dionysos. Ce culte avait à Brauron un caractère particulièrement licencieux, car on voyait des hommes ivres enlever des courtisanes. Les fêtes avaient lieu tous les cinq ans et les Athéniens y envoyaient dix hiéropes. De bonne heure il y eut différents concours, dont le plus connu était le concours de rhapsodes.
Parmi les petites Dionysies, figuraient encore les Oschophories qui se célébraient à Athènes comme prélude aux vendanges, et qui s’appelaient ainsi parcequ’on y portait en procession des pampres garnis de grappes de raisin. On en faisait remonter l 'institution à 1 hésée, au moment de
son retour de Crète après sa victoire sur le Minotaure. Vingt jeunes garçons, appartenant aux meilleures familles d’Athènes, les oschophores, marchaient en tête de la procession, portant des ceps de vigne garnis de leurs fruits. Derrière eux venaient sept autres jeunes gens qui rappelaient les victimes que les Athéniens étaient obligés d’envoyer au Minotaure, avant que ce monstre eût été tué par Thésée. Venaient ensuite les deiphnophores , mères des vingt oschophores portant des vivres, en souvenir des femmes qui allaient accompagner leurs enfants jusqu’à la trière fatale qui les emportait en Crète. Tout le long de la route, ceux qui participaient à la procession faisaient entendre des chants. Les vingt oschophores luttaient entre eux, deux à deux et les dix vainqueurs étaient invités à goûter à une boisson composée de vin, d’huile, de miel, de farine et de fromage. Quand on arrivait au temple d’Athéna Skiras à Phalère, on y déposait les ceps de vigne qu’avaient portés les oschophores. A l’intérieur même du temple se célébraient des cérémonies, les Sfcira, au sujet desquelles nous ne savons rien. On a supposé qu elles comprenaient entre autres choses un banquet où l’on consommait les victuailles apportées par les deiphnophores. Ensuite le cortège revenait à Athènes, au milieu des cris de joie de l’assistance.
LES GRANDES Les fêtes célébrées en l’honneur de Dionysos à Athènes, et qui à partir
DIONYSIES. . , . ,
d un certain epoque prirent un éclat extrao dinaire se subdivisaient en Anthestéries,
Lénéennes et Grandes Dionysies proprement dites.
Les Anthestéries ou fêtes fleuries, duraient trois jours consécutifs dont chacun avait un nom particulier emprunté à la cérémonie qui se célébrait. La première de ces cérémonies était celle de la Pithoigia. On ouvrait les outres et les vases où était conservé le vin de la dernière récolte et on le goûtait. C’était une véritable fête de famille, à laquelle tout le monde participait, depuis les enfants âgés de trois ans jusqu’aux esclaves. Tout les assistants portaient une couronne de fleurs. D’abord exclusivement agraire, la Pithoigia fut également célébrée en ville, et perdit ainsi son caractère à l’origine complètement familial. C’est sur le marché qu’on venait de goûter le vin nouveau, et des véhicules qui l’avaient apporté partaient de grossières plaisanteries dont nous trouvons les échos dans plusieurs auteurs.
La fête des Choes rappelait une très ancienne légende relative à Oreste. Quand celui-ci vint à Athènes, où il devait être absous par l’Aréopage du meurtre de sa mère, le roi Démophon ne voulut pas l’exclure des fêtes qui se célébraient précisément à ce moment en l’honneur de Dionysos. Comme il était cependant encore sous le poids de l’accusation du crime de parricide, Démophon ordonna de fermer tous les temples, et de placer auprès de chaque convive un grand pot de vin (choès), contenant environ trois litres. A un signal donné par la trompette, les buveurs se mettaient à l’œuvre, après que le héraut eût prononcé cette formule qui nous a été conservée par Aristophone : « Ecoutez, citoyens ; selon l’usage national, buvez vos mesures de vin au coup de la trompette ; celui qui le premier aura vidé la sienne recevra une outre de Ctésiphon. » D’après un autre auteur, le prix du concours était un simple gâteau. Ensuite tous les concurrents, enlevant de leur tête la couronne de
fleurs qui la ceignait, allaient la porter au temple du Lenaeon et la remettaient à la prêtresse qui la consacrait au dieu du vin.
