TORSE DU SATYRE DE PRAXITÈLE
D'apres une répliqué en marbre. Paris, Musee du Louvre.
haut, tentative de viol sur Iris et sur H era, lutte avec Heraklès. A l’époque classique, la tendance à faire des Silènes des êtres moins sauvages, à leur donner quelque chose de plus doux et de plus
noble, s’accentue de plus en plus. Ils ont toujours un corps élancé, sont généralement chauves, ce qui donne à leur tête quelque chose de plaisant. La barbe est assez forte, mais la queue se raccourcit et ne descend guère plus bas que les genoux. L expression du visage est sérieuse, parfois même mélancolique. Presque toujours nus, les Silènes ont pour principal attribut le thyrse ; ils jouent de la double flûte et de la lyre.
Pendant longtemps, les artistes avaient représenté les Silènes sous l’aspect d’hommes d’un âge avancé. On prit l’habitude de montrer, à côté de ces vieillards, des personnages plus jeunes, aux mouvements moins lourds. D’autre part, on rencontre le type de Silène, considéré comme père nourricier de Dionysos, et aux petits soins pour son maître, type qui deviendra classique à partir du IV1 siècle. C est un « personnage au masque socratique, à face chauve, à la fois laid et jovial, aux membres gras, au ventre replet » . On a constaté également que dans la seconde partie de la période classique, la tendance à faire des Silènes des compagnons d’une tenue un peu moins débraillée disparaît. Le côté orgiastique du culte de Dionysos qui prédomine de plus en plus, amène les artistes à représenter les Silènes, non pas dans l’extase des Ménades, mais avec une liberté d’allures qui rappelle l’art archaïque.
La représentation des Silènes par l’art plastique n’apparaît qu’à une époque relativement tardive de 1 art grec. Nous ne connaissons que par des sources littéraires le célèbre groupe de Myron où l’on voyait Athéna jetant à terre la flûte qu’elle venait d’inventer mais qui lui déformait la bouche, et Marsyas impatient de ramasser cet instrument. Au IV' siècle au contraire, de grands sculpteurs s’attachent à reproduire les personnages qui jusqu alors avaient surtout attiré les peintres de vases. La plus célèbre de ces statues est celle du Satyre de Praxitèle dont plusieurs répliques nous
Satyre et Nymphe.
Rome, Musée du Vatican (Clarac, Musée.)
Faune dansant.
Londres, British Muséum.
(Clarac, Musee.)
DIONYSOS
ont été conservées. Ici, nous nous trouvons en face d’un jeune homme aux traits réguliers, dont seules les oreilles pointues rappellent le caractère primitif des compagnons de Dionysos. La tête légèrement
— 1 penchée, il s’appuie sur un tronc d’arbre, le regard perdu au loin. Ce sont également de jeunes Satyres qui sont groupés autour de Dionysos sur le monument de Lysicrate. Un autre grand sculpteur, Lysippe a représenté Silène avec Dionysos enfant ; la meilleure réplique de cette œuvre magistrale qu’on avait d’abord attribuée à Praxitèle se trouve au musée du Louvre. En ce qui concerne Silène, le type qui à partir de cette époque prévalut dans la sculpture, est celui d’un personnage aux formes bien dessinées, mais où la graisse envahit les muscles, comme par suite des excès de la bonne chair. Son crâne est pointu et chauve, le front ridé, la barbe abondante. Les oreilles épaisses ressemblent par leur pointe à celles du porc.
L’époque hellénistique est riche en représentations de toutes sortes de Silènes et de Satyres. Il en est de même pour les peintures murales de Pompei. Dès iors, les artistes s’attachent de plus en plus à représenter des Satyres juvéniles et de vieux Silènes.
PAN. A côté des Ménades, des Silènes et des Satyres, on voit très fréquemment ap-
paraître dans le cortège de Dionysos un autre démon qui commença par avoir une personnalité distincte et dont le culte, d’abord limité à un canton spécial de la Grèce, ne se répandit qu’à une époque assez tardive dans toute l’Hellade. C’est Pan, dont on ne trouve aucune trace ni dans l’Iliade, ni dans l’Odyssée, mais auquel a été consacré un hymne homérique qui mérite d’être cité tout entier.
