HERMÈS PORTANT DIONYSOS ENFANT EROS JOUANT AVEC UNE PERDRIX
Cratère à anses basses. Paris, Musée du Louvre. Paris, Musée du Louvre.
DIONYSOS
On a souvent voulu reconnaître le fils de Zeus et de Sémélé dans des statues dont l’identification est très difficile. Les savants ont beaucoup discuté pour savoir si la statue colossale de la villa Albani représentait le dieu lui-même ou un de ses prêtres. La même incertitude règne au sujet d’une statue du palais Doria. Nous ne savons d’autre part rien d’une statue de Dionysos par Myron qui, paraît-il, était un chef-d’œuvre.
A l’époque classique, plusieurs artistes de grand renom s’attachèrent à reproduire l’image de Dionysos. Nous ne savons pas si Phidias et Polyclète sculptèrent des statues du dieu devenu extrêmement populaire à Athènes, mais nous sommes un peu mieux renseignés au sujet du Dionysos
d’Alcamène qui s’élevait dans le sanctuaire dionysien situé près du Théâtre, et dont a reconnu des imitations sur des monnaies. Le dieu était assis sur un trône à dossier très haut ; de la main droite il tenait le thyrse, de la gauche le canthare. Pour tout vêtement, il n’avait qu’un léger manteau. Cette statue était en or et en ivoire, de même que celle qui se trouvait dans le temple de Sicyone. On cite également un certain nombre de monnaies de cette époque qui portent une tête de Dionysos. Enfin, parmi les peintres les plus anciens qui reproduisirent les traits de Dionysos, on mentionne surtout le célèbre Parrhasios qui aurait été un des premiers à représenter le dieu sous une forme plus juvénile. Dans les peintures de vases de la même époque, on ne constate pas encore cette transformation. Les scènes préférées des artistes sont toujours l’intervention de Dionysos dans la lutte contre les Géants et dans le retour d’Héphaistos. Le dieu apparaît quelquefois s’apprêtant au combat, revêtant une cuirasse par dessus sa longue tunique, tandis que des Bacchantes tiennent les armes avec lesquelles il va entrer en lice. Le thyrse est toujours l’attribut principal, mais la peau de panthère est remplacée par la nébride. Le front du dieu est souvent ceint d’un large bandeau, probablement destiné à retenir les cheveux. Par dessus son long vêtement, le dieu porte une courte tunique sans manches, avec une ceinture et ornée de riches broderies. C’est ce qu’on appelle le chitoniskos, de caractère oriental ; on suppose que c’est par l’intermédiaire du théâtre qu’il fit son apparition.
On possède deux représentations du Sabazios phrygien, sous forme de bas-reliefs, mais qui ne fournissent aucun point de comparaison intéressant par rapport au Dionysos grec. Il en est de même d’autres bas-reliefs d’origine thrace ; ces représentations n'ont pas exercé une influence notable sur les tendances de l’art grec.
La diffusion de plus en plus grande du culte de Dionysos eut pour conséquence la multiplication des représentations figurées du dieu. Tous les grands artistes du IVr siècle s’attachèrent à reproduire
Dionysos de Leyde.
(Le nez et la lèvre supérieure ont ete restaures.)
l’image de Dionysos. Citons parmi les sculpteurs Euphranor, Scopas, Praxitèle, Bryaxis, Lysippe, parmi les peintres Aristide et Nicias. Malheureusement la plupart de ces oeuvres sont à jamais perdues et les auteurs anciens ne nous ont pas en général laissé beaucoup d’indications à leur sujet.
Le type barbu du dieu disparaît presque totalement, pour faire place à un Dionysos imberbe et juvénile. On peut suivre dans les représentations artistiques les différentes étapes de l’histoire du fils de Zeus et de Sémélé, depuis sa première et sa seconde naissance. Une des scènes qui attirent de préférence les peintres de vases est celle où Hermès emporte Dionysos enfant ; elle figurait sur le trône d’Amyclée. Nous avons donné dans un chapitre précédent (v. p. 161) une reproduction de ladmirable statue de Praxitèle, si heureusement retrouvée. Hermès porte sur son bras gauche Dionysos enfant. De la main droite il tenait probablement une grappe de raisin. Un autre chef-d’œuvre c’est le Silène barbu tenant dans ses bras le fils de Zeus et de Sémélé, et dont il y a au Louvre une excellente réplique. Il existe encore d’autres représentations de Dionysos enfant ; sur les bras ou sur les épaules de Papposilène, à cheval sur un bouc ou sur une panthère, etc...
