ATTRIBUTIONS ET CULTE DE PRIAPE
la campagne. Il était considéré comme le protecteur des bergers, des troupeaux, de l’élevage en général. On lui offrait du miel et des gâteaux et on lui sacrifiait des animaux des troupeaux dont il assurait la prospérité. L’élevage des abeilles était également placé sous la protection de Priape.
Comme dieu de la force génératrice, Priape est, selon l’expression d’un auteur ancien, « le gardien des jardins et des vignobles ». Il recevait en offrande toutes sortes de fruits,' en particulier des figues, des raisins, des amandes, des grenades. On lui consacrait des ustensiles de jardinage en cire. Les images plus ou moins grossières du dieu que ses adorateurs lui élevaient dans les jardins, étaient en bois de figuier, de peuplier ou de chêne. Dans la suite, elles servirent surtout d’épouvantail contre les voleurs et les oiseaux; on finit également par leur attribuer le « mauvais œil ».
Priape était aussi l’objet d’un culte de la part des navigateurs et des pêcheurs. Ses statues et ses autels se dressaient sur les côtes et dans les ports ; on lui offrait des poissons et on lui consacrait des ustensiles de pêche, comme des filets et des nasses. Enfin, les voyageurs auxquels les nombreuses statues du dieu servaient de poteaux indicateurs ne manquaient pas de lui apporter le tribut de leur reconnaissance.
C’est surtout dans les mystères Dionysiaques que Priape, symbole de la puissance fécondante de la nature, vit son culte atteindre son apogée. On finit par voir en lui le principe universel du monde, le créateur et le dispensateur de tous les biens. Il se peut très bien que cette conception se rapproche de l’idée primitive que les premiers adorateurs de Priape se faisaient de leur dieu. Le phallus, symbole de l’énergie créatrice divine, se retrouve chez un grand nombre de peuples anciens. On a vu dans un chapitre précédent que dans le temple de Cyllène, Hermès était représenté par un simple phallus, et l’on sait le rôle que joue encore aujourd’hui le lingham dans la religion hindoue. Répandu surtout dans les campagnes, le culte de Priape ne perdit jamais complètement ce côté de son caractère. Sans doute il s’affina au contact des Orphiques, mais cette conception ne sortit jamais des limites d’un cercle d’adorateurs relativement restreint.
PRIAPE Les idoles rustiques de Priape élevées de tous côtés dans les campagnes,
dans L ART. n’ont aucun rapport avec les représentations artistiques du dieu telles qu on les trouvait dans les sanctuaires qui lui étaient consacrés. Nous pouvons nous en faire une première idée d’après certaines monnaies de la ville de Lampsaque en particulier, que la décence ne permet pas de reproduire. Le dieu est en effet toujours représenté ithy phallique . Généralement barbu, couronné de lierre comme Dionysos, il tient d’une main le thyrse, de l’autre un vase à boire avec lequel il fait une libation. Son costume consite en un long vêtement, relevé par devant comme un tablier, souvent rempli de fruits, qui laisse voir un phallus. On retrouve ce type dans des statuettes de bronze et dans des terres cuites assez nombreuses. De même que pour Dionysos, on assiste pour Priape à un rajeunissement du dieu dans les représentations figurées à partir d une certaine époque. La barbe disparaît, les formes du corps deviennent plus gracieuses. Il est toujours vêtu d une longue robe, retroussée par devant, contenant dans ses plis des fruits et des fleurs, et laissant apparaître
DIONYSOS
son signe distinctif. A côté de ces fleurs et de ces fruits, on voit apparaître de petits Eros qui figurent parfois aux pieds du dieu dont ils soulèvent indiscrètement le vêtement. Parfois aussi, ce vêtement tombe jusqu’aux pieds, mais les artistes prennent toujours soin d’accuser par des plis la présence du phallus turgescent, que d’autres cachent sous des fleurs ou par une bourse. Nous avons déjà parlé plus haut de la peinture murale de Pompei où Priape est représenté à côté d’Heralclès, en compagnie d’Omphale. Ici, le dieu apparaît avec un vêtement asiatique qui lui tombe jusqu’aux pieds ; il a des souliers et des boucles aux oreilles. De son épaule tombe une peau de chevreuil et un petit Eros soulève le bas de sa robe pour contempler le phallus dont rien ici ne révèle la présence. On a retrouvé un assez grand nombre de ces peintures murales où les artistes ont souvent dépassé les bornes de la décence, et on a voulu reconnaître également Priape dans des nombreuses statues de jeunes garçons d’un caractère particulièrement obscène.
Enfin, Priape figure dans des groupes, dont l’un des plus remarquables est celui où le dieu a passé le bras gauche autour d’une Ménade qu’il regarde d’un œil non équivoque. Il existe aussi plusieurs groupes où Priape est représenté en compagnie d’Aphrodite et d’Eros et des statues représentant la déesse de l’amour appuyée sur un Hermès du dieu dont nous parlons ici. Ces H ermai de Pr lape étaient très nombreux ; ils se composaient tantôt d’une simple tête, tantôt de la partie supérieure du corps, avec la partie du vêtement dont les plis retiennent des fruits et des fleurs. Les H ermai nus abondent sur les bas-reliefs. L’évolution des différents types de représentations artistiques de Priape pourrait faire l’objet d’une très intéressante étude qui sort des cadres de cet ouvrage.
Dionysos ivre sur un ane.
(Clarac, Musée.)
Triomphe de Dionysos enfant.
(Clarac, Musée.)