A l’intérieur même du temple dont il vient d’être question, se déroulait une autre cérémonie, accomplie par la femme de l’archonte roi, assistée de quatorze femmes choisies parmi les mieux réputées de la cité. Elle offrait au dieu un sacrifice sur le caractère duquel nous manquons de données. Ensuite, la femme de l’archonte roi était solennellement fiancée à Dionysos. On a essayé de donner de ce fait plusieurs explications : mariage de Dionysos avec Ariane ou avec Perséphone. Il est fort probable que ce n’était là qu’un symbole, destiné à commémorer l’alliance du dieu du vin avec la cité athénienne. La fête des Chytres tirait son nom de pots ou marmites en terre, dans lesquels
on faisait cuire des semences de tout genre qu’on offrait ensuite à Dionysos et à Hermès.
Une légende, probablement inventée après coup, racontait que les survivants du déluge de Deucahon avaient fait cuire dans des marmites toutes les provisions qui leur restaient et les avaient ensuite offertes à Hermès psychopompe. Dionysos avait été associé au dieu messager dans cette cérémonie qui avait un caractère nettement funèbre. D’autre part, sur quatorze autels, quatorze femmes, censées représenter les sept Titans et les sept Titamdes qui, d’après la légende que nous avons rapportée plus haut avaient déchiré le corps de Dionysos enfant, offraient, en mémoire de ce fait des sacrifices au dieu du vin. Enfin, le jour de la fête des Chytres, tous les temples étaient entourés d’une corde, et l’accès en était interdit aux fidèles.
Les Lénéermes étaient, selon l’hypothèse la plus généralement admise, une fête commémorative de l’établissement du premier pressoir. Ce furent sans doute d’abord des Dionysies rurales, auxquelles les habitants d’Athènes s associèrent dans la suite. Le Lenaeon, temple de Dionysos, s’élevait dans le quartier de Limnae. On venait y offrir au dieu les prémices du vin, puis, tous les assistants se rendaient à un banquet offert par l’Etat. Excités par de nombreuses libations, les convives se dirigeaient, en un cortège désordonné, vers le centre de la ville. Ils chantaient les louanges de Dionysos et c’est ainsi que naquit le dithyrambe. Mais en même temps avaient lieu des scènes dont les fêtes du carnaval, telles qu elles sont encore célébrées en certains endroits, peuvent donner une
Coupe attique, trouvée en Italie, style archaïque, à ligures rouges. Paris, Musee du Louvre.
idée approximative. C’était un échange de quolibets et de plaisanteries plus ou moins grossières entre les assistants, dont les uns étaient montes sur des chars, tandisque les autres, affublés de déguisements les plus divers et parmi lesquels on voyait surtout des Satyres, des Silènes et des Pans, donnaient le signal de la plus folle gaîté.
C’est du dithyrambe que naquit la tragédie dont la première aurait été représentée au cours des
Lénéennes de I année 536. Ces représentations furent, à partir de cette époque, organisées par Pisistrate. Elles avaient d abord eu lieu, disait-on, sur de simples tréteaux, près du Lenaeon. Elles furent ensuite données dans le temple lui-même, auprès duquel on montrait le peuplier noir, sur lequel grimpaient les spectateurs arrivés trop tard pour trouver de la place dans le sanctuaire lui-même. C’est seulement en 478, quand le théâtre en bois du Lenaeon se fut écroulé pendant une représentation, qu’on se décida à construire un théâtre en pierre, tout près du Leneaon, sur la pente de l’Acropole.
