MARIAGE
sont l’égoïsme, la sévérité, une humeur querelleuse, enfin la jalousie. La conduite de Zeus envers son épouse justifiait il est vrai amplement cette dernière tendance d’Hera. On a fait remarquer avec raison que cette tournure d’esprit de l’épouse de Zeus, en particulier son égoïsme et sa jalousie, s’expliquait par l’état social de l’époque où prirent naissance ces légendes. La condition de la femme n’était pas alors ce qu elle devint plus tard.
Or, Hera est avant tout la déesse protectrice de la femme. Elle protège en elle la jeune fille, la fiancée, la femme mariée. Sa sollicitude ne quitte pas la femme un seul instant ; elle la suit jusque dans les détails les plus intimes de sa vie physiologique. On a vu plus haut qu’Hera avait pour fille Ilithyie, chargée de la délivrance des femmes. L’épouse de Zeus se confond souvent avec llithyie. On raconte que Socrate jurait par Hera parce que sa mère était sage-femme.
Mais c’est surtout sur la femme mariée qu’Hera étend sa protection. Quoique son union avec Zeus n’ait pas toujours été très heureuse, les Grecs n’en avaient pas moins fait le prototype idéal du mariage. C’était Y tzpôi yapoi, le mariage sacré. Les fêtes célébrées à ce propos dans le monde hellénique tout entier, constituaient pour ainsi dire le fond même du culte d’Hera. Elles portaient le nom caractéristique d’Heraia, à côté desquelles il faut ranger les Daidalia, les Kallisteia, les Hekatombia.
PRINCIPAUX C’était à Argos, l’une des trois villes préférées d Hera, qu’étaient célébrées
les fêtes les plus fameuses en l’honneur de la déesse. Elles auraient été instituées par Lyncée, gendre de Danaos, dans les circonstances suivantes. Ayant appris par son fils Abas la mort de son beau-père, Lyncée, en fut si heureux qu’il chercha comment il pourrait récompenser le messager de la bonne nouvelle. Il lui fit cadeau d’un bouclier que Danaos avait consacré à Hera et fonda des jeux en l’honneur de la déesse. 11 y avait d’abord des sacrifices de taureaux présidés par une prêtresse qui se rendait au temple sur un char attelé de boeufs blancs, puis des processions et des jeux. Le plus célèbre de ces jeux était la course au bouclier. Lançant leurs chevaux à toute allure, les cavaliers devaient planter leur javelot dans un bouclier fixé à une lance fichée en terre. Le prix du concours était une couronne de myrte et un boucher. L’Heraion ou temple d’Hera à Argos était l’un des plus anciens de la Grèce. D’après une légende rapportée par Pausamas, Hera et son frère Poséidon s’étaient disputé la possession de l’Argolide. Un tribunal constitué de trois personnages, Phoroneus, Kephisos et Inachos s’était prononcé en faveur d Hera. Phoroneus aurait construit le premier temple consacré à la déesse. 11 s’y trouvait un assez grand nombre de
HERA
statues dont quelques-unes remontaient à la plus haute antiquité, alors que l’art de la statuaire en était encore à ses premiers balbutiements. C’était d’abord une colonne de pierre qu’aux jours de fête on ornait de bandelettes et de franges, puis plusieurs statues en bois (xoana) dont l’une en poirier sauvage. A côté de ces monuments archaïques, l’Heraion d’Argos possédait la plus belle des statues d’H era, aussi célèbre que le Zeus de Phidias à Olympie. Elle était due au ciseau de Polyclète. « La déesse, dit Pausamas, est assise sur un trône d’ivoire et d’or ; sur son diadème les Kharites et les Heures sont figurées ; elle tient d’une main le sceptre, de l'autre la grenade. » Cette
Cortège nuptial d Hera et de Zeus, Bas-relief antique. Rome, Villa Albani. (Overbeck, Atlas der Kunstmythologie.)
statue était en or et en ivoire, de même que celle d'Hébé, placée à ses côtés, et qui avait été sculptée par un des élèves de Polyclète, Naukydès.
Les autres villes du Péloponèse où Hera avait des temples réputés, étaient Mycènes, Tyrinthe, Sparte, Nauphie, Olympie. Après la destruction de Tyrinthe, le très ancien xoanon d’Hera qui se trouvait dans le temple de cette ville, avait été transporté dans l’H eraion d’Argos. A Nauplie une légende voulait qu Hera prit chaque année, dans la source Kanathos, un bain qui lui rendait sa virginité.
Le temple d Hera à Olympie, sans être aussi célèbre que celui de Zeus, n'en jouissait pas moins d une très grande réputation et les fêtes qu on y célébrait tous les cinq ans attiraient un grand concours de peuple. Ce temple avait été, disait-on, fondé pour cimenter la réconciliation entre les villes de 1 Elide qui s étaient fait la guerre. Ces villes, au nombre de seize, fournissaient chacune
une femme, et ces femmes réunies tissaient un peplos qui, tous les cinq ans, était consacré à H era. Parmi les jeux célébrés à cette occasion, les plus connus étaient des courses de jeunes filles. Celles-ci couraient les cheveux dénoués, et vêtues d’un court chiton. Le prix de la course était une couronne d’olivier ainsi qu’un morceau de la chair de l’animal sacrifié à la déesse. L’Heraion d’Olympie contenait un grand nombre d’œuvres d’art, parmi lesquelles il faut citer au premier rang le coffret de Kypsélos, dont Pausamas nous a laissé une description assez détaillée. 11 était en bois de cèdre et « orné de petites figures, les unes en ivoire, les autres en or, et les autres sculptées dans le
bois même » . Sur les différents côtés de ce coffre on voyait se dérouler un grand nombre de scènes, empruntées à la mythologie ; les dieux et les héros s’y coudoyaient et la description de Pausanias fournit à plus d’un point de vue de précieux renseignements sur l’histoire légendaire des Grecs.
Rappelons enfin que c’était dans I Heraion d’Olympie que se dressait l’un des plus purs chefs-d’œuvre de la sculpture grecque qui nous aient été conservés, l’Hermès de Praxitèle.
Le temple d’Hera à Corinthe, s’élevait sur un promontoire, en dehors de la ville. Les fêtes qu’on y célébrait chaque année avaient un caractère expiatoire et se rattachaient à la légende de Médée. On racontait que la malheureuse victime de Jason avait cru mettre ses enfants à l’abri dans le sanctuaire de la déesse, mais qu’ils n’en avaient pas moins été massacrés par les Corinthiens. En punition de ce sacrilège une peste s’était abattue sur le pays. Pour arrêter les ravages du fléau, il fallut non seulement offrir des sacrifices à Hera, mais encore honorer les enfants de Médée. A cet effet, sept jeunes gens et sept jeunes filles, choisis dans les meilleures familles, devaient à tour de rôle servir dans le temple d’Hera, les cheveux coupés et en vêtements de deuil. L’Heraion de Corinthe présentait encore cette autre particularité qu i! était le seul temple consacré à l’épouse de Zeus où se trouvait un oracle. Encore ne possédons-nous aucun détail à son sujet et comme on l’a dit : « la déesse était trop imposante et trop réservée pour être facilement accessible » .
L’H eraion de Mantinée contenait une statue d’Hera par Praxitèle. A Stymphale, où d’après une légende Hera avait été élévée par Temenos, celui-ci lui avait, dit-on, consacré trois temples, comme vierge, comme femme mariée et veuve. Athènes avait possédé, sur la route de Phalères,