LES DIONYSIES EN DEHORS DE L’ATTIQUE
DIONYSOS
Zeus qui l’avait avalé et donné ensuite naissance à un second Dionysos. C’est ce mythe que mirent en œuvre ceux qu’on appelle les orphiques, poètes qui se nommaient ainsi du chantre Orphée. Celui-ci était disait-on originaire de la Thrace, et fils d’un roi de ce pays, Oeagros. Il avait pour mère la muse Calhope. On lui donnait pour frère un autre chanteur, Linos, et on disait que Musée avait été soit son maître, soit son disciple, ou encore son fils ou son petit-fils.
Orphée joue un grand rôle dans l’expédition des Argonautes. C’est grâce à lui, comme on l’a déjà vu dans un chapitre précédent, que Jason et ses compagnons échappèrent aux enchantements des Sirènes. Une autre légende non moins célèbre est celle de la descente d’Orphée aux enfers, pour en ramener son épouse Eurydice. Celle-ci était morte de la piqûre d’un serpent, alors que pour se soustraire aux poursuites d’Aristée, elle fuyait à travers les prairies. Grâce à ses chants, Orphée
parvint à charmer Hadès et Persé-
tirent à ce qu’il ramenât parmi les vivants son épouse, à condition qu’il ne regarderait pas en arrière
ne sut pas résister à la tentation de se retourner et l’ombre d Eurydice s’évanouit à jamais. Inconsolable de cette perte, Orphée, d’après la légende devint misogyne. Il s’attira ainsi la haine des femmes de la Th race ; les Ménades en furie déchirèrent son corps sur les bords de l’Hèbre. Les Muses recueillirent ses membres épars et leur donnèrent une sépulture, mais sa tête, emportée par les flots du fleuve, parvint, avec sa lyre jusque sur les côtes de Lesbos. Les Lesbiens ensevelirent le chef du divin aède; quant à sa lyre, elle fut, par les soins des Muses, placée parmi les constellations. D’après une autre tradition, les membres d’Orphée avaient été ensevelis à Leibethra, au pied de l’Olympe, et on plaçait également le tombeau du poète en Macédoine, à Dion près de Pydna.
Dès l’antiquité , on avait comparé la mort d’Orphée, déchiré par les Ménades, à celle de Dionysos Zagreus mis en pièces par les Titans à l’instigation d’Hera. Les Orphiques s’emparèrent de cette dernière légende. Dionysos Zagreus devint le centre des mystères auxquels on attache une haute signification morale. C’était Orphée qui, disait-on, avait institué ces mystères. Dionysos Zagreus, devint pour eux le principe suprême de toute chose, car suivant l’expression de M. Jules Girard « il réunit en lui la source éthérée de vie qui lui a été transmise par Zeus son père et la source infernale qui lui vient de sa mère Perséphone. » M. Ch. Dubois a très heureusement caractérisé ce côté du culte de Dionysos Zagreus. « 11 règne souverainement sur les Enfers et il est même parfois conçu comme un fils d’ Hadès, ou comme un autre Hadès. Mais il partage aussi le trône céleste
avant d’être arrivé sur terre. Orphée
phone. Les dieux infernaux consen-
de Zeus. I! est le dieu premier-né ; avant sa mort comme après sa résurrection, il est associé au pouvoir souverain de son père ; il est le monarque universel, le maître de tous les immortels. 11 est 1 âme du monde et en assure la perpétuité. La lutte contre les Titans, sa mort, sa résurrection expriment les vicissitudes de la vie dans la nature, dans le monde physique et moral. Car il est aussi le principe du bien, tandisque les Titans représentent l’énergie destructrice du mal. C’est pourquoi 1 homme, né des cendres des Titans qui s’étaient nourris des cendres de Dionysos, est un composé
du bien et du mal. Il doit expier la peine du crime de ses ancêtres déicides, s’affranchir de ce péché, dégager en lui les bons éléments en se consacrant à Dionysos. Tel est le but de l’initiation orphique. n Par cette initiation, les fidèles cherchaient à entrer en communication avec le dieu, grâce à certains rites dont le plus essentiel était l’ omophagie. Celle-ci consistait à dépecer des victimes vivantes et à manger leur chair crue. Dans le culte de Dionysos Zagreus, la victime était un taureau, animal dont le dieu aimait à prendre la forme. En absorbant cette chair, les initiés croyaient s’assimiler celle du d eu lui-même et entrer ainsi en communion complète avec lui. Après leur mort, Dionysos Zagreus les reconnaissait, et grâce à lui ils passaient dans d’autres corps, la métempsychose étant admise par les Orphiques.
DIONYSOS
Voici comment est invoqué Dionysos Zagreus dans un fragment d’Euripide : « A toi, souverain ordonnateur, j’apporte cette offrande et cette libation, à toi, Zeus ou Hadès, suivant le nom que tu préfères. Accepte ce sacrifice sans feu, ces fruits de toute sorte offerts à pleines corbeilles. C’est toi qui parmi les dieux du ciel tiens dans la main le sceptre de Zeus, et c’est toi aussi qui dans les Enfers, partages le trône de Hadès. Envoie la lumière de l’âme aux hommes qui veulent apprendre les épreuves de leur destinée mortelle, révèle-leur dès maintenant d’où ils sont venus, quelle est la racine des maux, laquelle des divinités bienheureuses ils doivent se concilier par des sacrifices, pour obtenir le repos de leurs souffrances. »
ATTRIBUTS On attribuait au fils de
DE Zeus et de Sémélé un grand
DIONYSOS
nombre de symboles, empruntés au règne végétal et au règne animal, ou encore dûs à la fertile imagination de ses adorateurs.
