REPRÉSENTATIONS ARTISTIQUES
De la multiplicité des attributions physiques et morales d’Athéna, découle celle de ses symboles et de ses attributs. Les principaux étaient l’égide et la lance, la chouette et l’olivier.
D’où provenait l'égide? Nous avons vu, à ce propos, de Zeus (v. p. 2) que la peau de la chèvre Amalthée était devenue l’égide après la mort de cet animal. D’après une autre légende, Athéna ayant tué le géant Pallas, l’avait écorché et s’était de sa peau fait l’arme redoutable qu’était l’égide. Enfin, suivant une troisième version, c’était la dépouille de la Gorgone, mise à mort par la fille de Zeus qui aurait fourni la matière de l’égide. Homère nous en a laissé la description suivante : « Autour de ses épaules la déesse jette l’égide à franges, arme terrible que la crainte couronne de toutes parts. On y voit la Discorde, la Force et le Tumulte sanglant ; on y voit encore la tête de la Gorgone, horrible monstre, prodige effrayant et divin. » Il est difficile de se rendre compte de la conception exacte que se faisait de l’égide le poète de l’Iliade : peau de chèvre, boucher ou cuirasse. D’après les descriptions que nous en possédons, on peut se représenter l’égide comme une sorte de manteau, d’apparence écailleuse, bordé de serpents, garni du Gorgoneion. La déesse le jetait autour de ses épaules ; il couvrait une partie de la poitrine, pendait le long du dos et était enroulé autour du bras gauche, pouvant ainsi servir de bouclier. C’est surtout ce dernier office que l’égide paraît remplir, d’après Homère et ses contemporains. Elle aurait été forgée par Héphaïstos, de même que le fameux bouclier d’Achille.
L’antiquité du culte d’Athéna, en Grèce, est démontrée par l’époque très reculée à laquelle remontent les premières représentations figurées de la déesse, d’abord informes idoles en pierre, puis
Tête de l’Athéna Lemnia de Phidias.
ATHENA
grossières statues en bois, progressivement remplacées par des modèles de plus en plus perfectionnés. Les xoana primitifs n’étaient que de simples troncs auxquels on ajoutait des bras et une tête casquée dont cependant les artistes s’attachaient à faire ressortir les yeux étincelants.
Dès cette époque on distingue deux types très nets dans les statues d’Athéna : le type assis et le type debout. Le premier faisait ressortir le caractère pacifique de la déesse, le second son caractère guerrier. L’Athéna du temple de Troie dont il est question dans l’Iliade était assise. C’est encore sous cette forme que l’avait représentée le sculpteur Endoios dans les deux statues qu’il exécuta pour Athènes et pour Erythrae.
Athéna debout est représentée tantôt au repos, tantôt en marche et brandissant la lance ou la tenant devant la poitrine. Les artistes s’attachent de plus en plus aux détails du vêtement et de la parure de la déesse. Par-dessus le chiton (tunique), elle porte le peplos qui laisse à découvert une partie de la poitrine et pend le long du bras droit ; l’égide sert de colerette.
C’est après les guerres médiques, à l’époque où l’art grec atteignit, avec Phidias, à son apogée que le type d’Athéna se trouva pour longtemps fixé dans ses traits essentiels. Le génial sculpteur exécuta plusieurs statues de la déesse préférée des Athéniens. La plus célèbre était 1 Athéna Parthénos, en or et en ivoire, dont il ne reste malheureusement que des copies plus ou moins fidèles datant de l’époque romaine. Celle qui semble se rapprocher le plus de l’original est l’Athéna dite du Varvacheion, statuette de dimensions assez réduites.
Phidias avait représenté la déesse au moment où elle sort de la partie du temple qui lui est réservée, pour recevoir les hommages de ses fidèles. Elle est revêtue de ses plus beaux atours, mais la simplicité du vêtement contraste avec la richesse de la parure. Une longue tunique lui tombait jusqu’aux pieds ; l’égide bordée de serpents est jeté sur ses épaules comme une colerette. Le corps repose sur la jambe droite, tandis que la jambe gauche est légèrement repliée, mais ce mouvement n’enlève rien de sa grâce à l’ensemble du corps. La tête a des traits énergiques ; les cheveux retombent en boucles sur la poitrine. Le casque recouvrant le chef de la déesse était surchargé d’accessoires: on y voyait un sphinx, des pégases, des griffons. La parure était complétée par un riche collier et des boucles d’oreilles. La main droite reposait sur un grand bouclier rond dont la face externe, ornée du gorgoneion, représentait un combat d’Amazones, tandis qu’à l’intérieur on voyait une Gigantomachie. Il n’était pas jusqu’à la tranche des semelles des sandales qui ne fût richement ornée d’un combat de Centaures et de Lapithes, et, à la base de la statue, s’apercevait la naissance de Pandore. La lance s’appuyait contre l’épaule gauche de la déesse. La main droite reposait sur une colonne; elle portait une Victoire qui s’envolait obliquement. D’après
Statue archaïque d’Athena.
(D apres Iahn, De antiquissimis Ninervœ simulacris).
Pline la statue d’Athéna Parthénos ne mesurait pas moins de 26 coudées (12 mètres), et la Victoire, tenue dans la main droite de la déesse, atteignait une hauteur de près de 2 mètres.
Beaucoup plus colossale encore était la statue d’Athéna Promachos, également attribuée à Phidias et qui se dressait en plein air, tout près du Parthénon. Elle dominait toute la ville et les navigateurs l’apercevaient, disait-on, depuis le cap Sunium. Vêtue d’un chiton, elle portait en outre un manteau jeté sur l’épaule. La tête était tournée du côté du nord, de façon à regarder par-dessus le marché.
Athéna était représentée au moins deux fois sur les frises du Parthénon : sur le fronton oriental se voyait la naissance de la déesse, sur le fronton occidental on la voit domptant les chevaux de Poséidon.
Parmi les statues les plus remarquables d’Athéna qui nous aient été conservées, il faut citer l’Athéna d’Egine avec le bouclier et la lance, l’Athéna Velletri qu’on peut admirer au musée du Louvre, l’Athéna Guistiniam et celle de la collection Stnahope attribuée à Phidias, l’Athéna Farnèse due au ciseau d’un des élèves du grand sculpteur.
La fille de Zeus a été très souvent reproduite sur les vases grecs, dont de nombreux spécimens sont parvenus jusqu’à nous. Sans parler des amphores panathénaïques, nous la voyons fréquemment représentée dans des scènes ; la plus populaire est celle de la naissance même de la déesse, dont le peuple athénien avait fini par faire sa divinité préférée.