La fête des Grandes Dionysies proprement dites est celle qui, à partir d’une certaine époque, se célébra avec le plus d’éclat. On en fait remonter l’institution à la fin du VL siècle, mais c est surtout après le triomphe de la Grèce sur l’Asie, après les guerres médiques, que ces fêtes prirent un développement et attirèrent à Athènes des spectateurs accourus de tous les points de l’Hellade.
Les auteurs ne sont pas d’accord entre eux sur la durée des grandes Dionysies qui comprenaient plusieurs cérémonies ayant chacune un caractère particulier ; le proagon, la procession, le concours dithyrambique, le cômos, les représentations dramatiques.
On a émis plusieurs hypothèses au sujet du Proagon qui avait lieu la veille des grandes Dionysies. La plus plausible semble être celle que donne M. Jules Girard, d’après un savant allemand : « Le Proagon , premier acte de la fête, qui précédait Yjdgon, était à la fois une annonce des pièces qui devaient être jouées, et une présentation au public de chaque troupe tragique et de chaque poète. C’était une annonce, une proclamation du titre des tragédies et du nom des poètes, qui devait se renouveler plus simplement au théâtre. A l’Odéon, le poète, ses acteurs et son choeur s’avançaient devant le public, revêtus, non de costumes de théâtre, mais d’habits de fête et la tête couronnée, il cherchait à se concilier ainsi la faveur de ses juges ; de là le sens figuré que prend le mot proagon. »
Dionysos et Ampelos.
(Conze, Heroen und Goettergestalten.)
DIONYSOS
La procession ou pompé, était une cérémonie d’une magnificence extraordinaire, comparable à celle même des Panathénées. Elle semble avoir été la commémoration de 1 introduction du culte de Dionysos en Attique. D après la légende, le dieu serait venu à Athènes du petit bourg d Eleuthérai, d’où l’on avait apporté dans la plus illustre cité de la Grèce un antique xoanon dont une copie existait encore à Eleuthérai à l’époque de Pausanias. On a, il est vrai, en jouant sur le sens du mot « éleuthérien », épithète donnée à Dionysos en cette circonstance, émis 1 hypothèse qu on voulait parler ici du dieu « libérateur. » A l’appui de cette opinion, on cite ce fait que ce jour-là on affranchissait un certain nombre d’esclaves et que tous les autres avaient quelques heures de liberté complète. Quoiqu’il en soit, le premier acte de ce jour de fête consistait bien à transporter la statue de Dionysos Eleuthereus d’un temple de Limnae dans un autre sanctuaire situé près de l’Académie. Cette image était ensuite rapportée au Lenaeon et promenée à travers la ville, au milieu d’un cortège composé des éléments les plus divers. C’étaient d’abord ce que nous appelons aujourd’hui les corps d’Etat : les magistrats, les prêtres, les chevaliers, les citoyens, les éphèbes. Comme aux Panathénées, on voyait s’avancer des canéphores, choisies parmi les jeunes filles des meilleures familles et portant dans des corbeilles des présents de toute sorte. A côté de ces personnages au caractère sérieux, en défilaient d’autres qui donnaient à la fête un côté tout à fait différent.
C’étaient des hommes costumés en Silènes et en Satyres, qui se livraient à des danses joyeuses autour de la statue de Dionysos. On entendait retentir les chœurs qui, au son de la flûte, chantaient le dithyrambe, dont un seul, celui composé par Pindare nous est connu par ce fragment. « Jetez les yeux sur votre chœur, envoyez-nous la joie et l’éclat , ô dieux olympiens qui, au milieu des parfums et de l’encens, visitez ce centre de la sainte Athènes et sa place brillante de gloire et de magnificence. Recevez les couronnes de violettes et l’offrande des fleurs printanières, et daignez regarder le poète qui, de la fête de Zeus, s’est avancé avec un hymne éclatant vers le dieu couronné de lierre, celui que nos bouches mortelles invoquent sous les noms de Bromios et d’Eriboas. Je suis venu célébrer la race des héros glorieux et des femmes de la famille de Cadmos (c’est-à-dire Dionysos, fils de Séméle et petit-fils de Cadmos). Dans l’argienne Némée, le devin attentif saisit le moment où la palme s’élance du tronc, quand s’ouvre la chambre des Heures et que les fleurs odorantes sentent le souffle embaumé du printemps. Alors le feuillage aimable des violettes se répand sur la terre immortelle, alors les roses
Dionysos sur une panthère.
