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LES CENTAURES

Parmi les êtres fabuleux enfantés par l'imagination des anciens, il n’en est guère de plus curieux que les Centaures qui partagent la nature thiéromorphique des Satyres et, comme eux, entrent à un moment donné dans le cortège de Dionysos. Leurs aventures ont fait l’objet de légendes dont quelques-unes sont parmi les plus populaires de la mythologie hellénique.

Quelle était l’origine des Centaures ? Il faut, à ce point de vue, distinguer deux catégories, l’une qui comprend les représentants les plus illustres de cette race spéciale, Chiron et Pholos, la seconde dans laquelle se rangent tous les autres Centaures qui sont d’un caractère plus sauvage et chez qui l’animalité l’emporte de beaucoup. Suivant certains auteurs, Chiron aurait eu le même père que Zeus, Poséidon et Hadès. Kronos l’aurait en effet engendré avec l’Océamde Philyra, en prenant la forme d’un cheval. Suivant une version différente il ne se serait ainsi métamorphosé qu’après avoir été surpris dans ses ébats amoureux par son épouse légitime Rhea. Philyra s’enfuit sur le mont Pélion en Thessalie, où elle mit au monde Chiron. Une tradition postérieure dit qu elle fut métamorphosée en tilleul. Quoique moitié homme, moitié cheval, Chiron avait des mœurs très douces et était célèbre par sa sagesse. Par l’emploi des plantes qui croissaient sur les pentes du Pélion, il savait guérir les bestiaux. Apollon lui confia l’éducation de son fils Asklépios qu’il instruisit dans l’art de la médecine. Un grand nombre de héros bénéficièrent de ses leçons. Il leur enseignait la chasse, la musique, l’art militaire. Le plus illustre fut Achille qu’il nourrit du sang des lions, de la moelle des ours et des sangliers. Achille avait des titres particuliers à l’affection de Chiron. Son père Pélée était le fils d’Eaque et d’Endéïs, fille de Chiron. Si Pélée parvint à épouser l’Océanide Téthys, ce fut grâce au •plus sage des Centaures, dans la demeure duquel les noces eurent heu sur le Pélion. C’est à cette occasion que Chiron fit cadeau à Pélée de la lance merveilleuse capable de guérir les blessures qu elle

DIONYSOS

avait faites et qui devait plus tard passer entre les mains du plus brave des héros de la guerre de Troie.

Nous avons déjà raconté dans une autre partie de cet ouvrage comment Chiron, quoiqu immortel par sa naissance, demanda à mourir, parce qu il avait été blessé d une des flèches d Heraklès, infestée du venin de l’hydre de Lerne. Son immortalité serait passée à Prométhée, quoique celui-ci, par son origine, fût, lui aussi, à l’abri de la mort.

D’une ascendance moins illustre,

Pholos était, disait-on, fils de Silène et d’une nymphe. Sans avoir les mêmes qualités que le précepteur d’Achille, il ne s’en distinguait pas moins du reste des Centaures par son caractère franc et hospitalier. Pris comme arbitre entre Héphaistos et Dionysos qui se disputaient l’île de Naxos, il se prononça en faveur du fils de Zeus et de Sémélé. Par reconnaissance, celui-ci fit cadeau à Pholos d’un tonneau de vin, en lui recommandant de ne pas l’ouvrir avant l’arrivée d’Héraklès. Le tonneau fut enterré jusqu’au jour où le héros, quatre générations d’hommes après, vint rendre visite à Pholos dans son antre. D’après la légende, les autres Centaures, attirés par l’odeur du vin, accourent et veulent prendre part au festin. Un combat terrible s’engage. Ils assaillent Heraklès à coups de quartiers de roche, de pins déracinés, mais sont finalement mis en fuite par le héros qui les poursuit jusqu’au cap Malée.

