LA GORGONE
LE GORGONEION mythe, rapporté par Euripide, attribue la mort de la Gorgone à Athéna elle-même.
11 est bien difficile de déterminer qu elle est la plus ancienne de ces deux versions. Peut-être est-ce la seconde. Comme on l’a fait remarquer avec raison, il est en effet plus naturel que le vainqueur ait remporté lui-même la victoire au heu d’en recevoir le prix des mains d un autre. Or, le trophée dont il est question, la tête même de la Gorgone, était d’une importance exceptionnelle.
ATHENA
Cette tête était, disait-on, terminée de serpents, garnie de dents semblables à des défenses de sanglier, avec des yeux qui pétrifiaient tous ceux qui osaient en affronter le regard. La Gorgone avait, en outre, des mains d’airain et des ailes d’or qui lui permettaient de s’élever dans l’air. Tandis que ses deux sœurs, Stheno et Euryale, étaient immortelles, elle ne jouissait pas elle-même de ce privilège. On disait même que Poséidon avait recherché ses faveurs et qu’il était le père de Pégase et de Chrysaor, appelés à la lumière du jour, à l’instant même où fut tranchée la tête de la Gorgone.
Comment venir à "bout de ce monstre ? Dans la version d’après laquelle Athéna aurait elle-même
Athéna, Dionysos et Herakles. Amphore archaïque.
(Gerhard, Auserlesene Vasenbilder.)
tué la Gorgone, la déesse se serait approchée d’elle pendant qu elle dormait et lui aurait ramené les cheveux sur les yeux, pour enlever à ceux-ci leur redoutable pouvoir. Quant à Persée, ce ne fut qu’avec l’aide d’Athéna qu’il put atteindre son but. C’est en effet la déesse qui dirigea son bras pour décapiter la Gorgone ; n’osant regarder le monstre en face, il détourna les yeux et les tint fixés sur un bouclier d’airain qui reflétait l’image de l’horrible créature.
Que ce soit Athéna elle-même ou Persée qui ait tranché la tête de la Gorgone, un fait certain c’est que ce trophée prit place sur l’égide de la déesse où il conserva son pouvoir de pétrification. On lui donna le nom de Gorgoneion. Dès lors, on voit toujours figurer sur l’égide ce masque terrifiant, et les artistes grecs nous en ont laissé un certain nombre de représentations caractéristiques. Chose curieuse, le Gorgoneion finit par devenir une sorte d’amulette, de talisman contre ce qu’on a appelé
le « mauvais œil ». Par l’aspect horrible d’un démon, on espérait arriver à chasser les autres mauvais esprits.
Mentionnons encore une tradition d’après laquelle Athéna et la Gorgone se seraient disputé le prix de beaute. C est peut-etre cette legende qui explique 1 évolution qui s est produite, à partir d’une certaine époque, dans la façon de représenter la Gorgone. Ce n’est plus le monstre épouvantable,
à la bouche largement étirée d’où sortent des dents menaçantes, à la mâchoire puissante, aux yeux étincelants de fureur. Le nouveau Gorgoneion nous apparaît sous la forme d’une magnifique tête féminine, d’une pureté et d’une noblesse de traits incomparables. Tout ce qu’il avait autrefois de terrifiant et d’horrible réside maintenant dans la cruelle insensibilité de ce beau visage dont l’expression n’attire que pour blesser davantage.
On racontait aussi qu’Athéna ayant recueilli le sang coulant des veines de la Gorgone l’avait donné à Asklepios. Le sang des veines du côté gauche permettait à Asklepios de faire mourir les hommes ; le sang du côté droit lui permettait de les guérir.
Un autre auteur nous dit qu Athéna et Asklepios se partagèrent les gouttes de sang qui coulèrent de la tête de la Gorgone. Asklepios les employait à soulager les hommes de leurs maux, Athéna, au contraire, à les faire périr. Enfin, d’après Euripide, ce serait à Erichthonios qu’Athéna aurait donné deux gouttes du sang de la Gorgone ; le sang de la veine gauche faisait mourir, celui de la veine droite guérissait.
Les habitants de la ville de Tégée possédaient, disaient-ils, un talisman qui rendait leur cité imprenable. C’était un cheveu de la Gorgone, enfermé dans une urne de bronze. Ce présent,
Athéna et Marsyas. Oenochoé à figures noires (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
ATHENA
d’une valeur inestimable, avait d’abord été donné par Athéna à Héraklès qui, à son tour, l’avait remis à Kepheus, fille de Stérope. « Si, avait ajouté le héros, une armée se présente, tu la mettras en fuite en lui montrant trois fois ce cheveu du haut des remparts, mais en observant bien de ne pas le regarder toi-même. »
ATHÉNA Nous avons vu plus haut comment le cheval Pégase avait jailli du corps
ET de la Gorgone à l’instant même où Persée la décapitait. Le héros Bellérophon,