(Clarac, Musée.)
s’enlacent dans les chevelures, les voix retentissent mêlées aux accords des flûtes, et les choeurs font résonner les louanges de Sémélé, ceinte d’un gracieux bandeau. »
De temps en temps, la procession s’arrêtait un instant devant des autels ou des temples, en particulier sur I agora « ou des chœurs dansaient près de I autel des douze grands dieux . « La plus importante de ces haltes, écrit M. Jules Girard, peut-être au point d’arrivée, avait heu près d un autel a feu, sur la plate-forme duquel se dressait la statue de Dionysos. C’est là sans doute qu’on sacrifiait les victimes, avec un hymne et des prières. »
Enfin on arrivait au théâtre de Dionysos, dont on a réussi de nos jours à déblayer les fondations
après de longs travaux. Ce fut le temple même de Dionysos Eleuthereus qui servit d’abord aux représentations. Le plus ancien théâtre, construit avant les guerres médiques, avait la forme d’un arc de cercle. Les sièges sur lesquels s’entassaient les spectateurs étaient en bois, ce qui provoqua, dans la première moitié du Ve siècle, une catastrophe : les bancs s’écroulèrent et il y eut un grand nombre de victimes. C’est à la suite de cet accident, dit le lexicographe Suidas, que fut édifié le premier théâtre permanent. Il se composait principalement de Y orchestra réservée aux évolutions du chœur et de l’emplace- , „ ment destiné aux spectateurs qui portait
Dionysos, a moitié ivre, appuyé sur un satyre *
(Conze, Heroen und Goettergeslallen.) |e nom çje fheatron . C’était encore Un
bâtiment d’une construction assez rudimentaire, ce qui s’explique par ce fait qu’il ne servait qu’une fois par an pendant quelques jours. C’est seulement au IV' siècle, sous l’administration financière de l’orateur Lycurgne que fut édifié un théâtre en pierre où les spectateurs ordinaires prenaient place sur des gradins en pierre calcaire, tandisque des fauteuils en marbre pentélique, au nombre 67 étaient réservés à des prêtres, à des prêtresses et à des magistrats.
Quand le cortège était arrivé dans le théâtre, on commençait par faire des libations, après quoi on procédait aux différents concours institués en l’honneur du dieu. C’étaient d’abord les concours dithyrambiques, l’un réservé aux hommes, l’autre aux enfants. « Aux dithyrambes, dit M. Jules Girard, succédait un cômos, qui se rattachait probablement à des banquets où se célébraient les victoires dithyrambiques. Les spectateurs arrivaient au théâtre repus et abreuvés, et la tête ceinte de couronnes, et pendant toute la représentation on leur versait du vin et on leur donnait des
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DIONYSOS
friandises. » Sous l’empire, Atticus pendant une halte de la procession au Céramique, fit servir du vin à toute la foule des citoyens et des étrangers étendus sur des couches de lierre. »
Les représentations dramatiques données au théâtre de Dionysos duraient de trois à quatre jours. C’étaient de véritables concours auxquels, à partir d’une certaine époque prenaient part trois poètes pour la tragédie et pour la comédie. Chacun des poètes tragiques présentait une trilogie. On apportait
Orphee et Eurydice. D’après le tableau de Nicolas Poussin.