« Muse, entretiens-moi du fils chéri d’Hermès, dieu aux pieds de chèvre, à deux cornes, épris des danses bruyantes, qui parcourt les prairies plantées d’arbres, avec les nymphes accoutumées à former des chœurs.
Celles-ci foulent les cimes des roches escarpées, elles invoquent Pan, dieu des pâtres, à la superbe chevelure inculte, à qui sont échus les monts couverts de neiges, et les cimes des montagnes, et les sentiers rocailleux. Il marche ça et là parmi les halliers épais: tantôt un paisible ruisseau l’attire, tantôt
Faune endormi.
Munich, Glyphotheque.
(Clarac, Musée.)
il remonte au milieu des âpres rochers, et, du haut d’un pic extrême, il court sur les chaines de montagnes chenues ; souvent il côtoie le pied des collines, et tue les bêtes fauves que découvre sa vue perçante. Quelquefois seul, sur le soir, au retour de la chasse, excité par la douce Muse, il chante en jouant du chalumeau ; et l’oiseau, qui dans la saison fleurie du printemps fait entendre les sons les plus doux, lorsque dans le feuillage il répand ses notes plaintives, ne le surpasserait pas en mélodie. Alors, les nymphes Orestiades le suivent d’un pas furtif vers la fontaine profonde, et à sa voix mêlent leurs voix sonores; l’écho leur répond autour du sommet des montagnes, dans la molle prairie où le crocus et la jacinthe aux suaves parfums confondent leurs fleurs avec l’herbe touffue, tandis que le dieu couvert d’une peau de lynx ensanglantée, agitant ses pieds, entre ça et là dans le chœur, fier en son âme de ces jeux retentissants. Les nymphes célèbrent les divinités
bienheureuses et le vaste Olympe ; elles racontent combien excelle parmi tous les dieux le bienveillant H ermès, et comment il est leur messager rapide.
11 vint dans l’Arcadie aux nombreuses sources, mère des troupeaux, où est son bois sacré du Cyl ene, et quoique dieu, il y paissait pour un homme mortel
des brebis à toison moelleuse. Car la langueur du désir étant survenue, abondait en son âme pour qu’il s’unît à la nymphe Dryops. Et il accomplit ce mariage florissant ; la nymphe enfanta dans sa demeure le fils chéri d’Hermès, au premier aspect prodigieux, dieu aux pieds de chèvre, à deux cornes, épris des danses bruyantes et riant doucement. Elle fit un bond et s’enfuit, la nourrice abandonna l’enfant, car elle fut saisie de crainte, en voyant ce visage rude et barbu. Aussitôt le bienveillant Hermès le recueillit dans ses mains, et en son âme, il fut comblé de joie ; il se hâta de se rendre au séjour des immortels, ayant enveloppé l’enfant dans la peau velue d’un lièvre de montagne. Il s’assit auprès de Zeus et des autres immortels, et il leur montra son fils. Tous les dieux en leur âme furent charmés, et surtout Dionysos ; il lui donna le nom de Pan (tout), parce qu’il les avait tous réjouis. »
D’après cet hymne homérique, Pan serait donc le fils d’Hermès et de la nymphe Dryops. D’autres auteurs lui donnent une parenté toute différente. Suivant les uns il était fils de Zeus et de Calhsto ; d’après d’autres il était né des relations d’Hermès avec Pénélope. C’est même sur cette dernière opinion que s’appuie Hérodote pour essayer de prouver que l’apparition du culte de Pan en Grèce est de date récente. Mais, si ce dieu ne prend que tardivement figure de divinité panhellénique, il n’en est pas moins certain qu’il était depuis la plus haute antiquité honoré dans un des cantons les
Un Satyre. D apres Michel Ange.
(Phot. Alinari, Florence.)
DIONYSOS
plus reculés de la Grèce, l’Arcadie, M. Victor Bérard voit même en lui le dieu le plus ancien des Arcadiens, antérieur à Zeus lui-même. En tous cas, il était la divinité préférée de ce peuple de bergers. Sur le mont Lycée, son culte était inséparable de celui de Zeus Lykaios dont nous avons rapporté les particularités dans le second chapitre de cet ouvrage. On retrouve encore la trace du culte de Pan en d’autres localités, comme à Lycosoura, qui était regardée comme la ville la plus ancienne du monde, sur le mont Ménale où l’on venait consulter son oracle, sur le Parthénios.