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SATYRES

A côté des Ménades, et comme leur faisant pendant, on voit dans le cortège de Dionysos des personnages d’un caractère spécial, moitié hommes, moitié animaux, les Satyres et les Silène* qui, d’abord distincts Jet uns des autres, finirent par se confondre. Ils nous sont beaucoup plus connus par les nombreuses représentations artistiques dont ils ont été l’objet dans l’antiquité que par les sources littéraires qui sont extrêmement rares.

Il semble bien que

la patrie d’origine des Satyres fut le Péloponèse, et plus spécialement l’Arcadie dont les populations agrestes se représentaient ces personnages comme des esprits, des démons qui résidaient de préférence dans les forêts, sur le sommet des montagnes. On se les figurait avec des cornes, une

Bacchante en fureur. (Clarac, Musée.)

Menade dansant. (Musee de Berlin.)

queue et des ongles fourchus, ayant beaucoup d’analogies avec la chèvre et le bouc dont on leur prêtait le caractère lascif.

Originaires de la Thrace et de la Phrygie, les Silènes se distinguaient des Satyres en ce que, par leur nature, ils ressemblaient beaucoup aux Centaures. Ils avaient en effet des oreilles et une queue, des sabots et même parfois des jambes de cheval. On les voit avec une crinière et le corps complètement recouvert de poils.

A partir d’une certaine époque, la distinction qui existait entre les Satyres et les Silènes disparut. On les confondit généralement les uns avec les autres, leur donnant indifféremment l’un ou l’autre nom. Le type qui prévalut dans les représentations artistiques fut celui du Satyre avec les Gvren.3 et la queue de cheval.

Le nombre des Silènes est indéterminé. L’ un cependant d’entre eux occupe une place spéciale. C’est celui qui est représenté comme le père nourricier, le précepteur de Dionysos. On le disait fils de Pan et d’une nymphe.

D’autres auteurs lui donnent comme père Apollon et d’après une tradition, il serait, comme les Géants, né des gouttes de sang d’Ouranos mutilé. Son domaine était le mont Nysa où, d’après la

DIONYSOS

légende, Dionysos fut élevé par les nymphes. Celles-ci confient à Silène 1 éducation du jeune dieu dont il devient dès lors l’inséparable compagnon. On lui prêtait une grande sagesse, ainsi que le don de prophétie qu’il ne pouvait, il est vrai, exercer que dans 1 état d ivresse. Aussi cherchait-on à le capturer et à l’enivrer pour obtenir de lui la révélation de 1 avenir. C est ainsi qu il tomba entre les mains du roi Midas, près de la source Irma suivant les uns, sur le mont Bermios en Macédoine, d’après les autres. Amené devant le roi, il refuse d’abord de parler, puis se répand en propos sur la vanité de l’existence humaine. « I! vaudrait mieux, dit-il, pour 1 homme de n être pas né ou bien mourir aussitôt après sa naissance » .

D’après la légende, Silène aurait été plusieurs fois capturé par des mortels qui voulaient s’éclairer de sa sagesse. Dans sa sixième Eglogue, Virgile raconte que deux jeunes bergers auxquels Silène avait souvent, en plaisantant, promis une de ses chansons, surprirent le vieillard endormi dans une grotte. Aidés de la nymphe Aegle, ils l’enchaînèrent avec la couronne qui avait glissé de sa tête pendant son sommeil. S’étant éveillé. Silène rit de leur ruse et commença un chant où il retraçait l’origine du monde et de tout ce qui vit, racontant les mythes les plus anciens, comme ceux de Pyrrha, de Kronos et de Prométhée. Tous les êtres vivants des environs accoururent pour entendre les accents du vieux Silène et les chênes eux-mêmes remuaient les branches les plus extrêmes de leurs cimes. On montrait sur l’Acropole d’Athènes une pierre sur laquelle s’était reposé Silène quand, en compagnie de Dionysos, il était venu dans la capitale de l’Attique. Sur le marché d’Elis, dans le Péloponèse, se trouvait un temple exclusivement consacré à Silène, avec une statue du dieu auquel Methe offrait une coupe remplie de vin. Silène était également honoré à Malée, en Laconie, où le compagnon de Dionysos était, disait-on, venu s’établir. A Pholoé, on disait que Silène avait eu de la nymphe Melia le centaure Pholos. Enfin, d’après une tradition rapportée par Clément d’Alexandrie, les Arcadiens croyaient que Silène était le père d’Apollon nomios, c’est-à-dire gardien des troupeaux. A une époque postérieure on donna pour fils à Silène un personnage mythique du nom de Staphylos qui aurait le premier mélangé du vin et de l’eau. Un écrivain égyptien, Nonnos, cite trois fils de Silène, Astraios, Maron et Leneus.

