DIONYSOS DANS L’ART
Les représentations figurées de Dionysos n’ont pas, au cours des temps, subi moins de transformations que la conception et le culte même du dieu. Les monuments conservés, concordant avec certaines épithètes qu’on trouve dans les auteurs anciens telles que celles d’endendros, de dentrites, de stylos, de perikionios, de fyissos et phutalmios, viennent à l’appui de la thèse, d’après laquelle Dionysos, avant d’être surtout le dieu du vin, fut d’abord une divinité de la végétation en général. D’autre part, on a fait remarquer avec justesse que l’on trouve dans l’art grec deux modes différents de représentation du dieu, d’abord sous forme d’un personnage viril et barbu, ensuite sous celle d’un éphèbe dans tout l’éclat de la jeunesse.
On a longtemps discuté pour savoir à quelle époque précise le second de ces types avait remplacé le premier. Après être remonté jusqu’à Praxitèle et à Phidias, on a émis l’hypothèse que ce rajeunissement du dieu avait déjà été réalisé par Calamis. Tout ce que l’on peut dire, c’est que cette nouvelle conception devient prédominante au IV1 siècle, sans d’ailleurs faire disparaître complètement la première.
Les plus vieilles idoles de Dionysos n’étaient que des pièces de bois, plus ou moins grossièrement taillées. Tel était le cas du symbole du dieu, conservé dans la Cadmée, à Thèbes, et qu’on disait être tombé du ciel.
Un progrès notable consista à ajouter à ces troncs d’arbre, qu’aux jours de fête on ornait de pampres et de lierre et qu’on recouvrait de vêtements, un chapiteau, une tête, un masque. D’autre part, on trouve aussi des Hermaï de Dionysos; mais on a trop souvent voulu reconnaître le fils de Zeus et de Sémélé dans des monuments de ce genre consacrés à d’autres dieux. On ne peut se prononcer avec certitude que dans les cas où apparaissent les attributs distinctifs du dieu, en particulier la couronne de lierre. C’est dans cette catégorie que rentrait sans doute le Dionysos Akratophoros de Phigalie dont Pausanias nous dit qu’il n’a pu distinguer la partie inférieure du corps, cachée sous des feuilles de lierre et de laurier. Nous avons déjà rapporté plus haut, d’après le même auteur,
Dionysos
de la Villa Tiburtina.
la légende du Dionysos Aisymnetes de Patras, œuvre d’Héphaistos. Cette statue avait été apportée aux Patréens par Eurypylos qui l’avait reçue pour sa part de butin après le siège de Troie. A Athènes, les auteurs anciens signalent l’existence de plusieurs symboles très anciens de Dionysos. L’un des plus vénérés était l’image de Dionysos Eleuthereus, puis celle de Dionysos Morychos qu’à l’époque de la vendange on barbouillait de moût et de figues fraîches. Les Corinthiens conservaient dans leur temple deux statues de bois, l’une de Dionysos Lysios, l’autre de Dionysos Bakcheios, toutes deux taillées, d’après la légende, dans le pin où Penthée s’était caché pour assister aux ébats des femmes thébaines sur le Parnasse. A Argos on honorait un xoanon de Dionysos rapporté de Troie, comme celui de Patras. A Brasiai, où l’on localisait une légende spéciale de Sémélé rapportée plus haut, il y avait une image de Dionysos à laquelle les femmes seules étaient admises à rendre un culte. Enfin, d’après Pausanias, Dionysos Saotes était représenté assis à Lerne.
On retrouve des représentations du Dionysos archaïque sur un grand nombre de vases à figures noires. Le dieu est généralement vêtu d’une robe longue avec des bouts de manche, ou des manches très courtes, ou encore enveloppé dans un manteau qui ne laisse passer que les mains. Quand le dieu est monté sur un mulet ou sur un taureau, il porte un costume plus approprié, courte tunique ou chlamyde. Les vases archaïques nous montrent aussi Dionysos couché, à l’ombre de branches de lierre, en compagnie d’un échanson ou d’une femme. La chevelure et la barbe du dieu sont très développées. L’attribut le plus fréquent de Dionysos dans ces représentations c’est la couronne de lierre ; d’une main il tient généralement une corne à boire ou un canthare, de l’autre un sarment. Il ne porte pas encore la nébride, mais parfois une peau de panthère. Les animaux qu’on rencontre le plus souvent à côté du dieu sont le taureau et le m ulet , ainsi que la panthère. Dionysos est généralement représenté debout, mais on le trouve également assis, soit au milieu d’autres divinités, soit entre deux femmes en train de danser, ou encore couchées. Les scènes mythologiques le plus fréquemment représentées sur les vases archaïques, sont la lutte contre les Géants, le retour d’Héphaistos, etc...
Sur les vases à figures rouges les plus anciens, les représentations de Dionysos ne diffèrent pas essentiellement de celles qu’on trouve sur les vases à figures noires. C’est toujours la peau de panthère que porte le dieu, qui reste également enveloppé dans ses vêtements. On voit apparaître le thyrse qui porte à son extrémité supérieure une grosse touffe de lierre. Le dieu tient à la main un canthare; il est en règle générale couronné de lierre. Dionysos est le plus souvent représenté debout ; les scènes mythologiques où il joue un rôle sont les mêmes que sur les vases à figures noires.
Une monnaie d’argent de la Grande Grèce, dont il est difficile de déterminer avec précision le lieu d’origine, représente un Dionysos complètement nu. Sur les monnaies de Naxos, on voit la tête du dieu, couronnée de lierre, avec une expression souriante. En ce qui concerne la sculpture, nous ne possédons au sujet des représentations les plus anciennes du dieu, que des témoignages écrits. D’après Pausanias, Dionysos était représenté, sur le coffret de Kypselos, couché, tenant à la main un vase à boire en or et vêtu de la longue tunique. Sur le socle du trône d’Amyclée on voyait Dionysos et Sémélé.