La plus ancienne statue de Dionysos jeune homme dont nous possédions une mention est celle de Calamis qui se trouvait dans le temple deTanagra. On croit en avoir reconnu une reproduction sur différentes monnaies. Le dieu, probablement vêtu d’un court chiton, et ayant aux jambes de hautes bottes, tenait de la main gauche le thyrse, de la droite un canthare. Certains écrivains prétendent d’autre part reconnaître l’image de Dionysos sur les frises du Parthénon, ainsi que sur celles du Fhéseion et du Temple de la Victoire, mais leurs affirmations sont très discutables et très discutées.
Callistrate décrit une statue de Dionysos jeune portant la nébride par Praxitèle. Sous l’influence de ce grand artiste, la coutume se généralisera de plus en plus de ne donner au dieu que la peau de faon pour tout vêtement. Scopas avait exécuté une statue de Dionysos pour la ville de Cnide qui en possédait également une due au ciseau de Bryaxis. On croit reconnaître la manière de Scopas dans la fameuse tête du Dionysos de Leyde, envoyée en 1700 de Smyrne à Amsterdam par un résident hollandais. L’expression du visage est très animée, tandis que celle de la tête du dieu trouvée dans les thermes de Caracalla est plus pensive. Le type du Dionysos jeune devient de plus en plus prédominant. Les légendes relatives au fils de Zeus et de Sémélé, popularisées par la poésie, y contribuèrent puissamment, mises en œuvre par les plus grands des poètes grecs. Le Dionysos barbu n’apparaît plus que dans certaines scènes comme la lutte contre les Géants et le retour d’Héphaistos dans l’Olympe. Dans l’hymne homérique à Dionysos cité plus haut et où est racontée l’aventure du dieu avec les pirates thyrrhéniens, il nous apparaît « semblable à un adolescent, dans la première fleur de la jeunesse. Sa belle chevulure flottait et, autour de ses robustes épaules, il avait un manteau de pourpre « . Il semble bien que ces vers aient inspiré la représentation du dieu dans la frise du monument de Lysicrate, érigé en 334 avant J.-C., avec cette différence néanmoins que le manteau a glissé des épaules de Dionysos qui apparaît complètement nu. En général, cependant, le dieu est vêtu et porte même quelquefois un double vêtement comme dans le monument de Thrasyllos.
Du Dionysos en airain de Lysippe nous ne savons presque rien et on ne peut émettre à son
DIONYSOS
sujet que des hypothèses. On attribue à l’influence du même artiste un certain nombre de têtes de Dionysos jeune, avec de petites cornes de taureau. Il faut citer aussi des représentations de Dionysos où le dieu apparaît vêtu d’une courte tunique, chaussé de hautes bottes et portant la nébride ou la peau de panthère.
La tendance à représenter Dionysos nu ne semble pas avoir prédominé dans les peintures de
vases, en même temps que dans la statuaire. Le dieu est le plus souvent vêtu d’un manteau ou porte la chlamyde. Sculpteurs et peintres s’attachent de plus en plus à nous montrer un Dionysos dans le visage duquel on reconnaît, suivant l’expression d’Ottfried Muller, « le singulier mélange d’une ivresse bienheureuse, d’une mélancolie vague et indéfinie ». Il n’a cependant pas toujours ! aspect efféminé que certains écrivains lui attribuent.
Parmi les statues de Dionysos nu les plus remarquables qui nous aient été conservées, il faut citer deux bronzes de Vienne, le torse Farnèse, les torses du Vatican, dont l’un a tous les caractères d’un corps de femme. C’est surtout dans l’expression du visage que cette tendance à féminiser le dieu du vin se traduit. On mentionne sous ce rapport principalement le buste de Dionysos du M usée du Capitole. C’est surtout la chevelure qui donne à cette tête une expression féminine qui ressort également de la conformation du visage. Le Dionysos de la villa Tiburtina
Buste de Dionysos. rentre dans la même catégorie.
Rome, Musee Capitolin.
Nous avons déjà parlé des principaux mythes relatifs à Dionysos qui ont donné lieu à des représentations figurées : naissance du dieu, retour d Héphaistos dans l’Olympe, participation à la Gigantomachie, légendes de Penthée et de Lycurgue, rencontre d’Ariane. A partir de l’époque d’Alexandre, c’est le cortège entier du dieu que les artistes s’attachent à représenter, avec la troupe des Silènes, des Satyres et des Ménades. Le voyage triomphal de Dionysos dans l’Inde fournit également la matière à de nombreuses œuvres d art. Il ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage de poursuivre une étude de détail de toutes ces représentations qui n’ajoutent rien aux différents types de Dionysos auquel les artistes grecs ont travaillé durant de longs siècles.
Bacchantes.
(Clarac, Musee.)
LE CORTÈGE Ül) THIASE DE DIONYSOS.