Les Silènes sont souvent représentés dansant avec des Ménades. Ils étaient également musiciens. Nous avons déjà rapporté la légende du satyre Marsyas qui osa provoquer avec sa flûte Apollon

jouant de la lyre. Ce dernier instrument n’était pas inconnu aux Silènes qui savaient s’en servir pour accompagner leurs chants.

Silènes et Satyres ont certainement existé comme individualités à part, avant d’être associés à Dionysos. Comme on l’a dit, cette association s’explique par l’irrésistible attrait de la religion dionysiaque, qui adopte peu à peu les génies secondaires des eaux, forêts et des sources... Les Satyres reprirent pour Dionysos les danses rituelles qu’ils avaient autrefois exécutées pour Cybèle. Les cérémonies exotiques de ce culte produisaient chez les fidèles des crises d’enthousiasme : ils se

croyaient possédés par la divinité et métamorphosés en animaux sacrés, boucs ou chevaux (Satyres ou Silènes.)

A partir d’une certaine époque, Silènes et Satyres perdirent leur caractère d’animalité pour ne plus être que des hommes travestis qui, au milieu d ébats bruyants, prennent part aux fêtes célébrées en l’honneur de Dionysos. C’est de cette participation que naquirent à Athènes le dithyrambe, la tragédie et le drame satirique. Les acteurs chargés du rôle de Satyres portaient un masque qui rappelait les traits des personnages mythiques qu’ils étaient censés représenter. Ils étaient nus jusqu’à la ceinture, ou du moins portaient un mince maillot couleur de chair. A 1 occasion cependant, on les voit couverts d’une peau d’animal ou vêtus simplement comme des hommes. Les choreutes étaient au début au nombre de douze, mais dans les représentations artistiques qui nous sont parvenues, on voit aussi des Satyres assister à la pièce en qualité de spectateurs, facilement reconnaissables à leur aspect extérieur et à leur tenue.

On a déjà vu plus haut que les Silènes assistent Dionysos dans la lutte contre les Géants, montés sur des ânes dont le braiement terrifie les adversaires des Olympiens. Un vase de l’époque archaïque, nous montre Dionysos en train de transpercer avec son thyrse un géant terrassé, auquel une panthère plante ses dents dans la poitrine. Deux Silènes accourent à grands pas. L’un d’eux, portant sur son bras droit une peau de panthère, ramasse de la main gauche une pierre pour la lancer sur le géant. Son compagnon tient un bouclier et une lance la pointe en bas. Sur l’autre côté du vase, on voit un Silène armé que deux autres, sans armes, traînent sur un char de guerre, derrière lequel un quatrième souffle dans une trompette.

Ce n’est pas la seule circonstance dans laquelle nous voyons les Silènes en rapport avec les dieux. Sur le célèbre vase de Brygos, ils entrent en lutte avec la messagère des dieux, Iris. Celle-ci vient de prendre sur un autel une queue de vache offerte en sacrifice. A ce moment accourent trois Silènes. L’un empoigne la déesse d’une main, et de l’autre veut lui arracher l’objet qu elle tient. Un

Dionysos et Silene.

(Clarac, Musee.)

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