Musee de Chantilly.
le plus de garanties possibles à la désignation des juges qui se faisait par le sort. « Les membres du conseil des Cinq Cents, assistés des chorèges, choisissaient avant le commencement de la fête, dans chacune des dix tribus un certain nombre de citoyens regardés comme capables de remplir cet office. Les noms étaient enfermés dans des urnes, une pour chaque tribu, scellées par les prytanes et par les chorèges et placées à l’Acropole sous la garde des trésoriers. Le jour des concours, l’archonte tirait de chaque urne un nom pour chacun, en sorte que ces dix noms représentaient toutes les tribus et par conséquent toute la cité. Les juges ainsi désignés s’engageaient par serment à juger conformément à leur conscience. Des places leur étaient réservées, et après le concours, chacun, au milieu des cris
et des injonctions passionnées de la foule, écrivait sur une tablette le rang qu’il assignait aux concurrents Puis un second tirage au sort désignait parmi eux les cinq juges définitifs dont le suffrage décidait, et le nom du vainqueur était proclamé. Sans doute il était couronné sur la scène par l’archonte. Il recevait une couronne de lierre. » (J. Girard).
Une autre cérémonie d’un caractère très émouvant avait également lieu au théâtre de Dionysos. C’était celle qui consistait à proclamer les noms des fils des citoyens athéniens tués à la guerre et qui avaient été nourris jusqu’à l’âge de l’éphébie aux frais de l’Etat. Ils apparaissaient revêtus des armures que la cité leur accordait et allaient prendre les places qui leur étaient réservées.
A partir du VL siècle, le culte de Dionysos se généralisa de plus en plus en Grèce, et il n’y eut guère de ville où le dieu ne possédât pas son sanctuaire. Ce culte ne se présentait d’ailleurs pas partout sous le même aspect. C’est en particulier le cas pour l’Arcadie. « Le Dionysos des Arcadiens, écrit M. Victor Bérard, n’est pas le jeune dieu que le reste des Hellènes adore, le fils de Zeus et de Sémélé tel que la légende héllémque le représente plus tard. Dionysos est ici l’égal de Zeus et de Poséidon ; il a lui-même à Mégalopohs, derrière son temple, un 1 aftazov (sanctuaire) dans ce bois sacré, entouré d’une margelle, que nul ne doit franchir. A Héraia, près de la déesse qui porte le nom élien d’Hera, c’est Dionysos qu’on adore sous la double invocation de S et de ttoàctïjS. A Mégalopolis, près du temple
d’Aphrodite, une source est consacrée à Dionysos, de même à Mantinée. Au reste dans toute l’Arcadie, Dionysos était particulièrement révéré. » Un passage de Polybe, vient à l’appui de cette thèse. « Les Arcadiens ont une réputation de vertu chez les Grecs, non seulement à cause de leurs
vertus hospitalières et accueillantes, mais surtout pour leur piété envers tous les dieux Presque
seuls de tous les Crées, les Arcadiens ont des lois pour que dès leurs enfance on apprenne les hymnes et les péans en l’honneur des dieux et des héros nationaux, puis les noms de Philoxenos et de Timothéos qu’ils dansent chaque année à leurs Dionysiaques ». Les Dionysies de Phigahe étaient célèbres.
On a constaté l’existence de ces fêtes dans un grand nombre de localités dont M. J. Girard nous donne la liste : Abdère, Amorgos, Astypalae, Chios, Cmde, Corcyre, Cos, Delphes, Délos, Imbros, Erythrae d’Asie Mineure, Lemnos, Lesbos, Naxos, Opus, Pergame, Ptolémaïs d’Egypte, Smyrne, Téos, etc...
Nous avons déjà rapporté, au début de ce chapitre, la légende d’après laquelle Dionysos Zagreus était le fils de Zeus et de Perséphone, la propre fille du maître de l’Olympe, et comment à l’instigation d’Hera, les Titans tuèrent le nouveau-né, le dépecèrent et en mangèrent les morceaux. Les membres du nouveau-né n en avaient pas moins été recueillis par Apollon, qui les avait ensevelis dans le temple de Delphes à côté du trépied de la Pythie. Le cœur de Dionysos, préservé par Athéna, avait été remis par la déesse à