Parmi les animaux consacrés à Dionysos il faut distinguer ceux qui caractérisent son culte en Grèce, de ceux qui provinrent de l’extension de ce culte en Asie. Parmi les premiers, il convient tout d’abord de citer le taureau qui lui sert souvent de monture et sous la forme duquel il aime parfois à se montrer à ses ennemis pour les terrifier. C’était aussi un des animaux qu’on lui sacrifiait le plus fréquem-
Dionysos avec le thyrse.
ment, mais la Victime qu’on offrait le plus SOU- (Conze, Heroen und Goettergestalten.)
vent au dieu était le bouc ou la chèvre. Il faut
y ajouter le chevreau, le faon et le porc. L’âne était également consacré à Dionysos, et nous avons déjà raconté le rôle que cet animal joua dans la lutte des dieux contre les Géants. Le cheval est plus rare, tandis que le chien apparaît quelquefois comme compagnon du dieu auquel le lièvre et l’abeille étaient aussi consacrés.
Sous l’influence du culte asiatique de Dionysos, on vit apparaître parmi les animaux qui lui étaient familiers, le lion, la panthère, le tigre, le lynx. Le dieu lui-même ou ses compagnons sont souvent représentés montés sur ces bêtes sauvages qu’ils ont apprivoisées.
L’attribut principal de Dionysos emprunté au règne végétal était naturellement la vigne. Le dieu du vin et les personnages de son cortège apparaissent presque toujours couronnés de pampres et sur
un grand nombre de représentations nous voyons Dionysos un sarment à la main. Le lierre, de son côté, jouait un rôle important dans le culte du dieu ; nous avons déjà rapporté la légende d’après laquelle des branches de cette plante s’étaient spontanément enroulées autour des colonnes du palais de Cadmos, ce qui avait permis de sauver de la flamme l’enfant de Sémélé après la visite de Zeus entouré de tonnerre et d’éclairs. D’autres arbres, tels que le chêne, le myrte, le pin, sont parfois consacrés à Dionysos qui a également dans son domaine les arbres fruitiers, le pommier, le noyer, le grenadier et particulièrement le figuier. C’est le bois de ce dernier arbre qui servit à fabriquer les plus anciennes statues du dieu ainsi que les phallus qu’on portait dans certaines fêtes.
Parmi les fleurs, la rose jouait le premier rôle comme attribut de Dionysos ; on y ajoute parfois l’asphodèle.
Un des plus anciens symboles du fils de Sémélé était la férule ou narthex dont la tige est l’origine
Dionysos couronne de lierre. Amphore bachique. (Gerhard, Auserlesene Vasenbilder .)
du thyrse, le plus important des attributs du dieu. Le thyrse est, pour Dionysos, ce que le caducée est pour Hermès et, de même que celui-ci, subit de nombreuses transformations. 11 apparaît d’abord sous la forme d’un arbuste non dépouillé de ses branches. Celles-ci disparaissent ensuite, pour céder la place, au sommet du thyrse, à une pomme de pin, et surtout à des feuilles de lierre et à des pampres. Petit à petit, les artistes qui ont représenté Dionysos avec l’instrument qui lui servait de sceptre, poussent plus loin la stylisation de cet emblème. A côté de la pomme de pin, on voit apparaître le bouton du lotus. Autour de la hampe, les feuilles de vigne ou de lierre s’enroulent comme des guirlandes et on finit par y attacher des rubans et même des tambourins. Le thyrse sert enfin, à la fois d’arme et de bâton magique. Cette dernière qualité lui fut surtout attribuée sous l’influence de l’orphisme, qui nous montre Dionysos frappant ses fidèles de son thyrse pour faire naître en eux l’enthousiasme qui confinait à la démence.
Comme arme, Dionysos porte encore parfois le bipenne ou hache à deux tranchants, autour de laquelle s’enroulent des grappes de raisin.
Les flambeaux qui jouent un grand rôle dans les orgies nocturnes, sont le plus souvent portés par les personnages qui forment le cortège de Dionysos, mais rarement par le dieu lui-même.
DIONYSOS
En sa qualité de dieu du vin, Dionysos nous apparaît très fréquemment tenant à la main un vase à boire, canthare, rhyton (vase en forme de corne), skyphos. L amphore et 1 outre en peau de chèvre figurent également parmi les attributs du dieu de la vigne.
Les instruments de musique jouaient un grand rôle dans les fêtes bachiques : flûtes et syrinx, cymbales, tambourins, etc... Il en est de même des masques comiques, tragiques et satyriques dont l’antiquité nous a laissé un certain nombre d’intéressantes représentations.
Dionysos apparaît le plus souvent vêtu de la nébride, faite en peau de chèvre, de bouc ou de faon, et plus tard en peau de panthère.