Ces Centaures, dont nous venons de parler avaient une origine qui fait l’objet d’une légende dont nous avons déjà eu l’occasion de parler (v. p. 65) à propos d’Hera et d’Ixion. Celui-ci, sur l’ascendance duquel les auteurs anciens ne sont pas d’accord, (la plupart admettent qu’il était le fils de Phlegyas et avait pour mère Perimela, d’autres lui donnent pour père Arès), avait demandé la main de Dia, fille de Deioneus, et pour faire agréer sa demande avait promis à son beau-père des présents de grande valeur qu’il refusa ensuite de lui donner. Deioneus protesta contre ce manque de bonne foi et cessa tous rapports avec son gendre. Celui-ci feint de vouloir rentrer dans ses bonnes grâces. Il l’invite à un banquet, puis, au moment où le malheureux s’y attendait le moins, il le

Centaure jeune.

Rome, Musee Capitolin.

précipite dans une fosse remplie de feu où les flammes le dévorent. Ce crime épouvantable excita l’indignation et la réprobation générale, aussi bien sur terre que parmi les Olympiens. Aucun de ces derniers ne consentit à purifier Ixion, sauf Zeus qui non seulement lui accorda l’absolution de son forfait, mais encore l’admit à sa table. 11 en fut mal récompensé, car dans son égarement, Ixion porta les yeux sur Hera, ce qui ne pouvait passer inaperçu du maître de l’Olympe. Pour mettre Ixion à l’épreuve, Zeus a recours à un stratagème. Il donne à une nuée la ressemblance d’Hera. Ixion s’unit à ce nuage, et de cet embrassement naît un monstre, Kentauros. « Cette étrange mère, dit Pindare, unique dans l’univers, produisit un fils qui dans sa nature n’avait pas son semblable. Monstre féroce, les Charités ne présidèrent pas à sa naissance, et il fut avec dédain repoussé par les hommes et flétri

par les lois divines. Kentauros (c’est le nom que lui donna sa mère) se mêla dans les vallées du

Pélion aux cavales de Magnésie. De cette union naquit un peuple d’enfants merveilleux qui

ressemblaient à leur mère par le bas du corps, par le haut à leur père. »

Suivant une version différente, Ixion aurait eu de Néphélé (la nuée) non pas un, mais plusieurs rejetons, des Centaures de forme humaine. Elevés par des nymphes sur le mont Pélion, ils s’unirent à des cavales et c’est ainsi que seraient nés les hippocentaures, à la fois hommes et chevaux. Enfin, d’après une autre légende, les Centaures n’avaient pas seulement pour père Ixion, mais encore le cheval ailé Pégase, et tous les deux auraient eu des relations dans la même nuit avec une esclave qui, d’après certains auteurs, était une Centauresse à laquelle ils donnent le nom de Dia. Elle eut plus tard de Zeus lui-même un fils célèbre, Pirithoos.

Dans ses Dionysiaques, Nonnos, un écrivain grec d’une époque postérieure, distingue trois espèces de Centaures, compagnons de Dionysos dans son voyage triomphal. La première catégorie comprend Chiron et Pholos. Dans la seconde rentrent les Centaures dit cornus, fils des nymphes Hyad es. Ils avaient d’abord la forme humaine, mais furent métamorphosés par Hera, en punition des soins donnés à Dionysos enfant par les Hyades. Il y aurait enfin eu une troisième espèce de Centaures, fils de Gæa, la Terre et de Zeus. Ils étaient nés dans l’île de Chypre, à la suite d’une tentative de viol du maître de l’Olympe sur la personne d’Aphrodite. Celle-ci, d’ordinaire moins prude, avait réussi à se soustraire aux embrassements du maître de l’Olympe et la Terre avait recueilli le résultat de la tentative avortée de Zeus.

LES CENTAURES Homère qui, à différentes reprises parle des Centaures, nous raconte leur

combat contre les Lapithes. Ceux-ci, par leurs origines diverses, étaient

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